Le terrain génétique de la fonction thyroïdienne : Aller au-delà de la DIO2 ! par Bruno Mairet

Si vous êtes intéressés par les troubles fonctionnels de la thyroïde, nul doute que vous avez connaissance de la nécessaire conversion de l’hormone thyroïdienne appelée T4 en T3. Cette réaction biochimique que l’on peut considérer comme une « activation », est en effet essentielle pour une bonne activité biologique thyroïdienne, cette dernière étant majoritairement portée par l’hormone T3. Des enzymes clé, appelées désiodases (car elles retirent un atome d’iode à la T4), sont mobilisées pour effectuer ce « switch » T4 /T3. On entend très souvent parler de la DIO2 (désiodase de type 2), et de son potentiel polymorphisme affectant cette conversion.

C’est une bonne chose que d’évoquer un polymorphisme génétique pouvant affecter un terrain fonctionnel thyroïdien, mais malheureusement le sujet est souvent caricaturé.  C’est l’objet de cet article de dénoncer cela.                                          

Les polymorphismes génétiques

Comme toutes les protéines, les enzymes désiodases sont sujettes à des variabilités inter-individuelles de leur structure que l’on appelle des polymorphismes (morphe = forme ; polymorphe = plusieurs formes) qui peuvent conduire à des modifications de leurs activités biologiques. Ainsi, d’un individu à un autre, les mêmes enzymes n’ont pas le même potentiel. En réalité, l’origine de cette variabilité, de ce polymorphisme, se retrouve en amont au niveau des gènes. En effet, un petit changement d’un seul nucléotide (on appelle cela un SNP, pour Single Nucleotide Polymorphism) sur un gène, peut induire le changement d’un acide aminé dans la séquence de la chaine peptidique et affecter en conséquence sa structure et sa fonction. Pour reprendre notre exemple, un SNP sur le gène de la DIO2, peut affecter la structure de l’enzyme DIO2 et la rendre moins fonctionnelle pour la conversion T4 en T3.

Attention : un polymorphisme peut en cacher un autre !

Certains individus sont porteurs de ce polymorphisme du gène de la DIO2 et les études montrent que leur taux de T3 libre circulant est plus basse que ceux qui ne sont pas porteurs de ce SNP. Ainsi, dans une démarche de santé fonctionnelle, face à un patient en hypothyroïdie clinique fruste, on peut souhaiter, en complément du classique bilan thyroïdien (TSH ; T4/T3 ; iodurie ; sélénium ; Zinc ; Ferritine …) rechercher un statut DIO2 avec un test de génétique fonctionnelle. Presque tous les laboratoires de biologies micronutritionnelles et fonctionnelles proposent cette recherche du principal SNP de la DIO2. La mise en évidence d’un polymorphisme affectant l’activité de la DIO2 (exemple rs225014) peut conduire à orienter et personnaliser la prise en charge. Dans un tel cas de figure, on sera par exemple d’autant plus vigilant à l’optimisation des cofacteurs de conversion (notamment le sélénium). On pourra être aussi plus prompt à l’usage de phytothérapie stimulant la conversion T4 en T3 (exemple Commiphora mukul dit guggul), voire à se tourner plus rapidement vers des extraits thyroïdiens (exemple Suprathyroïde de Nutrilogics ou GTA de Biotics Research). Et bien d’autres choses encore.

Néanmoins ce qui est surtout discuté en cas de SNP de la DIO2 c’est l’utilisation, lorsqu’un médicament pour la thyroïde apparait nécessaire, de formules pharmaceutiques associant T4/T3 (exemple Euthyral). Des études montrent en effet que les patients présentant un SNP DIO2 répondent moins bien au traitement par T4 seule (Levotyrox ; …).

Ce raisonnement est certes intéressant, car il prend en compte le terrain génétique fonctionnel d’un patient, mais il est cependant trop réducteur.

Il faut en effet comprendre qu’il est peu fréquent en génétique fonctionnelle de pouvoir raisonner à partir d’un seul SNP ! L’exploration d’un terrain génétique est souvent plus complexe. Voyons pourquoi. Les systèmes biologiques (et notamment hormonaux) dépendent de très nombreuses enzymes, de transporteurs ou de récepteurs, etc. Chaque gène codant pour ces différentes protéines est potentiellement soumis à des variations (SNP) plus ou moins impactantes au niveau fonctionnel. Ainsi pour la dynamique des hormones thyroïdiennes, il existe de très nombreux polymorphismes qui peuvent compenser le SNP principal de la DIO2 (voir illustration)

Par exemple, des SNP affectant une autre désiodase appelée DIO1 peuvent induire une activation fonctionnelle de la conversion T4 en T3 et ainsi partiellement compenser le SNP de la DIO2 (qui provoque, lui, rappelons-le, une moins bonne conversion) ! D’autre SNP vont par exemple affecter les taux de TSH, la synthèse de T3r, les taux de T4, etc.

Ainsi, il peut être en réalité complexe de prévoir la résultante fonctionnelle de cet ensemble de variants génétiques dont peut être porteur un individu.

Une notion fondamentale en génétique fonctionnelle : la pénétrance

Dans le cas où le variant de la DIO2 est compensé par d’autres variants (exemple DIO1), on dit qu’il y a une pénétrance incomplète (voire une absence de pénétrance) du polymorphisme. Cette notion de pénétrance est fondamentale à prendre en compte lorsque l’on s’intéresse à la génétique fonctionnelle.

Un autre exemple. Le cytochrome CYP3A4 participe à la détox de très nombreux médicaments et xénobiotiques. Chez certains individus, des SNPs peuvent affecter l’activité du CYP3A4 et donc impacter la détox. En disposant uniquement de ce polymorphisme CYP3A4 chez un patient, on pourrait conclure à une mauvaise capacité de détox. Cependant, la détox est un processus très complexe et certains autres SNPs sur d’autres gènes d’enzymes de détox (notamment sur le CYP3A5) peuvent compenser cette dysfonction du CYP3A4 en prenant davantage en charge, à sa place, les toxiques à éliminer. On parle ainsi de pénétrance incomplète du polymorphisme du CYP3A4.

Un dernier exemple bien connu. Le principal polymorphisme du gène de la lactase (le rs4988235- qui est en réalité un polymorphisme de son gène régulateur) induit une perte de synthèse de la lactase à l’âge adulte avec en conséquence une potentielle intolérance au lactose. En réalité, la pénétrance du polymorphisme est incomplète : il existe des personnes qui sont génétiquement intolérantes au lactose (on parle de génotype d’intolérance) et qui pourtant tolèrent plus ou moins le lactose (on parle de phénotype de tolérance).

Ces exemples sont donnés pour démontrer que les interprétations de génétique fonctionnelle ne peuvent pas, la plupart du temps, se baser sur un seul SNP, car il existe souvent des différences importantes entre ce qu’un SNP nous prédit (génotype) et la dynamique fonctionnelle du patient (phénotype).

Ainsi, prendre en compte le terrain de génétique fonctionnelle peut être certes très intéressant et conduire à une adaptation de la prise en charge, mais il faut faire des recherches de SNPs élargies, et (la plupart du temps) ne pas se contenter d’un seul polymorphisme.

Les recherches de SNPs multiples ou les scores polygéniques

Les laboratoires de biologie fonctionnelle en France, Suisse ou Belgique, proposent la plupart du temps des SNPs isolés en plus de leurs panels d’analyses : DIO2 ; LTC ; MTHFR ; FUT2 ; COMT ; AOC1…

C’est une base, mais elle est souvent insuffisante.

Dans de nombreux cas, il faudra se tourner vers des laboratoires américains (comme Selfdecode ou Tellmegen) pour faire des analyses exhaustives de génétique fonctionnelle.

Pour reprendre notre exemple de la thyroïde, ce n’est qu’avec une recherche élargie pratiquée dans ces laboratoires qu’on aura une vision globale de tous les potentiels SNP impactant la fonction thyroïdienne.

La DIO2 est un SNP de la thyroïde parmi d’autres. Il est certes nécessaire de l’avoir, mais en aucun cas il n’est suffisant pour une bonne compréhension d’un terrain génétique fonctionnel.

Seule une vision de l’ensemble du terrain (résultant de ce que l’on appelle un score polygénique) pourra nous permettre de raisonner correctement (faiblesse de génétique fonctionnelle thyroïdienne ou pas ?) en donnant toujours, bien sûr, la priorité à la clinique comme aime à nous le rappeler notre expert thyroïde le Dr Stéphane Résimont !

Par Bruno Mairet

Bruno Mairet est l’auteur du Best-Seller « Maitrisez votre protocole santé » aux Editions Résurgence. Il a créé une formation de génétique fonctionnelle chez DFM formations.

Son prochain livre consacré à la génétique fonctionnelle est à paraitre aux éditions Résurgence en 2027.

Pour aller plus loin

Rechercher et moduler l’impact du terrain génétique en santé fonctionnelle

Maîtrisez vos protocoles santé avec les analyses nutritionnelles et fonctionnelles

Une légende indienne pour comprendre l’immunité et la santé fonctionnelle… Par Bruno Mairet

Héritage pasteurien oblige, nous avons une vision de la lutte contre les maladies infectieuses très manichéenne, dualiste : le bien contre le mal, une guerre acharnée entre les microorganismes (virus, bactérie) d’un côté et le système immunitaire de l’autre. Cette conception très simpliste qui date du 19e siècle s’est bien ancrée dans nos croyances au 20e avec les stratégies vaccinales. Inutile de démonter combien elle perdure aujourd’hui dans les stratégies médicales mainstream. Or, la science, la vraie (pas celle que l’on agite dans les médias pour faire passer certaines pilules… enfin pas vraiment la pilule si vous voyez ce que je veux dire) depuis près de deux décennies, a littéralement révolutionné notre vision de l’immunité. Une fois n’est pas coutume, pour expliquer ce concept moderne de l’immunité, je vais parler comme un vieux sage ! 

