La santé fonctionnelle et la médecine des 4P | Partie 2 – Par Bruno Mairet

Savez-vous ce que signifie l’acronyme DFM ? Démarche Fonctionnelle et Micronutrition. Au cœur de l’enseignement de la santé fonctionnelle, il y a donc une démarche fonctionnelle précise, rigoureuse qu’on acquière essentiellement lors du Cursus Duo Pratik mais que l’on retrouve aussi dans toutes nos formations. Cette démarche fonctionnelle repose sur les grands concepts de la médecine des 4P un courant médical nord-américain du début du 21ème siècle qui a conceptualisé une approche nouvelle de la santé. Je vous expose dans cet article en deux parties (extrait de mon livre « Maîtrisez votre protocole santé ») les grands axes de la démarche 4P au cœur de la santé fonctionnelle (et je rajoute 2P pour Santé des 6P !!)

Dans la partie 1, j’ai traité les 3P Prévention, Prédiction, Personnalisation. Dans la partie 2 nous abordons les 3P Participation, Preuves, Précision.

La participation

Il est important de désirer faire valoir son droit à une approche personnalisée de sa santé («je suis un être avec un mode de vie et un terrain unique, différent de mon voisin, et je veux qu’on le prenne en considération lorsqu’on me soigne»). Mais ça ne peut pas être une revendication sociale! C’est une conquête individuelle. En effet, les institutions de santé ne s’occupent pas des individus mais des masses, du collectif! D’ailleurs, si elles font de la prévention (tabac, alcool, malbouffe), c’est parce qu’il est dans leur intérêt qu’il y ait globalement moins de cancers, de surpoids et d’accidents cardiaques, pour diminuer les coûts de la prise en charge de ces pathologies chroniques. Pour les institutions, il n’y a pas d’individu; il n’y que des chiffres, des statistiques. Est-ce que j’enfonce une porte ouverte ? Sans doute ! Vous en êtes convaincu ? Tant mieux, car c’est une base importante pour comprendre que personne ne nous sert sur un plateau une santé personnalisée; elle se conquière (comme la liberté). Elle nécessite une implication. Concrètement, consulter un praticien en santé fonctionnelle demandera des efforts :

  • Pour entreprendre des changements (parfois conséquents) dans son alimentation. Il faut parfois savoir aller plus loin que le « 5 fruits et légumes par jour » (slogan du ministère français de la Santé, issu à l’origine d’une recommandation de l’OMS, qui n’a pas changé depuis 20 ans).
  • Pour remettre en question son mode de vie. Il faut parfois savoir aller plus loin que «Pour votre santé, bougez plus» !
  • Pour s’impliquer financièrement dans des achats de compléments alimentaires par exemple. Mais aussi pour se payer des analyses nutritionnelles et fonctionnelles que le praticien recommandera. En effet, il faut savoir que plus de 90% des analyses dont on parlera dans ce livre sont non remboursées. Est-ce à dire que c’est une démarche de riche, que tout le monde ne peut pas se permettre? Bien sûr, le constat d’un tri social semble évident lorsque l’on évoque la personnalisation de la santé, puisque cette démarche n’est pas considérée par la collectivité. Mais par ailleurs, il y aurait beaucoup d’histoires (parfois poignantes) à raconter de patients au RSA (revenu de solidarité en France) ou au chômage, qui choisissent avec détermination de s’impliquer financièrement dans leur santé parce que c’est une priorité pour eux ! Et à l’inverse, des gens avec un confort financier évident ne seront pas prêts à mettre 40 euros dans une analyse car ils sont conditionnés par cette donnée : « La santé, c’est gratuit !»

D’autre part, la participation du patient va beaucoup dépendre du praticien. Ce dernier doit être pédagogue pour motiver le premier. L’implication d’un patient va notamment être grandement déterminée par sa compréhension des changements qu’on va lui proposer. Les analyses que vous découvrirez dans ce livre ont aussi (et parfois surtout) un rôle pédagogique. Le praticien doit s’en servir.