Connaissez-vous la légende indienne « Les 6 aveugles et l’éléphant » que l’on retrouve déjà dans un texte bouddhique datant de 500 ans av. J.-C. ? Vous pourrez en trouver une version complète ici.  Comme je suis un sage un peu moderne et surtout pressé (!), je vais vous en donner une version « post » !

C’est l’histoire de 6 hommes aveugles, mais très instruits et curieux qui décident pour la première fois de rencontrer un éléphant. Lors de cette rencontre, chaque homme touche une partie différente de l’éléphant et arrive à une conclusion concernant sa nature. Le premier qui touche le flanc décrète qu’un éléphant est comme un mur. Le second qui touche une défense est certain qu’un éléphant est comme un sabre. Le troisième qui saisit la trompe l’identifie avec un serpent. Pour le quatrième qui s’empare de l’oreille, nul doute un éléphant est comme une grande feuille. Pour le sixième qui prend à bras le corps une jambe, un éléphant ressemble à un arbre. Enfin, pour que le sixième qui attrape la queue, la réalité d’un éléphant est proche d’une corde. Des discussions vives s’en suivent alors et l’apaisement entre les 6 hommes ne sera dû qu’à l’arrivée d’un sage qui confirmera à chacun la véracité de sa découverte, et les encouragera à une mise en commun de leur savoir pour une juste vision de la nature d’un éléphant.   

Transposons cette fable à notre sujet de l’immunité ! Depuis 20 ans, les sciences biologiques ont complètement révolutionné la vision de l’être humain et au passage ont questionné la nature de l’immunité. Qu’est-ce donc que cette capacité biologique d’une complexité inimaginable* ? Nous avons, six aveugles, médecins ou scientifiques, qui s’approchent de l’immunité et en touche une partie.

Le premier aveugle est immunologiste et fort du fait que ce sujet est sa discipline, il décline son savoir énorme sur les cellules de l’immunité et leurs très complexes interactions, ainsi que les dizaines de substances, appelées cytokines qui participe de la communication de ce système. Il pourrait d’ailleurs avoir écrit ce livre qui traduit bien la complexité de ce système.

Le deuxième est gastroentérologue, il est convaincu que l’immunité se forge au cœur de l’intestin dans un système complexe qu’il appelle l’écosystème intestinal.

Le troisième est endocrinologue, il argumente sur le fait que lorsque ses patients sont en hypothyroïdie ou très stressés (cortisol très élevé) ils montent des faiblesses immunitaires.

Le quatrième est chercheur-généticien. Pour lui, une grande partie de nos capacités immunitaires (forces et faiblesses) se retrouvent dans les gènes à travers ce que l’on appelle des polymorphismes fonctionnels.

Le cinquième est psychiatre. Comme le troisième, « il palpe, il capte l’immunité » à travers son expérience clinique. Si mes patients sont déprimés, explique-t-il aux cinq autres aveugles, ils sont beaucoup plus vulnérables aux infections.

Le sixième est un chercheur-gériatre, spécialisé dans la dénutrition et la sarcopénie. Pour lui, l’immunité est affaire de muscles. Cela ne fait aucun doute, un sénior sans muscles est un sénior à l’immunité faible.

Contrairement aux hommes de la légende indienne, ces différents aveugles, scientifiques ou médecins, pourraient se comprendre et s’entendre s’ils se retrouvaient et s’ils prenaient le temps de s’intéresser au savoir des autres. Car leurs savoirs sont universels (publiés) et ils peuvent se comprendre mutuellement.

Mais bizarrement personne, aucun sage, ou presque, « ne les encourage à une mise en commun de leur savoir pour une juste vision de la nature de l’éléphant (immunité) » !

Dans la société d’aujourd’hui confrontée à une épidémie, seul le point de vue de l’aveugle immunologiste est considéré !! (Et encore, son savoir très complexe est ultra-simplifié pour être utilisé commercialement). Qu’en est-il du savoir des autres aveugles pour nous donner une juste vision de l’immunité.**

En médecine ou santé fonctionnelle, nous essayons face aux pathologies que nous abordons d’être ce sage qui invite à intégrer un savoir global, systémique : une vision de l’éléphant avec les différents points de vue des aveugles !

Ainsi par exemple, une dépression est approchée et considérée avec le point de vue :

  • De l’aveugle-gastroentérologue : lien intestin cerveau 
  • Mais aussi avec le point de vue de l’aveugle-endocrinologue : une bonne fonction thyroïdienne – encore elle – est importante pour de bonnes fonctions psychiques
  • De certains autres aveugles : comme un gynécologue qui nous apprend que la progestérone est un psychotrope naturel de la femme
  • De l’aveugle-généticien : des polymorphismes génétiques – MTHFR par exemple – jouent un rôle causal dans la dépression

Sans oublier bien sûr celui de l’aveugle spécialiste, le psychiatre… etc. …

C’est tout l’art de la médecine ou santé fonctionnelle d’essayer d’approcher cette complexité grâce à différents outils dont nous avons parlé dans un précédent article.  C’est la compréhension et l’utilisation de ces outils que nous apprenons dans les formations de DFM pour devenir ces « sages » qui « encourage à une mise en commun du  savoir pour une juste vision de la nature d’un éléphant » !!

Bruno Mairet, Consultant et formateur en santé fonctionnelle – Cofondateur de DFM Formations

 

*J’emploie souvent ce terme pour parler des fonctions biologiques. On me l’a fait remarquer ! Ce n’est pas qu’une façon de parler. La pensée humaine n’est pas capable (inimaginable) de comprendre les systèmes biologiques. Leur complexité est telle qu’une nouvelle science, la biologie systémique, approche la description des systèmes biologiques grâce aux mathématiques et à des modélisations numériques très poussées. Grâce à ces outils, elle peut au mieux actuellement, effleurer cette complexité du vivant ! Alors quand on entend affirmer que tout est sous contrôle avec des processus de thérapies expérimentales, que l’on sait exactement ce que l’on fait, de deux choses l’une : soit c’est de l’ignorance, soit des mensonges impardonnables…

** j’ai essayé d’intégrer les points de vue des 6 aveugles dans mon livre « Défendez-vous, contre les infections, taillez-vous une immunité sur mesure »

 

 

Pour vous former en ce sens :

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La santé fonctionnelle et la médecine des 4P | Partie 2 – Par Bruno Mairet

Savez-vous ce que signifie l’acronyme DFM ? Démarche Fonctionnelle et Micronutrition. Au cœur de l’enseignement de la santé fonctionnelle, il y a donc une démarche fonctionnelle précise, rigoureuse qu’on acquière essentiellement lors du Cursus Duo Pratik mais que l’on retrouve aussi dans toutes nos formations. Cette démarche fonctionnelle repose sur les grands concepts de la médecine des 4P un courant médical nord-américain du début du 21ème siècle qui a conceptualisé une approche nouvelle de la santé. Je vous expose dans cet article en deux parties (extrait de mon livre « Maîtrisez votre protocole santé ») les grands axes de la démarche 4P au cœur de la santé fonctionnelle (et je rajoute 2P pour Santé des 6P !!)

Dans la partie 1, j’ai traité les 3P Prévention, Prédiction, Personnalisation. Dans la partie 2 nous abordons les 3P Participation, Preuves, Précision.

La participation

Il est important de désirer faire valoir son droit à une approche personnalisée de sa santé («je suis un être avec un mode de vie et un terrain unique, différent de mon voisin, et je veux qu’on le prenne en considération lorsqu’on me soigne»). Mais ça ne peut pas être une revendication sociale! C’est une conquête individuelle. En effet, les institutions de santé ne s’occupent pas des individus mais des masses, du collectif! D’ailleurs, si elles font de la prévention (tabac, alcool, malbouffe), c’est parce qu’il est dans leur intérêt qu’il y ait globalement moins de cancers, de surpoids et d’accidents cardiaques, pour diminuer les coûts de la prise en charge de ces pathologies chroniques. Pour les institutions, il n’y a pas d’individu; il n’y que des chiffres, des statistiques. Est-ce que j’enfonce une porte ouverte ? Sans doute ! Vous en êtes convaincu ? Tant mieux, car c’est une base importante pour comprendre que personne ne nous sert sur un plateau une santé personnalisée; elle se conquière (comme la liberté). Elle nécessite une implication. Concrètement, consulter un praticien en santé fonctionnelle demandera des efforts :

  • Pour entreprendre des changements (parfois conséquents) dans son alimentation. Il faut parfois savoir aller plus loin que le « 5 fruits et légumes par jour » (slogan du ministère français de la Santé, issu à l’origine d’une recommandation de l’OMS, qui n’a pas changé depuis 20 ans).
  • Pour remettre en question son mode de vie. Il faut parfois savoir aller plus loin que «Pour votre santé, bougez plus» !
  • Pour s’impliquer financièrement dans des achats de compléments alimentaires par exemple. Mais aussi pour se payer des analyses nutritionnelles et fonctionnelles que le praticien recommandera. En effet, il faut savoir que plus de 90% des analyses dont on parlera dans ce livre sont non remboursées. Est-ce à dire que c’est une démarche de riche, que tout le monde ne peut pas se permettre? Bien sûr, le constat d’un tri social semble évident lorsque l’on évoque la personnalisation de la santé, puisque cette démarche n’est pas considérée par la collectivité. Mais par ailleurs, il y aurait beaucoup d’histoires (parfois poignantes) à raconter de patients au RSA (revenu de solidarité en France) ou au chômage, qui choisissent avec détermination de s’impliquer financièrement dans leur santé parce que c’est une priorité pour eux ! Et à l’inverse, des gens avec un confort financier évident ne seront pas prêts à mettre 40 euros dans une analyse car ils sont conditionnés par cette donnée : « La santé, c’est gratuit !»

D’autre part, la participation du patient va beaucoup dépendre du praticien. Ce dernier doit être pédagogue pour motiver le premier. L’implication d’un patient va notamment être grandement déterminée par sa compréhension des changements qu’on va lui proposer. Les analyses que vous découvrirez dans ce livre ont aussi (et parfois surtout) un rôle pédagogique. Le praticien doit s’en servir.

Illustrons cela par un cas patient. M. Fonta, 55 ans, consulte pour des troubles métaboliques et cardiovasculaires. Quand on l’interroge sur son assiette, il assure qu’il mange relativement peu de viande rouge, pas mal de céréales, des fibres, de bonnes graisses, et qu’il consomme beaucoup de légumes colorés. Après une recherche causale avec différentes questions cliniques, on lui propose un bilan nutritionnel et fonctionnel. Dans ce bilan est notamment incluse une analyse intestinale qu’on appelle les acides gras à courte chaîne (à ne pas confondre avec l’analyse des acides gras érythrocytaires). L’analyse des acides gras à courte chaîne de M. Fonta révèle un déficit profond en certaines molécules dans ses selles (le butyrate, notamment) – voir Résultats d’analyses ci-dessous. Or, le butyrate est une molécule cruciale pour le contrôle métabolique, les troubles inflammatoires et l’athérosclérose (dont souffre M. Fonta). Ce taux effondré de butyrate met potentiellement en évidence une faible consommation de fibres. Nous montrons donc les résultats à M. Fonta ; on en parle, on essaie de comprendre. Il se sent impliqué dans cette enquête. On arrive ensemble à la conclusion qu’il est loin d’atteindre dans son assiette le quota de fibres nécessaire pour une bonne santé. Les études montrent qu’un adulte doit consommer 30 g de fibres par jour. On aurait pu se contenter de donner cette information à M. Fonta. On aurait pu se contenter de lui donner une fiche qui l’accompagne dans le choix des fibres et les quantités à consommer. Mais l’analyse des acides gras à courte chaîne a personnalisé le sujet! Elle a impliqué M. Fonta sur l’importance des fibres pour lui (et pas pour M. Toutlemonde!), sur l’importance d’augmenter largement sa consommation de ce type d’aliments-santé. Son implication sur ce sujet (et d’autres, bien sûr) a largement contribué à améliorer ses troubles métaboliques.

Résultats d’analyses n° 1 : Acide gras à courte chaîne  Cet histogramme présente le dosage des acides gras à courte chaîne dans les selles. Ce dosage permet une bonne évaluation de la consommation des fibres dans l’assiette. Les fines barres noires représentent les valeurs du patient M. Fonta ; la barre horizontale, au milieu, la valeur cible. Les rectangles gris représentent l’encadrement des valeurs santé. On constate un taux très bas d’acide gras à courte chaîne chez ce patient, reflet d’une assiette de fibres très pauvre.

Certains praticiens en médecine fonctionnelle poussent encore plus loin le principe de l’implication/participation du patient. Ils leur envoient par mail des publications scientifiques (motivant les protocoles proposés ; expliquant les bénéfices de la prise en charge de leurs pathologies avec la santé ou médecine fonctionnelle, etc.) pour qu’ils soient bien informés, qu’ils comprennent bien leur prise en charge et qu’ils puissent ainsi mieux s’impliquer. Les patients qui consultent en santé fonctionnelle sont souvent ravis de cette démarche. Ils adhérent à une prise en charge éclairée.

Deux autres P : précision et preuve

Prévention, prédiction, personnalisation, participation: ces quatre P définissent, comme on vient de le voir, le cadre d’une nouvelle approche de la santé. Cette dernière peut encore être mieux cernée en ajoutant deux autres P.

Preuve

Avec la crise de la COVID, beaucoup de personnes ont dû découvrir ce que l’on appelle l’« Evidence Based Medicine » (EBM). Traduisez : la médecine basée sur les preuves. À cette occasion, en effet, on a beaucoup parlé des fameux essais randomisés pour prouver l’efficacité d’un traitement, d’un médicament, d’un protocole. C’est sur des études médicales que s’appuie toute l’industrie du médicament, mais aussi et peut-être surtout toute la légitimité et la puissance de conviction de la médecine allopathique (il n’y avait qu’à voir avec quelle arrogance les médecins de plateau télé se permettaient de remettre en question l’un des plus grands infectiologues au monde – le professeur Raoult – sous prétexte qu’il n’avait pas d’étude randomisée pour son protocole hydroxychloroquine/azithromycine !). Mais il n’y a pas que le médicament qui dispose de preuves d’efficacité. Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le complément alimentaire a lui aussi les siennes. Le monde du complément alimentaire est lui aussi « Evidence Based » ! En effet, les pratiques de supplémentation alimentaire peuvent s’appuyer sur des milliers d’études pour des centaines de pathologies. Avec des niveaux de preuve parfois très bons. En réalité, toute la démarche de santé fonctionnelle s’appuie sur des publications scientifiques, souvent de la bonne science.

Précision

C’est sur la base de ces études que sont définies les normes santé pour les vitamines, minéraux, hormones et autres marqueurs d’analyses nutritionnelles et fonctionnelles qu’on découvrira tout au long de cet ouvrage. Prenons l’exemple de la vitamine D. Pour une démarche de prévention du cancer du sein, les études montrent qu’il faut un taux de vitamine D compris entre 60 et 80 ng/ml. C’est une valeur précise, une valeur cible, une valeur santé valable pour cette indication précise. Nous voyons là se dessiner cette exigence de précision. Pour conduire correctement sa supplémentation, le praticien devra respecter plusieurs étapes.

  • Pour commencer, il faudra qu’il réalise un dosage initial de la vitamine D: précision des conditions initiales chez un patient donné pour ce micronutriment (statut initial en vitamine D).
  • De là, il pourra proposer un protocole adapté en fonction de ce taux de base : précision du protocole de supplémentation en vitamine D.
  • Puis, pour être sûr d’atteindre sa valeur cible,il fera un dosage de contrôle du taux de vitamine D (plusieurs semaines après le début de la prise de vitamine D) pour pouvoir le cas échéant adapter sa supplémentation: précision dans le suivi.
  • Sur la base de ce dosage de contrôle, il sera aussi en mesure de mieux connaître la physiologie de son patient (personnalisation) et de proposer une bonne supplémentation dite d’entretien (sur le moyen/long terme).

L’illustration n° 1 montre les quatre étapes de base pour une supplémentation bien conduite. Pour chaque micronutriment il y a des valeurs cibles (définies par les études = preuves), des protocoles de supplémentation adaptés en fonction des dosages initiaux, des conseils pour un intervalle de temps optimal pour une analyse de suivi après le début de supplémentation.

Illustration n° 1 : Précision en micronutrition  Cinq étapes de base pour un protocole précis de supplémentation en micronutriment. Pour chaque micronutriment (vitamine, minéraux ), le praticien vise des valeurs cibles. Son protocole de supplémentation dépendra de l’écart entre le dosage initial et les valeurs cibles. L’analyse de suivi lui permettra de valider les résultats de son protocole pour une personne donnée et de proposer une supplémentation sur le long terme.

On voit combien cette démarche est une pratique que l’on peut qualifier «d’éclairée», dans le sens où elle est rigoureuse, conduite d’après la science de bout en bout. On est loin des pratiques de supplémentation « à l’aveugle », c’est-à-dire sans analyses, sans boussole ni gouvernail et dans lesquelles, en conséquence, les risques d’inefficacité sont plus importants. Les résultats d’analyses n° 2 montrent un suivi de dosage de vitamine D et de vitamine B12 de Mme Duret, 55 ans, qui présente des antécédents familiaux de cancer du sein. À la deuxième analyse, le dosage de vitamine D a atteint les valeurs cibles visées pour une bonne prévention.

Résultats d’analyses n° 2 : Le suivi du dosage de vitamine D  Il s’agit d’une analyse réalisée dans le cadre d’un bilan de prévention du cancer du sein. À l’extrême droite, les valeurs du laboratoire (qui ne sont pas les valeurs cibles). Les dates se lisent de droite à gauche (année-mois-jour). Puis, au centre, les valeurs de la première analyse (mars 2022). Enfin, à droite, les valeurs de l’analyse de suivi 5 mois plus tard. On est passé d’un taux de 27,1 ng/ml à 71,9 ng/ml, ce qui est dans la valeur cible.