Illustrons cela par un cas patient. M. Fonta, 55 ans, consulte pour des troubles métaboliques et cardiovasculaires. Quand on l’interroge sur son assiette, il assure qu’il mange relativement peu de viande rouge, pas mal de céréales, des fibres, de bonnes graisses, et qu’il consomme beaucoup de légumes colorés. Après une recherche causale avec différentes questions cliniques, on lui propose un bilan nutritionnel et fonctionnel. Dans ce bilan est notamment incluse une analyse intestinale qu’on appelle les acides gras à courte chaîne (à ne pas confondre avec l’analyse des acides gras érythrocytaires). L’analyse des acides gras à courte chaîne de M. Fonta révèle un déficit profond en certaines molécules dans ses selles (le butyrate, notamment) – voir Résultats d’analyses ci-dessous. Or, le butyrate est une molécule cruciale pour le contrôle métabolique, les troubles inflammatoires et l’athérosclérose (dont souffre M. Fonta). Ce taux effondré de butyrate met potentiellement en évidence une faible consommation de fibres. Nous montrons donc les résultats à M. Fonta ; on en parle, on essaie de comprendre. Il se sent impliqué dans cette enquête. On arrive ensemble à la conclusion qu’il est loin d’atteindre dans son assiette le quota de fibres nécessaire pour une bonne santé. Les études montrent qu’un adulte doit consommer 30 g de fibres par jour. On aurait pu se contenter de donner cette information à M. Fonta. On aurait pu se contenter de lui donner une fiche qui l’accompagne dans le choix des fibres et les quantités à consommer. Mais l’analyse des acides gras à courte chaîne a personnalisé le sujet! Elle a impliqué M. Fonta sur l’importance des fibres pour lui (et pas pour M. Toutlemonde!), sur l’importance d’augmenter largement sa consommation de ce type d’aliments-santé. Son implication sur ce sujet (et d’autres, bien sûr) a largement contribué à améliorer ses troubles métaboliques.

Résultats d’analyses n° 1 : Acide gras à courte chaîne  Cet histogramme présente le dosage des acides gras à courte chaîne dans les selles. Ce dosage permet une bonne évaluation de la consommation des fibres dans l’assiette. Les fines barres noires représentent les valeurs du patient M. Fonta ; la barre horizontale, au milieu, la valeur cible. Les rectangles gris représentent l’encadrement des valeurs santé. On constate un taux très bas d’acide gras à courte chaîne chez ce patient, reflet d’une assiette de fibres très pauvre.

Certains praticiens en médecine fonctionnelle poussent encore plus loin le principe de l’implication/participation du patient. Ils leur envoient par mail des publications scientifiques (motivant les protocoles proposés ; expliquant les bénéfices de la prise en charge de leurs pathologies avec la santé ou médecine fonctionnelle, etc.) pour qu’ils soient bien informés, qu’ils comprennent bien leur prise en charge et qu’ils puissent ainsi mieux s’impliquer. Les patients qui consultent en santé fonctionnelle sont souvent ravis de cette démarche. Ils adhérent à une prise en charge éclairée.

Deux autres P : précision et preuve

Prévention, prédiction, personnalisation, participation: ces quatre P définissent, comme on vient de le voir, le cadre d’une nouvelle approche de la santé. Cette dernière peut encore être mieux cernée en ajoutant deux autres P.

Preuve

Avec la crise de la COVID, beaucoup de personnes ont dû découvrir ce que l’on appelle l’« Evidence Based Medicine » (EBM). Traduisez : la médecine basée sur les preuves. À cette occasion, en effet, on a beaucoup parlé des fameux essais randomisés pour prouver l’efficacité d’un traitement, d’un médicament, d’un protocole. C’est sur des études médicales que s’appuie toute l’industrie du médicament, mais aussi et peut-être surtout toute la légitimité et la puissance de conviction de la médecine allopathique (il n’y avait qu’à voir avec quelle arrogance les médecins de plateau télé se permettaient de remettre en question l’un des plus grands infectiologues au monde – le professeur Raoult – sous prétexte qu’il n’avait pas d’étude randomisée pour son protocole hydroxychloroquine/azithromycine !). Mais il n’y a pas que le médicament qui dispose de preuves d’efficacité. Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le complément alimentaire a lui aussi les siennes. Le monde du complément alimentaire est lui aussi « Evidence Based » ! En effet, les pratiques de supplémentation alimentaire peuvent s’appuyer sur des milliers d’études pour des centaines de pathologies. Avec des niveaux de preuve parfois très bons. En réalité, toute la démarche de santé fonctionnelle s’appuie sur des publications scientifiques, souvent de la bonne science.

Précision

C’est sur la base de ces études que sont définies les normes santé pour les vitamines, minéraux, hormones et autres marqueurs d’analyses nutritionnelles et fonctionnelles qu’on découvrira tout au long de cet ouvrage. Prenons l’exemple de la vitamine D. Pour une démarche de prévention du cancer du sein, les études montrent qu’il faut un taux de vitamine D compris entre 60 et 80 ng/ml. C’est une valeur précise, une valeur cible, une valeur santé valable pour cette indication précise. Nous voyons là se dessiner cette exigence de précision. Pour conduire correctement sa supplémentation, le praticien devra respecter plusieurs étapes.

  • Pour commencer, il faudra qu’il réalise un dosage initial de la vitamine D: précision des conditions initiales chez un patient donné pour ce micronutriment (statut initial en vitamine D).
  • De là, il pourra proposer un protocole adapté en fonction de ce taux de base : précision du protocole de supplémentation en vitamine D.
  • Puis, pour être sûr d’atteindre sa valeur cible,il fera un dosage de contrôle du taux de vitamine D (plusieurs semaines après le début de la prise de vitamine D) pour pouvoir le cas échéant adapter sa supplémentation: précision dans le suivi.
  • Sur la base de ce dosage de contrôle, il sera aussi en mesure de mieux connaître la physiologie de son patient (personnalisation) et de proposer une bonne supplémentation dite d’entretien (sur le moyen/long terme).

L’illustration n° 1 montre les quatre étapes de base pour une supplémentation bien conduite. Pour chaque micronutriment il y a des valeurs cibles (définies par les études = preuves), des protocoles de supplémentation adaptés en fonction des dosages initiaux, des conseils pour un intervalle de temps optimal pour une analyse de suivi après le début de supplémentation.

Illustration n° 1 : Précision en micronutrition  Cinq étapes de base pour un protocole précis de supplémentation en micronutriment. Pour chaque micronutriment (vitamine, minéraux ), le praticien vise des valeurs cibles. Son protocole de supplémentation dépendra de l’écart entre le dosage initial et les valeurs cibles. L’analyse de suivi lui permettra de valider les résultats de son protocole pour une personne donnée et de proposer une supplémentation sur le long terme.

On voit combien cette démarche est une pratique que l’on peut qualifier «d’éclairée», dans le sens où elle est rigoureuse, conduite d’après la science de bout en bout. On est loin des pratiques de supplémentation « à l’aveugle », c’est-à-dire sans analyses, sans boussole ni gouvernail et dans lesquelles, en conséquence, les risques d’inefficacité sont plus importants. Les résultats d’analyses n° 2 montrent un suivi de dosage de vitamine D et de vitamine B12 de Mme Duret, 55 ans, qui présente des antécédents familiaux de cancer du sein. À la deuxième analyse, le dosage de vitamine D a atteint les valeurs cibles visées pour une bonne prévention.

Résultats d’analyses n° 2 : Le suivi du dosage de vitamine D  Il s’agit d’une analyse réalisée dans le cadre d’un bilan de prévention du cancer du sein. À l’extrême droite, les valeurs du laboratoire (qui ne sont pas les valeurs cibles). Les dates se lisent de droite à gauche (année-mois-jour). Puis, au centre, les valeurs de la première analyse (mars 2022). Enfin, à droite, les valeurs de l’analyse de suivi 5 mois plus tard. On est passé d’un taux de 27,1 ng/ml à 71,9 ng/ml, ce qui est dans la valeur cible.

Bruno Mairet – Co-fondateur de DFM Formations

Pour aller plus loin

Ce module vous permettra d'intégrer les concepts des cursus de micronutrition et notamment du cursus DuoPratiK
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La santé fonctionnelle et la médecine des 4P – 1re partie par Bruno Mairet

Savez-vous ce que signifie l’acronyme DFM ? Démarche Fonctionnelle et Micronutrition. Au cœur de l’enseignement de la santé fonctionnelle, il y a donc une démarche fonctionnelle précise, rigoureuse qu’on acquière essentiellement lors du Cursus Duo Pratik, mais que l’on retrouve aussi dans toutes nos formations. Cette démarche fonctionnelle repose sur les grands concepts de la médecine des 4P un courant médical nord-américain du début du 21e siècle qui a conceptualisé une approche nouvelle de la santé. Je vous expose dans cet article en deux parties (extrait de mon livre « Maîtrisez votre protocole santé ») les grands axes de la démarche 4P au cœur de la santé fonctionnelle (et je rajoute 2P pour Santé des 6P !!)