Bruno Mairet – Co-fondateur de DFM Formations

Pour aller plus loin

Ce module vous permettra d'intégrer les concepts des cursus de micronutrition et notamment du cursus DuoPratiK
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La santé fonctionnelle et la médecine des 4P – 1re partie par Bruno Mairet

Savez-vous ce que signifie l’acronyme DFM ? Démarche Fonctionnelle et Micronutrition. Au cœur de l’enseignement de la santé fonctionnelle, il y a donc une démarche fonctionnelle précise, rigoureuse qu’on acquière essentiellement lors du Cursus Duo Pratik, mais que l’on retrouve aussi dans toutes nos formations. Cette démarche fonctionnelle repose sur les grands concepts de la médecine des 4P un courant médical nord-américain du début du 21e siècle qui a conceptualisé une approche nouvelle de la santé. Je vous expose dans cet article en deux parties (extrait de mon livre « Maîtrisez votre protocole santé ») les grands axes de la démarche 4P au cœur de la santé fonctionnelle (et je rajoute 2P pour Santé des 6P !!)

Dans la partie 1 nous traitons les 3P Prévention, Prédiction, Personnalisation. Dans la partie 2 nous aborderons les 3P Participation, Preuves, Précision.

La prévention

« Mieux vaut prévenir que guérir. » Ce vieux proverbe est-il totalement has been à l’ère des nouveaux médicaments tout puissants que sont les biothérapies, les thérapies ciblées et les vaccins-médicaments (improbable concept !) ? Pourquoi se préoccuper de prévention quand on dispose d’un arsenal de médicaments qui rapporte autant d’argent et qui éteint si puissamment les symptômes ? La prévention est-elle un concept désuet qui se limiterait à toutes les recommandations inutiles et/ou infantilisantes qui ont inondé les médias pendant la gestion de la dernière pandémie ? La part du budget de la santé consacrée à la prévention en France – 2 % – laisse en tout cas penser que c’est très loin d’être une priorité pour nos institutions. D’autre part, la prévention n’a aucune place dans le cursus universitaire des médecins. Ces derniers sont essentiellement formés à prendre en charge des maladies, et non à préserver la santé.

Une analyse fonctionnelle illustre très bien cette absence de prévention : l’indice HOMA.

Prenons un exemple clinique. Une histoire pas du tout exceptionnelle, mais plutôt fréquente. M. Robert, 55 ans, est en surpoids important (IMC de 29,5). Il est sédentaire depuis des années. Il rend visite à son médecin pour un petit bilan de santé. Son surpoids l’inquiète un peu, car sa mère est diabétique et son père « fait de la tension ». Le médecin lui prescrit un bilan assez classique qui comprend notamment une glycémie à jeun (taux de sucre dans le sang) et un dosage des cholestérols (total, HDL et LDL). Résultats : glycémie à 1,04 g/L et cholestérol total à 2,45 g/L. Conclusion du médecin: «M. Robert, vous n’avez pas de diabète (la glycémie doit être supérieure à 1,26 g/L pour arriver à ce diagnostic). Ne vous inquiétez pas, mais essayez quand même de perdre un peu de poids ! Par contre, vous avez du cholestérol. Je peux vous proposer une statine, un médicament pour faire baisser votre cholestérol. »

On passe ici potentiellement à côté d’un problème métabolique que l’on appelle la résistance à l’insuline qui est une condition physiopathologique précédant un diabète. Un médecin dans une démarche de prévention aurait pu prescrire non seulement l’analyse de la glycémie à jeun, mais aussi l’insulinémie à jeun. Ces deux paramètres lui auraient permis de calculer un indice appelé HOMA qui aurait peut-être révélé une résistance à l’insuline. Auquel cas, la mise en place d’une démarche de prévention métabolique – éviter un diabète – via notamment la gestion des glucides de l’assiette, aurait permis de reverser ce prédiabète tout en baissant le cholestérol.

Malheureusement, les médecins sont principalement formés pour repérer et prendre en charge un diabète (avec un arsenal thérapeutique bien établi : antidiabétiques oraux, insuline), et non pour mettre en évidence, bien en amont (avec des analyses), un terrain métabolique qui prédispose fortement au diabète.

Le tableau N°2 montre les différences entre prévention métabolique et traitement de la maladie métabolique.

La prédiction

Les concepts de prévention et de prédiction sont proches et intriqués. La démarche de prévention commence avec la mise en évidence d’un glissement vers un terrain à risque à cause d’un mode de vie lui-même à risque. Ainsi, dans l’exemple précédent, la sédentarité de M. Robert est un des facteurs qui a conduit son terrain métabolique à glisser vers une résistance à l’insuline (état physiopathologique précédant un diabète). La prédiction, quant à elle, est une mise en évidence d’un terrain prédisposant à une pathologie. La démarche de prédiction est étroitement reliée à la notion de constitution (si chère aux naturopathes). Pour rappel, la constitution d’un patient est son terrain de base, dont il hérite à la naissance. Ainsi, toutes les analyses caractérisant un terrain génétique vont rentrer dans cette dynamique de prédiction. Par exemple, une certaine variante génétique sur un gène appelé COMT prédisposera à l’anxiété. Une autre variante génétique sur un gène appelé MTHFR prédisposera à la dépression. Il faut prendre conscience du puissant impact du terrain génétique sur certains états pathologiques. Le cas de madame Juliéna va nous y aider. Cette femme de 46 ans a une vie qu’elle qualifie de « parfaite » : un travail qui a tout pour être stimulant (artiste peintre), une belle vie de famille qui s’épanouit dans une grande maison près de la mer, des amis… Toutefois, en dépit de ce contexte idyllique, elle est très souvent déprimée (avec même plusieurs épisodes de « vraie » dépression). Mme Juliéna est une femme intelligente. À un moment donné de sa vie, elle s’est questionnée: peut-être mon mode de vie est-il trop matérialiste (la fameuse quête de l’Avoir au lieu de l’Être) ? Peut-être que cela me fait ressentir un vide intérieur à l’origine de ma déprime ? Elle s’est alors mise à la méditation, a cherché à mettre des valeurs, des idéaux et du sens dans sa vie. Cette véritable «quête spirituelle» a bien amélioré son état d’être, mais un fond de dépression était toujours là. Tenace, elle a alors consulté un praticien fonctionnel qui lui a proposé une analyse de son gène MTHFR. Ce dernier s’est révélé être une « fragilité constitutionnelle », un terrain à risque de dépression pour madame Juliéna. Pour pallier cette fragilité de terrain, une prise en charge très simple à base d’un complexe de vitamines du groupe B, et notamment de méthyl folate (vitamine B9 «activée»), lui a été proposée. Le résultat a été au rendez-vous! Son état dépressif endogène («qui prend naissance à l’intérieur ») a quasi disparu. Puisque c’est un trouble dépressif avec une forte composante génétique, constitutionnelle (c’est inscrit au cœur de son métabolisme cellulaire), le praticien a pu lui prédire qu’elle rechuterait si elle ne faisait pas régulièrement des cures de ce traitement. Philosophe, madame Juliéna parle de cette fragilité de terrain comme de son karma!

La personnalisation

Aller vers une médecine personnalisée est un objectif très tendance de Big Pharma, portée par la révolution numérique et les ambitions prométhéennes de Big Data ! Son but : adapter les traitements en fonction des caractéristiques (génétiques, notamment) des patients et de leurs maladies. L’idée est d’anticiper, grâce à des tests de diagnostic, ceux pour qui un traitement sera le plus bénéfique et ceux pour qui il ne le sera pas. Le projet France Médecine Génomique 2025 lancé en 2016 poursuit ce type d’objectifs, notamment dans le domaine de la lutte contre le cancer. En caractérisant la spécificité génétique de la tumeur d’un patient (on appelle cela le profilage moléculaire des tumeurs), on peut en théorie trouver une thérapie plus ciblée, personnalisée, pour son cancer. Les enjeux financiers sont énormes et certains mastodontes de l’industrie pharmaceutique en ont fait un but stratégique. Au-delà de l’appât du gain, cette promesse de médecine personnalisée nous vend beaucoup de rêve ! Elle nous fait la promesse d’une révolution médicale : la fin imminente d’une médecine de masse : « Nous vous considérons comme des individus uniques, et nous vous proposons un traitement sur mesure ! » Il y a cependant matière à douter de cette annonce, après les protocoles collectifs pour le moins peu personnalisés qu’on a cherché à nous imposer pendant la crise sanitaire! Cependant, cette médecine personnalisée fait rêver, car elle touche à une aspiration profonde (plus ou moins consciente, certes) au cœur de la nature humaine : l’envie d’être considéré dans sa singularité ! Hippocrate nous proposait déjà de prendre en charge un patient (avec son mode de vie, son terrain…) et non une maladie ! Ainsi, dans la démarche de médecine fonctionnelle ou de santé fonctionnelle, il n’y aura jamais deux prises en charge identiques pour un même problème de santé. L’investigation clinique complétée par des bilans nutritionnels et fonctionnels (tous ceux dont il sera question dans ce livre) vont orienter le praticien vers des causes très individualisées pour un même problème de santé. Prenons l’exemple de plusieurs patients qui consultent pour de l’acné.