Dans la partie 1 nous traitons les 3P Prévention, Prédiction, Personnalisation. Dans la partie 2 nous aborderons les 3P Participation, Preuves, Précision.

La prévention

« Mieux vaut prévenir que guérir. » Ce vieux proverbe est-il totalement has been à l’ère des nouveaux médicaments tout puissants que sont les biothérapies, les thérapies ciblées et les vaccins-médicaments (improbable concept !) ? Pourquoi se préoccuper de prévention quand on dispose d’un arsenal de médicaments qui rapporte autant d’argent et qui éteint si puissamment les symptômes ? La prévention est-elle un concept désuet qui se limiterait à toutes les recommandations inutiles et/ou infantilisantes qui ont inondé les médias pendant la gestion de la dernière pandémie ? La part du budget de la santé consacrée à la prévention en France – 2 % – laisse en tout cas penser que c’est très loin d’être une priorité pour nos institutions. D’autre part, la prévention n’a aucune place dans le cursus universitaire des médecins. Ces derniers sont essentiellement formés à prendre en charge des maladies, et non à préserver la santé.

Une analyse fonctionnelle illustre très bien cette absence de prévention : l’indice HOMA.

Prenons un exemple clinique. Une histoire pas du tout exceptionnelle, mais plutôt fréquente. M. Robert, 55 ans, est en surpoids important (IMC de 29,5). Il est sédentaire depuis des années. Il rend visite à son médecin pour un petit bilan de santé. Son surpoids l’inquiète un peu, car sa mère est diabétique et son père « fait de la tension ». Le médecin lui prescrit un bilan assez classique qui comprend notamment une glycémie à jeun (taux de sucre dans le sang) et un dosage des cholestérols (total, HDL et LDL). Résultats : glycémie à 1,04 g/L et cholestérol total à 2,45 g/L. Conclusion du médecin: «M. Robert, vous n’avez pas de diabète (la glycémie doit être supérieure à 1,26 g/L pour arriver à ce diagnostic). Ne vous inquiétez pas, mais essayez quand même de perdre un peu de poids ! Par contre, vous avez du cholestérol. Je peux vous proposer une statine, un médicament pour faire baisser votre cholestérol. »

On passe ici potentiellement à côté d’un problème métabolique que l’on appelle la résistance à l’insuline qui est une condition physiopathologique précédant un diabète. Un médecin dans une démarche de prévention aurait pu prescrire non seulement l’analyse de la glycémie à jeun, mais aussi l’insulinémie à jeun. Ces deux paramètres lui auraient permis de calculer un indice appelé HOMA qui aurait peut-être révélé une résistance à l’insuline. Auquel cas, la mise en place d’une démarche de prévention métabolique – éviter un diabète – via notamment la gestion des glucides de l’assiette, aurait permis de reverser ce prédiabète tout en baissant le cholestérol.

Malheureusement, les médecins sont principalement formés pour repérer et prendre en charge un diabète (avec un arsenal thérapeutique bien établi : antidiabétiques oraux, insuline), et non pour mettre en évidence, bien en amont (avec des analyses), un terrain métabolique qui prédispose fortement au diabète.

Le tableau N°2 montre les différences entre prévention métabolique et traitement de la maladie métabolique.