  • M. Eliot, 28 ans, présente une acné sévère. La biologie micronutritionnelle révèle une carence en zinc profonde (ce type de carence ne trouve pas toujours d’explication logique). Une supplémentation en zinc bien conduite fera disparaître son acné (il est par ailleurs fort probable qu’il devra régulièrement faire des cures de cet oligoélément). Attention: j’insiste sur la notion de supplémentation bien conduite! Beaucoup de professionnels de santé savent qu’une cure de zinc peut améliorer fortement une acné. Un pharmacien avisé en proposera sans doute lors d’une discussion au comptoir. Néanmoins, selon la profondeur de la carence, l’efficacité de la supplémentation ne sera peut-être pas au rendez-vous, avec le risque de conclure: l’acné de cette personne ne vient pas d’une carence en zinc. Mais ce serait une erreur de procéder ainsi. Là aussi, il faut personnaliser en fonction des résultats de la biologie du zinc. Un taux de zinc à 55 μg/dl (carence très profonde) ou un taux à 75 μg/dl (carence profonde) n’appelleront pas la même démarche de supplémentation.
  • M. Palini, 21 ans, est lui aussi fortement touché par une acné depuis des années. Le questionnaire nutritionnel et le bilan des acides gras érythrocytaires révèlent un fort excès d’acides gras saturés et d’acides gras trans dans son assiette et dans ses cellules. Pro-inflammatoires, ces acides gras l’exposent à une peau acnéique. Pour corriger son acné, on revisitera principalement son alimentation en apportant, entre autres choses, 300 g de petits poissons gras par semaine dans son assiette.
  • Mme Miton, 35 ans, souffre d’acné depuis l’arrêt de sa pilule (on l’avait d’ailleurs mise sous pilule à l’adolescence pour «faire disparaître» son acné). L’investigation clinique et biologique révèle chez elle des troubles de nature hormonale. Son acné est d’ailleurs majorée pendant la semaine précédant ses règles. Les dosages hormonaux révèlent un taux de progestérone très bas (mesuré 7 jours après l’ovulation). Les androgènes, eux, sont normaux. Ce dernier point est important, car ce sont souvent ces hormones qui sont incriminées dans l’acné. Or, chez madame Miton, c’est le déséquilibre progestérone (basse)/androgène qui est responsable de l’apparition de l’acné. Il faudra optimiser sa qualité ovulatoire. La prise en charge est trop complexe pour être évoquée brièvement ici. Je vous renvoie à l’ouvrage de ma collègue Guénaëlle Abéguilé, Troubles hormonaux: reprenez le pouvoir.
  • Mlle Gilbert, 17 ans, se bat contre une importante acné du visage. L’investigation clinique et biologique révèle qu’elle porte les trois causes évoquées ci-dessus : carence en zinc, excès d’acide gras saturés et troubles hormonaux !

On le voit, la biologie va être un complément souvent indispensable à l’investigation clinique pour personnaliser la prise en charge d’un problème de santé. Par exemple, le zinc (donné à M. Eliot) n’aurait eu aucune efficacité sur l’acné de M. Palini, tout comme les petits poissons gras de ce dernier n’auraient rien changé à la peau acnéique de Mme Miton.

À ce stade de la présentation des analyses de la nouvelle médecine des 4P, proposons une petite synthèse dans le tableau n° 3, regroupant une grande partie des concepts que nous avons abordés depuis le début de cette première partie.

Tableau n° 3 : Médecine des 4P : analyses et terrains. Chaque concept de la médecine des 4P peut être mis en correspondance avec des concepts de naturopathie traditionnelle et avec certains types d’analyses. Ces correspondances que je propose ici ont une vocation pédagogique, mais elles ont leurs limites, car rien n’est cloisonné de la sorte. Ainsi, par exemple, on peut personnaliser une prise en charge avec des analyses génétiques et non pas seulement être dans la prédiction. Dans le cas de madame Juliéna, sa dépression a été prise en charge de manière totalement personnalisée.

Bruno Mairet – extrait du livre « Maitrisez votre protocole santé« 

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Porosité intestinale : késako et cause, mise en évidence biologique et prise en charge par Bruno Mairet

Quand la muqueuse intestinale souffre de perméabilité…

La recherche nous amène tous les jours à en devenir toujours plus conscients :  le microbiote intestinal a une influence sur des organes précis (axe intestin-cerveau, axe intestin-poumon, … ) mais en réalité son déséquilibre peut avoir un impact sur le corps entier. En effet, toutes les dysbioses, ou désordres intestinaux, peuvent provoquer ce que l’on appelle une « perméabilité intestinale ». Lorsque l’écosystème intestinal est « en bonne santé », la muqueuse de nos intestins est imperméable aux bactéries et aux fragments alimentaires non digérés. Seuls les nutriments digérés peuvent passer cette barrière (schéma ci-dessous). En cas de dysbiose, la muqueuse intestinale peut devenir poreuse  : elle présente de véritables trous, qui laissent passer des éléments étrangers dans notre corps.

Cette fuite intestinale (les Anglo-Saxons parlent de leaky gut, ou « intestin qui fuit ») est à l’origine d’une inflammation, car notre système immunitaire réagit alors contre  les antigènes bactériens et contre les fragments d’aliments non digérés qui traversent notre intestin, devenu une passoire ! Des molécules de l’inflammation vont alors diffuser dans tout notre corps et avoir des impacts multiples. Les désordres intestinaux permanents peuvent ainsi conduire à une inflammation chronique de tout notre organisme.

Les conséquences de la perméabilité intestinale

Nous savons depuis quelques années déjà que cet état inflammatoire a des conséquences majeures sur notre santé  : surpoids, obésité, maladies cardio-vasculaires, auto-immunité, cancers, dépressions, maladies dégénératives… Cette inflammation chronique semble aussi avoir des conséquences sur les risques de complications inflammatoires dans les cas de maladie infectieuse, comme la Covid-19. Nous savons d’instinct que tout feu peut s’embraser plus vite sur des braises. Il en est de même pour les feux inflammatoires de notre corps. Si vous avez en permanence un petit feu dans votre sang, alors un gros départ de feu lié à un virus mal contrôlé (comme le SARS-CoV-2) peut conduire à un incendie mortel ! C’est une des raisons pour lesquelles les personnes en surpoids ou obèses risquent plus de faire une forme grave de Covid  : ils sont toujours en état inflammatoire chronique (lié en partie à leur intestin, mais également à leurs tissus gras, qui génèrent aussi de l’inflammation). Ainsi, plus qu’on ne l’avait jamais imaginé, prendre soin de son intestin est vraiment vital et doit devenir une stratégie de prévention anti-infectieuse.

Identifier les causes de la porosité intestinale

Vous le savez, les dysbioses s’accompagnent souvent d’un intestin hyperperméable, mais elles ne sont pas la seule cause de cette affection. Beaucoup de maux imputables à la consommation de gluten (la protéine du blé et d’autres céréales, comme l’avoine, l’orge, le seigle ou l’épeautre) sont liés à cette porosité intestinale. En effet, par une action directe sur notre muqueuse intestinale, le gluten peut amener notre intestin à devenir une véritable passoire. Il n’est pas le seul à avoir ce pouvoir nocif ! La liste est longue  : de l’hypersensibilité alimentaire à des médicaments bien connus en passant par le stress et à la pratique intensive du sport…