La prédiction

Les concepts de prévention et de prédiction sont proches et intriqués. La démarche de prévention commence avec la mise en évidence d’un glissement vers un terrain à risque à cause d’un mode de vie lui-même à risque. Ainsi, dans l’exemple précédent, la sédentarité de M. Robert est un des facteurs qui a conduit son terrain métabolique à glisser vers une résistance à l’insuline (état physiopathologique précédant un diabète). La prédiction, quant à elle, est une mise en évidence d’un terrain prédisposant à une pathologie. La démarche de prédiction est étroitement reliée à la notion de constitution (si chère aux naturopathes). Pour rappel, la constitution d’un patient est son terrain de base, dont il hérite à la naissance. Ainsi, toutes les analyses caractérisant un terrain génétique vont rentrer dans cette dynamique de prédiction. Par exemple, une certaine variante génétique sur un gène appelé COMT prédisposera à l’anxiété. Une autre variante génétique sur un gène appelé MTHFR prédisposera à la dépression. Il faut prendre conscience du puissant impact du terrain génétique sur certains états pathologiques. Le cas de madame Juliéna va nous y aider. Cette femme de 46 ans a une vie qu’elle qualifie de « parfaite » : un travail qui a tout pour être stimulant (artiste peintre), une belle vie de famille qui s’épanouit dans une grande maison près de la mer, des amis… Toutefois, en dépit de ce contexte idyllique, elle est très souvent déprimée (avec même plusieurs épisodes de « vraie » dépression). Mme Juliéna est une femme intelligente. À un moment donné de sa vie, elle s’est questionnée: peut-être mon mode de vie est-il trop matérialiste (la fameuse quête de l’Avoir au lieu de l’Être) ? Peut-être que cela me fait ressentir un vide intérieur à l’origine de ma déprime ? Elle s’est alors mise à la méditation, a cherché à mettre des valeurs, des idéaux et du sens dans sa vie. Cette véritable «quête spirituelle» a bien amélioré son état d’être, mais un fond de dépression était toujours là. Tenace, elle a alors consulté un praticien fonctionnel qui lui a proposé une analyse de son gène MTHFR. Ce dernier s’est révélé être une « fragilité constitutionnelle », un terrain à risque de dépression pour madame Juliéna. Pour pallier cette fragilité de terrain, une prise en charge très simple à base d’un complexe de vitamines du groupe B, et notamment de méthyl folate (vitamine B9 «activée»), lui a été proposée. Le résultat a été au rendez-vous! Son état dépressif endogène («qui prend naissance à l’intérieur ») a quasi disparu. Puisque c’est un trouble dépressif avec une forte composante génétique, constitutionnelle (c’est inscrit au cœur de son métabolisme cellulaire), le praticien a pu lui prédire qu’elle rechuterait si elle ne faisait pas régulièrement des cures de ce traitement. Philosophe, madame Juliéna parle de cette fragilité de terrain comme de son karma!

La personnalisation

Aller vers une médecine personnalisée est un objectif très tendance de Big Pharma, portée par la révolution numérique et les ambitions prométhéennes de Big Data ! Son but : adapter les traitements en fonction des caractéristiques (génétiques, notamment) des patients et de leurs maladies. L’idée est d’anticiper, grâce à des tests de diagnostic, ceux pour qui un traitement sera le plus bénéfique et ceux pour qui il ne le sera pas. Le projet France Médecine Génomique 2025 lancé en 2016 poursuit ce type d’objectifs, notamment dans le domaine de la lutte contre le cancer. En caractérisant la spécificité génétique de la tumeur d’un patient (on appelle cela le profilage moléculaire des tumeurs), on peut en théorie trouver une thérapie plus ciblée, personnalisée, pour son cancer. Les enjeux financiers sont énormes et certains mastodontes de l’industrie pharmaceutique en ont fait un but stratégique. Au-delà de l’appât du gain, cette promesse de médecine personnalisée nous vend beaucoup de rêve ! Elle nous fait la promesse d’une révolution médicale : la fin imminente d’une médecine de masse : « Nous vous considérons comme des individus uniques, et nous vous proposons un traitement sur mesure ! » Il y a cependant matière à douter de cette annonce, après les protocoles collectifs pour le moins peu personnalisés qu’on a cherché à nous imposer pendant la crise sanitaire! Cependant, cette médecine personnalisée fait rêver, car elle touche à une aspiration profonde (plus ou moins consciente, certes) au cœur de la nature humaine : l’envie d’être considéré dans sa singularité ! Hippocrate nous proposait déjà de prendre en charge un patient (avec son mode de vie, son terrain…) et non une maladie ! Ainsi, dans la démarche de médecine fonctionnelle ou de santé fonctionnelle, il n’y aura jamais deux prises en charge identiques pour un même problème de santé. L’investigation clinique complétée par des bilans nutritionnels et fonctionnels (tous ceux dont il sera question dans ce livre) vont orienter le praticien vers des causes très individualisées pour un même problème de santé. Prenons l’exemple de plusieurs patients qui consultent pour de l’acné.