  • Les « allergies » alimentaires : il n’est pas question ici des allergies alimentaires vraies (allergies induisant la production d’une catégorie d’anticorps appelés IgE), celles qui donnent des symptômes aigus et violents avec de petites quantités d’aliments (crustacés, arachide, soja…), mais des « allergies alimentaires » à IgG, qui provoquent une inflammation chronique de l’intestin (pour éviter la confusion avec les allergies vraies, on parle, pour être précis, d’hypersensibilité alimentaire ou d’allergie alimentaire de type III). Ces hypersensibilités peuvent être la cause et la conséquence d’une porosité intestinale. Outre le gluten, on retrouve souvent des hypersensibilités à la caséine (protéine du lait), à l’ovalbumine ou à d’autres protéines de l’œuf (très fréquent), ou encore aux oléagineux. En réalité, tous les aliments peuvent potentiellement conduire à une hypersensibilité. Il existe des tests pour les rechercher. Une fois qu’ils sont identifiés, on procède à une éviction du ou des aliments incriminés pendant une période plus ou moins longue, pour permettre de calmer l’inflammation et de réparer la muqueuse.
  • Les antibiotiques sont encore trop souvent automatiques ! Ce sont de véritables bombes pour notre microbiote et notre écosystème intestinal. Certes, grâce à leur usage, on tue des bactéries pathogènes, mais les dégâts collatéraux sont parfois considérables. Les traitements antibiotiques récurrents chez les enfants ou chez les personnes âgées fragiles sont une catastrophe pour le microbiote et la muqueuse intestinale. On devrait toujours s’occuper de sa muqueuse intestinale après une antibiothérapie.
  • Les antiacides (IPP) sont prescrits en cas de reflux gastro-œsophagien, mais les usages abusifs et trop prolongés sont fréquents. En diminuant l’acidité de l’estomac, ils réduisent celle de l’intestin grêle, or le climat légèrement acide de ce dernier empêche certaines bactéries d’y proliférer. Les IPP peuvent ainsi être responsables du développement d’un SIBO, qui est, rappelons-le, une dysbiose de prolifération de bactéries dans le grêle. Il a été montré également que la prise d’IPP augmente le risque d’infection à la Covid-19. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens altèrent la production du mucus intestinal, élément protecteur de la muqueuse. Il est à noter que ces produits, comme leur nom l’indique, vont certes calmer les états inflammatoires dans notre corps, mais ils vont d’un autre côté, par le biais de la porosité intestinale qu’ils induisent, provoquer un état d’inflammation chronique, et donc augmenter les problèmes initiaux. Il faut donc essayer de faire appel à d’autres stratégies anti-inflammatoires.
  • Les chimiothérapies : les désordres intestinaux importants font partie des effets secondaires fréquents des chimiothérapies. On devrait toujours s’occuper de la muqueuse intestinale après une chimiothérapie. En effet, celle-ci a pour objet de freiner le développement des cellules à division rapide, dont font partie les cellules cancéreuses. Les cellules de la muqueuse intestinale étant aussi des cellules à division rapide (50 milliards de cellules intestinales sont produites par jour pour régénérer la muqueuse), la chimiothérapie les affecte considérablement. C’est la raison pour laquelle les principaux effets secondaires des chimiothérapies touchent l’intestin.
  • Beaucoup d’autres médicaments ont des effets néfastes sur le microbiote. On comprendra, en voyant cette liste (notamment antibiotiques, antiacides, anti-inflammatoires), pourquoi nos seniors ont tant de désordres au niveau de leur écosystème intestinal et présentent tant de risques de porosité inflammatoire. Le vieillissement en lui-même fragilise d’ailleurs la muqueuse intestinale. C’est une des explications, parmi bien d’autres, de la vulnérabilité de nos seniors face à la Covid-19.
  • Les pesticides : on sait que ce sont des produits mutagènes, des perturbateurs endocriniens, mais on sait moins combien ils perturbent nos intestins de manière insidieuse. Une raison de plus de se tourner vers les produits d’origine biologique certifiés sans pesticides. Les additifs alimentaires  : le dioxyde de titane (ou E171) par exemple, que l’on trouve dans de nombreux produits alimentaires, provoque une inflammation intestinale à l’origine de la porosité. La solution est simple, il faut manger des aliments primaires, non transformés.
  • L’alcool : la porosité intestinale induite par une consommation chronique et excessive d’alcool est sans doute une des raisons des désordres hépatiques. Les fonctions du foie sont perturbées dès que l’on a un peu d’inflammation dans notre corps (l’activité de détox naturelle, entre autres, est ralentie).
  • Le stress : il provoque également une fragilité de notre muqueuse intestinale (notamment de la muqueuse gastrique). Les solutions sont nombreuses pour y remédier (cohérence cardiaque, méditation, stimulation nerf vague …)
  • Le jeûne prolongé  : eh oui, prudence avec les jeûnes prolongés (plus de 7 jours) car, par différents mécanismes, ils peuvent conduire à une fragilité de l’intestin… Mais ce n’est pas le cas des jeûnes brefs (de un à trois jours), où les intestins sont mis au repos.
  • Le sport intensif : il génère lui aussi une hyperperméabilité intestinale. Pour quelle raison ? Pendant l’effort intensif, le flux sanguin va être majoritairement dirigé vers les muscles, le cœur, les poumons. L’intestin, non essentiel à la réussite de l’effort sportif, va être hypoperfusé en sang (le flux sanguin diminue au niveau de l’intestin). Lors d’un marathon, par exemple, l’intestin ne va recevoir que 10 % de la quantité de sang qu’il reçoit habituellement ! Cette hypoperfusion va induire un manque d’oxygène au niveau de l’intestin (une ischémie), qui va alors fragiliser la muqueuse en créant un stress oxydatif. Lorsque l’effort cesse, le sang revient brusquement dans l’intestin (reperfusion). Ce flot de sang peut lui aussi fragiliser la muqueuse. Ces deux processus, ischémie et reperfusion, peuvent conduire à un intestin poreux. Le sportif doit donc prendre grand soin de ses intestins.

Mise en évidence : Comment savoir si mon intestin est poreux ?

  • La clinique

Si vous avez en permanence des troubles intestinaux (ballonnement, diarrhée, constipation, douleurs…), la probabilité que vous ayez un intestin poreux est grande. Et c’est la même chose si vous prenez régulièrement certains des médicaments évoqués ou si vous présentez des facteurs de risque (stress, repas rapide, sport intensif, alcool…). Il y a aussi des symptômes extradigestifs qui sont évocateurs : fatigue, maux de tête (pour les femmes, en particulier avant les règles), eczéma, douleurs articulaires, brouillard mental. Pour lever le doute sur la présence d’une porosité intestinale, et donc un surrisque inflammatoire, vous pouvez demander à un professionnel de santé formé en santé fonctionnelle un dosage de marqueurs de porosité. Il en existe deux principaux.

  • Les marques de porosité
    • Le dosage de la zonuline (qu’on rechercha plutôt dans les selles) permet de mettre en évidence une porosité de la muqueuse de l’intestin grêle. On fera plutôt ce test en cas de suspicion de SIBO, de candidose, de prise d’antiacides (IPP), de stress, d’allergies alimentaires ou d’intolérance au lactose…
    • Le dosage des LBP (lipopolysaccharides binding protein) dans le sang permet de rechercher une porosité de la muqueuse du côlon. On fera plutôt ce test en cas d’absence de mastication, de prise chronique d’antibiotiques, de sport intensif, de dysbiose de fermentation ou de putréfaction suspectée, de prise d’alimentation industrielle, d’inflammation chronique.
  • Autres biologies nutritionnelles

Zonuline et LBP sont des marqueurs spécifiques pour rechercher une porosité intestinale, mais en réalité de nombreuses biologies nutritionnelles peuvent nous donner une idée sur une fragilité de la barrière : le zinc, la vitamine D, la vitamine B12, la vitamine A, la CRPus.

Ci-dessous biologie d’un patient avec une forte suspicion de fragilité de barrière : B12, zinc et vitamine D effondrée… (et CRPus élevée mais à ce taux-là se cache une autre cause !!)

Comment soigner un intestin poreux et inflammatoire ?

En premier lieu, on doit déjà considérer la cause du problème, en éliminant ou en modérant les facteurs déclenchants évoqués dans la liste ci-dessus. Nous ferons également appel à certaines substances qui vont avoir un rôle cicatrisant sur la muqueuse intestinale. Il y a des trous dans la muqueuse intestinale, il faut les réparer, les aider à cicatriser, de la même manière qu’on aide à cicatriser une blessure cutanée. Parmi ces compléments, certains nous sont déjà connus pour leur action sur l’immunité. Ils permettront de faire d’une pierre deux coups… La glutamine est un carburant essentiel pour toutes les cellules qui ont un taux de multiplication rapide, or la muqueuse intestinale de l’intestin grêle se régénère toutes les 36 heures. Si elle est trop exposée à des agressions, elle n’arrive pas à se réparer. La glutamine est le premier cicatrisant intestinal à privilégier. On le prendra à la dose de 3 g par jour, le temps de la disparition des symptômes. Les cellules de la muqueuse du côlon, elles, ont besoin d’un acide gras spécifique comme carburant, le butyrate. Lorsqu’il y a une perméabilité du côlon, qui est à l’origine d’une inflammation, on pourra apporter du butyrate sous forme de complément alimentaire, à raison de 500 mg par jour jusqu’à la disparition des symptômes. Le zinc est un micronutriment que l’on connaît bien. Pour se multiplier rapidement, les cellules intestinales sont dépendantes d’un bon taux de zinc. Si le vôtre est bas, c’est un facteur de risque supplémentaire pour la fragilisation de votre muqueuse intestinale. Voilà une raison supplémentaire pour demander à un professionnel de santé formé à la micronutrition de le doser par des analyses

Les vitamines A et D sont aussi essentielles à la muqueuse intestinale. Enfin, on pourra associer des plantes ou des épices qui ont une action antivirale et anti-inflammatoire, comme le boswellia (de 300 à 400 mg par jour) ou le curcuma (200 mg par jour), ou encore la quercétine (500 mg par jour), le temps de la disparition des symptômes.

Ce texte est un extrait du livre de Bruno Mairet « Défendez-vous – Contre les infections, taillez-vous une immunité sur mesure »

Formations

Les outils d’investigation du praticien en santé fonctionnelle (1re partie) Par Bruno Mairet

Vous êtes praticien de santé intéressé par l’état d’esprit de la santé fonctionnelle, mais vous connaissez finalement assez mal ce qu’elle promet.

Ou bien vous êtes patient et vous avez entendu parler de la santé fonctionnelle, mais vous n’avez que peu d’idées de ce que va vous proposer le praticien que vous envisagez de consulter.  De quoi s’agit-il ? Santé fonctionnelle, est-ce un autre nom pour la naturopathie ? Est-ce uniquement basé sur de la nutrition ? Va-t-on essentiellement rechercher vos carences et vous proposer des vitamines et des minéraux (des micronutriments) ?

Qu’est-ce que la santé fonctionnelle ? Découvrir ses outils à travers cet article va vous permettre de mieux comprendre cette démarche. Mais il me faut avant cela vous dire quelques mots sur ses objectifs. C’est en effet une approche fonctionnelle de la maladie. Définissons donc d’abord ce mot « fonctionnel ». 

La médecine traditionnelle aborde le corps humain (et donc le patient) à travers un découpage d’organe. Ainsi, suivant l’organe touché par le ou les symptômes vous aurez rendez-vous avec le cardiologue, le neurologue,  l’urologue, le dermatologue…   En santé fonctionnelle, nous approchons le corps humain (et donc le patient) à travers un découpage fonctionnel. De quoi s’agit-il ? Pour être en bonne santé, le corps humain doit accomplir de grandes fonctions physiologiques et biochimiques (suivant les praticiens, ces grandes fonctions sont appelées piliers ou axes fonctionnels) : fonctions digestives, fonctions de détoxification, fonctions immuno- inflammatoires, fonctions métaboliques, fonctions neuropsychiques, fonctions hormonales. Or ce qui est essentiel à comprendre c’est que la réalisation d’une fonction par notre organisme n’est pas limitée (cantonnée) à un organe. La fonction digestive par exemple, ne concerne pas (loin de là !) que les organes digestifs ! Peuvent être impliqués dans une santé digestive : les fonctions neuropsychiques (qui n’a pas expérimenté l’impact de ses émotions, de son anxiété sur son estomac et son intestin !) ; les fonctions hormonales (par exemple, il y a un fort impact des hormones thyroïdiennes, des œstrogènes, du cortisol sur les fonctions digestives), les fonctions immuno-inflammatoires (un terrain inflammé va potentiellement exacerber certaines dysbioses intestinales)… Le praticien en santé fonctionnelle ne traite pas des pathologies d’organes (c’est le travail du médecin qui peut être indispensable dans certaines situations), mais il apprend à comprendre, à investiguer et à réharmoniser des fonctions. C’est un véritable métier, très spécifique, pour lequel il faut maitriser des outils « fonctionnels ». Découvrons-les maintenant.

Les outils d’investigations fonctionnelles

Bien évidemment avant d’envisager la prise en charge d‘un patient  (en lui proposant des « actions thérapeutiques » avec des outils d’intervention, qui répondent à sa plainte) il faut en tout premier lieu réaliser un bilan sur sa situation et son « identité fonctionnelle » en recueillant de nombreuses informations. En santé fonctionnelle, nous appelons cela une investigation car il s’agit véritablement d’une démarche logique, méticuleuse et scientifique. Une enquête à la recherche de preuves, d’indices, et de « témoignages » que l’on recoupe entre eux pour, au final, mettre le doigt sur une ou plusieurs dysfonctions, « coupable(s) » de la souffrance du patient !

  • Outil n°1 : le bilan clinique fonctionnel

L’investigation clinique en santé fonctionnelle est très structurée. C’est notre outil de base. Il s’agit d’investiguer avec un interrogatoire clinique détaillé les différentes fonctions évoquées ci-dessus. Quel que soit le motif de consultation, le praticien investiguera toujours l’ensemble des grands piliers fonctionnels. Prenons le cas d’un patient avec de gros troubles digestifs (dyspepsie, constipation, douleurs chroniques…). Nous évaluerons la fonction digestive (axe ou pilier digestif) avec de nombreuses questions spécifiques à la digestion, au transit, aux douleurs, aux spasmes intestinaux… Puis nous investiguerons toutes les autres fonctions avec systématiquement les mêmes séries de questions. C’est une étape de « découpage fonctionnel » indispensable (une analyse fonction par fonction). À la fin de ce bilan clinique vient une étape de synthèse fonctionnelle réalisée par le praticien. Il s’agit de faire des liens entre les différentes dysfonctions repérées. Dans notre cas patient, l’investigation de la fonction hormonale aura révélé une dysfonction thyroïdienne (fatigue, frilosité, perte de cheveux…). Le praticien la mettra en lien avec les altérations de la fonction digestive (une hypothyroïdie ralentit la sécrétion des sucs digestifs). Il y aura peut-être beaucoup d’autres liens fonctionnels…  Le tableau d’enquête ci-dessus est une bonne illustration de ce à quoi le praticien devrait arriver à l’issue de son bilan fonctionnel : des hypothèses, des suspects, des liens compromettants… Partant de là, il va pouvoir utiliser (si besoin) son 2e outil pour valider son raisonnement, préciser les degrés d’influence, appeler à la barre certains témoins, etc…

  • Outil n°2 : les analyses biologiques fonctionnelles

Le laboratoire, c’est l’outil des « experts » de la santé fonctionnelle ! Nous parlons ici d’analyses biologiques (sang, urine, salive, selle…) qui sont pour la plupart peu connues des médecins s’ils ne sont pas spécifiquement formés (elles ne leur sont pas enseignées pendant leurs études de médecine). Ces analyses, réalisées souvent en laboratoire spécialisé, sont recommandées par le praticien à la suite du bilan clinique, pour investiguer plus avant telle ou telle fonction. Il faut savoir que pour chacune des grandes fonctions il existe plusieurs dizaines d’analyses possibles. C’est un répertoire que le praticien doit bien connaitre. Il doit savoir quelle analyse utiliser, dans telle ou telle situation, pour valider ses hypothèses,  retrouver une pièce à conviction, prouver une complicité… Reprenons notre cas patient. Étant donné le motif de consultation intestinal, on peut s’attendre (et le patient en premier lieu) à ce que notre praticien investigue l’intestin avec des analyses spécifiques à cette fonction. Mais il surprendra peut-être son patient en investiguant plutôt les hormones thyroïdiennes, les micronutriments nécessaires à la fonction thyroïdienne (fer, sélénium, zinc, iode, vitamine A…), le cortisol et certaines analyses spécifiques du terrain inflammatoire…  À l’issue de ces analyses peut-être désignera-t-il des carences profondes en fer, iode et zinc (bingo le patient est végan !) à l’origine d’une hypothyroïdie, elle-même à l’origine d’une dysfonction digestive multiforme ! 

  • Outil n°3 : la génétique fonctionnelle

C’est un outil « d’expert » qui bien souvent ne sera pas utilisé au tout début de l’investigation. Le praticien pourra cependant y faire appel pour expliquer des « faits » qui restent non résolus malgré son enquête méticuleuse (avec les deux premiers outils). Grâce à des analyses très simples à réaliser (prélèvement salivaire), on part à la recherche de caractéristiques génétiques spécifiques sur certains gènes  (on parle de polymorphisme) qui vont altérer certaines fonctions (ce sont des tests très connus et pratiqués aux USA). Il ne s’agit pas de rechercher une maladie génétique (mutation à l’origine d’une hémochromatose, mutation à l’origine de mucoviscidose, mutation à l’origine de déficit de coagulation – facteur V de Leiden –  etc…), car ceci est un domaine très spécifique qui est du ressort de la médecine. On reste dans le domaine de la santé fonctionnelle, en investiguant les gènes d’un point de vue… fonctionnel ! Il s’agit d’une démarche de génétique fonctionnelle. Reprenons notre cas patient. Malgré un soin tout particulier apporté à la thyroïde par le praticien, une des hormones thyroïdiennes du  patient (la T3) reste toujours plutôt basse faisant persister des symptômes. La mise en évidence d’une dysfonction d’un gène (appelé polymorphisme de l’enzyme DIO2 dans ce cas) va permettre d’expliquer cette anomalie de « synthèse » de l’hormone T3. Bien sûr, on ne pourra pas dans cette situation modifier ce gène  (une caractéristique génétique c’est pour la vie,  sauf thérapie génique réservée à des protocoles encore – et peut-être pour toujours – expérimentaux), mais on aura malgré tout des réponses thérapeutiques adaptées à cette découverte (on ne fait aucune investigation qui n’a pas comme finalité l’amélioration clinique du patient).

On constate combien il aura fallu ainsi investiguer en profondeur pour pointer du doigt cette dysfonction. On est loin ici du coupable tout désigné initialement : l’intestin ! Avec cette conclusion que je vous présente, vous n’échapperez  pas sans doute à la tentation de penser que les outils d’analyses (biologiques et génétiques) sont les clefs principales du praticien en santé fonctionnelle. Aussi il n’est pas inutile de bien remarquer combien toute cette technicité (outil n°2 et n°3) s’appuie en fait sur un parfait bilan clinique initial (outil n°1). Dans notre cas patient, si le praticien passe à côté de la dysfonction thyroïdienne dans son investigation clinique initiale, toute « l’enquête » peut prendre une direction différente avec le risque de mauvaises inculpations (avec en conséquence probable, un patient non guéri) !! L’investigation clinique reste donc la pierre angulaire du praticien en santé fonctionnelle, même s’il dispose également d’outils de pointe !

  • Outil n° 4 : l’observation du cycle féminin

C’est un outil qui peut être très puissant pour investiguer et comprendre des dysfonctions hormonales féminines. C’est aussi un outil très particulier puisque dans ce cas c’est la patiente qui va faire les observations à la demande du praticien (pas de laboratoire dans ce cas !). Suivant la méthode utilisée, la patiente sera amenée à évaluer la qualité de sa glaire cervicale, et/ou à relever sa température corporelle : ainsi c’est elle qui réalise « l’analyse » même si c’est le praticien qui l’interprètera. Une des idées maitresses de cette observation est d’apprendre à la patiente à repérer son ovulation, moment clef dans le cycle féminin. C’est autour de ce point pivot fonctionnel que tout s’articule. Nous aurons alors des informations précieuses sur la durée, mais aussi la qualité de la phase folliculaire, sur la durée et la qualité de la phase lutéale, sur la qualité ovulatoire et sur l’équilibre oestroprogestatif. Grâce à cet outil, le praticien peut mieux prendre en charge les dysfonctions ovulatoires et les troubles associés (SOPK, endométriose, syndrome prémenstruel…). Mais en tant qu’outil fonctionnel, il permet plus généralement d’investiguer la sphère hormonale féminine si importante dans les consultations de santé fonctionnelle. Il permettra notamment au praticien de faire réaliser des dosages d’hormones sexuelles et/ou de proposer les compléments, plantes ou hormones bioidentiques au bon moment du cycle.