  • M. Eliot, 28 ans, présente une acné sévère. La biologie micronutritionnelle révèle une carence en zinc profonde (ce type de carence ne trouve pas toujours d’explication logique). Une supplémentation en zinc bien conduite fera disparaître son acné (il est par ailleurs fort probable qu’il devra régulièrement faire des cures de cet oligoélément). Attention: j’insiste sur la notion de supplémentation bien conduite! Beaucoup de professionnels de santé savent qu’une cure de zinc peut améliorer fortement une acné. Un pharmacien avisé en proposera sans doute lors d’une discussion au comptoir. Néanmoins, selon la profondeur de la carence, l’efficacité de la supplémentation ne sera peut-être pas au rendez-vous, avec le risque de conclure: l’acné de cette personne ne vient pas d’une carence en zinc. Mais ce serait une erreur de procéder ainsi. Là aussi, il faut personnaliser en fonction des résultats de la biologie du zinc. Un taux de zinc à 55 μg/dl (carence très profonde) ou un taux à 75 μg/dl (carence profonde) n’appelleront pas la même démarche de supplémentation.
  • M. Palini, 21 ans, est lui aussi fortement touché par une acné depuis des années. Le questionnaire nutritionnel et le bilan des acides gras érythrocytaires révèlent un fort excès d’acides gras saturés et d’acides gras trans dans son assiette et dans ses cellules. Pro-inflammatoires, ces acides gras l’exposent à une peau acnéique. Pour corriger son acné, on revisitera principalement son alimentation en apportant, entre autres choses, 300 g de petits poissons gras par semaine dans son assiette.
  • Mme Miton, 35 ans, souffre d’acné depuis l’arrêt de sa pilule (on l’avait d’ailleurs mise sous pilule à l’adolescence pour «faire disparaître» son acné). L’investigation clinique et biologique révèle chez elle des troubles de nature hormonale. Son acné est d’ailleurs majorée pendant la semaine précédant ses règles. Les dosages hormonaux révèlent un taux de progestérone très bas (mesuré 7 jours après l’ovulation). Les androgènes, eux, sont normaux. Ce dernier point est important, car ce sont souvent ces hormones qui sont incriminées dans l’acné. Or, chez madame Miton, c’est le déséquilibre progestérone (basse)/androgène qui est responsable de l’apparition de l’acné. Il faudra optimiser sa qualité ovulatoire. La prise en charge est trop complexe pour être évoquée brièvement ici. Je vous renvoie à l’ouvrage de ma collègue Guénaëlle Abéguilé, Troubles hormonaux: reprenez le pouvoir.
  • Mlle Gilbert, 17 ans, se bat contre une importante acné du visage. L’investigation clinique et biologique révèle qu’elle porte les trois causes évoquées ci-dessus : carence en zinc, excès d’acide gras saturés et troubles hormonaux !

On le voit, la biologie va être un complément souvent indispensable à l’investigation clinique pour personnaliser la prise en charge d’un problème de santé. Par exemple, le zinc (donné à M. Eliot) n’aurait eu aucune efficacité sur l’acné de M. Palini, tout comme les petits poissons gras de ce dernier n’auraient rien changé à la peau acnéique de Mme Miton.

À ce stade de la présentation des analyses de la nouvelle médecine des 4P, proposons une petite synthèse dans le tableau n° 3, regroupant une grande partie des concepts que nous avons abordés depuis le début de cette première partie.

Tableau n° 3 : Médecine des 4P : analyses et terrains. Chaque concept de la médecine des 4P peut être mis en correspondance avec des concepts de naturopathie traditionnelle et avec certains types d’analyses. Ces correspondances que je propose ici ont une vocation pédagogique, mais elles ont leurs limites, car rien n’est cloisonné de la sorte. Ainsi, par exemple, on peut personnaliser une prise en charge avec des analyses génétiques et non pas seulement être dans la prédiction. Dans le cas de madame Juliéna, sa dépression a été prise en charge de manière totalement personnalisée.

Bruno Mairet – extrait du livre « Maitrisez votre protocole santé« 

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