Reprenons notre cas patient… ou plutôt patiente. Au bilan clinique (investigation de la fonction hormonale), le praticien avait suspecté un déséquilibre oestroprogestatif. L’analyse biologique réalisée au bon moment du cycle (grâce à l’outil d’observation) permet de confirmer et de quantifier ce déséquilibre qui avait peut-être été suspecté par l’observation du cycle. Or, ce déséquilibre oestroprogestatif peut affecter les hormones thyroïdiennes ! Ceci explique pourquoi les symptômes de cette patiente se manifestaient davantage avant ces menstruations (phase du cycle où ce déséquilibre oestroprogestatif est le plus patent ! Cet outil de gynécologie fonctionnelle  a ainsi servi à mieux cerner le trouble digestif initial !  À nouveau cette démarche nous montre combien la recherche des causes fonctionnelles nous éloigne parfois beaucoup des organes sur lesquels se manifestent les effets.

Et cerise sur le gâteau : avec la santé fonctionnelle il y aura beaucoup de bénéfices collatéraux qui vont se manifester lors de la prise en charge de la cause (contrairement aux médicaments qui provoquent souvent des dégâts collatéraux !). Car si la plainte initiale de notre patiente était l’intestin, les bénéfices d’un réglage hormonal thyroïdien et oestroprogestatif seront énormes pour sa santé globale !

Comme vous l’avez compris, tous ces outils d’investigations font l’objet d’une expertise très pointue qui nécessite des formations spécifiques. DFM formations à l’ambition de former des praticiens en santé maitrisant ces 4 outils.

La deuxième partie de cet article présentera les outils d’interventions de la santé fonctionnelle.

Bruno Mairet, Consultant et formateur en santé fonctionnelle – Cofondateur de DFM Formations

Pour aller plus loin :

Une formation diplômante de 13 jours répartis en 6 modules. Avec Guénaëlle Abéguilé et Bruno Mairet. Disponible en, présentiel à Paris ou Lyon, en E-Learning ou Classe virtuelle.

Un outil d’évaluation clinique de la qualité de l’ovulation et de prise en charge thérapeutique

Personnaliser, individualiser une prise en charge : pourquoi et comment ? Exemple de l’immunité. Par Bruno Mairet

Vous n’entendrez jamais un praticien dire qu’il ne cherche pas à individualiser la prise en charge de ses patients, et qu’il fait pareil pour tout le monde ! C’est presque inavouable !  Et pourtant, lorsque l’on regarde bien, il y a souvent peu de sur-mesure dans l’approche de la maladie aujourd’hui. Pour s’en convaincre, prenons un sujet d’actualité : l’immunité.

On pense qu’avoir une bonne immunité c’est l’affaire du système immunitaire. Qu’il suffit d’en prendre soin, de le booster et que le tour est joué !  

Or, ce point de vue, issu d’une vision du corps humain divisé, segmenté en parties, en systèmes, qui ont chacun leurs fonctions spécifiques (le système immunitaire s’occupe de l’immunité, le système digestif s’occupe du digestif, le système musculaire du mouvement …) est révolu. 

Les progrès des sciences biologiques depuis ces 20 dernières années, ont révolutionné la vision de notre organisme. Une bonne immunité implique le système digestif, le système musculaire, le système hormonal, le système endocrinien, le système vasculaire, le tissu adipeux, le système nerveux… De là découle un concept fondamental : celui de l’immunité totale

Pour bien s’occuper de l’immunité d’une personne, il faut avoir une vision d’ensemble de sa physiologie et de sa biochimie et corriger ce qui est essentiel, voire causal. C’est ainsi qu’on peut personnaliser, faire du sur-mesure dans la prise en charge d’un patient. Or, ce qui est vrai pour l’immunité est vrai pour tous les problèmes de santé. L’art et la dynamique d’une nouvelle approche de la santé, consiste à savoir faire des liens entre les différents systèmes. De là, la possibilité de remonter à la cause. J’ai un problème de digestion, et si cela venait de la thyroïde ? J’ai un problème d’inflammation et si cela venait de mon surpoids (tissu adipeux) ?  J’ai un problème de dépression récurrente et si cela venait de mon intestin ? Etc…

La conférence qui suit illustre ce concept clef à travers le sujet de l’immunité. Elle nous fait toucher du doigt la notion de sur-mesure et l’importance de la démarche fonctionnelle.

Bruno Mairet, Consultant et formateur en Santé Fonctionnelle et cofondateur de DFM Formations

 

Livre  « Défendez-vous ! – Contre les infections,taillez-vous une immunité sur mesure » de Bruno Mairet aux éditions Solar

Paru le 16 septembre 2021 en librairie.
 

Savez-vous qu’un bon microbiote est votre première barrière anti-infectieuse ? que les aliments gras ou sucrés vous exposent au risque de faire des inflammations sévères ? que plus de 30 vitamines, minéraux et micronutriments peuvent vous servir à renforcer vos défenses immunitaires ?

Avec la pandémie mondiale, le sujet de l’immunité revient brusquement sur le devant de la scène. Aujourd’hui, nous prenons conscience du rôle clé d’une immunité forte –; notre premier rempart –; dans la réponse au défi infectieux.
Car oui, nous pouvons nous défendre contre les infections. Pendant les vingt dernières années, notre compréhension du corps humain a fait des avancées gigantesques. Les révolutions scientifiques ont révélé une vision intégrative et holistique de notre corps, nous ouvrant des perspectives inédites. Exit l’immunité circonscrite au système immunitaire, à ses organes, à ses cellules, et place à l’immunité totale : c’est notre être tout entier qui est engagé dans ce combat.
Biologiste et micronutritionniste, Bruno Mairet nous livre dans cet ouvrage toutes les clés pour se construire une immunité forte et sur mesure. En mettant en pratique des programmes englobant nutrition, micronutrition et mode de vie, nous pouvons reprendre les commandes de notre santé. Grâce à la réalisation d’analyses biologiques modernes permettant de mesurer les forces et les faiblesses de notre immunité (microbiote, risque inflammatoire, micronutriments…), nous avons également les moyens de personnaliser la manière de renforcer nos défenses immunitaires, et de devenir autonomes !

Que la force de votre immunité soit avec vous !

Découvrez les nouveautés DFM pour la saison 2022 !

DFM Formations propose un cursus de formation en micronutrition original qui aborde la micronutrition à la fois sous l’angle clinique et sous l’angle biologique : le Cursus Duo Pratik.

Cette formation se compose de 6 modules disponibles en présentiel ou en E-learning.  Ce cursus est très complet et pratique. Mais face à votre volonté de continuer de vous former toujours plus et à notre envie de transmettre notre passion, nous ne voulons pas en rester là !

DFM Formations vous prépare 3 nouveaux modules de formation pour la saison 2021-2022 :

  1. Module : « Mise à niveau Pratik » chimie, biochimie, biologie, physiologie, appliquée à la consultation de micronutrition

Un module de mise à niveau proposé par Bruno Mairet dispensé en présentiel le 25 – 26 juin 2022 à Paris et disponible e-learning.

Inscrivez-vous dès à présent au présentiel en suivant ce lien.

    • Votre constat : Vous manquez de base en chimie, biochimie, biologie, physiologie, et avez peur de ne pas pouvoir comprendre et intégrer les concepts des cursus de micronutrition et notamment du cursus Duopratik
    • Votre volonté : vous voulez combler ces lacunes, mais vous ne voulez pas plancher 300 heures sur des concepts inutiles et abstraits!
    • Notre réponse : vous apporter un enseignement de base dans ces disciplines, nécessaire et suffisant, pour la consultation de micronutrition.
    • Notre engagement concret: à chaque concept appris, une ou plusieurs illustrations pratiques de consultation.
    • Public et prérequis : professionnel de santé souhaitant mettre à niveau son savoir de base pour s’investir dans un cursus de micronutrition, notamment le cursus Duo Pratik
  1. Module :  « Hormono Pratik »
 

Un module de formation de prise en charge fonctionnelle des troubles hormonaux présenté par Guénaëlle Abéguilé. Disponible en présentiel à Paris et en E Learning dans le courant du mois de juillet 2022.

  • Votre constat : Vous observez beaucoup de perturbations hormonales au cours de vos consultations. vous vous sentez démunis face aux solutions thérapeutiques à apporter.
  • Votre volonté :
    • Mieux appréhender la complexité des perturbations hormonales.
    • Vous sentir apte et légitime pour apporter des solutions thérapeutiques individualisées.
  • Les objectifs de la formation :
    • Comprendre la physiologie et la physiopathologie des fonctions endocriniennes dans leur ensemble.
    • Comprendre l’impact de ces troubles sur l’ensemble des fonctions physiques et psychiques de votre patient : digestive, microbiotale, détoxication, immuno inflammatoire, neuropsychique, métabolique, sexuelle et reproductive
    • Etre capable d’évaluer les fonctions hormonales par la clinique et la biologie.
    • Savoir individualiser une prise en charge fonctionnelle.
  • Public- prérequis :
    • Avoir déjà suivi le cursus Duo Pratik
    • Ou une autre formation très complète de micronutrition
  1. Module : « Pratik expert »

Un module complémentaire au cursus Duo Pratik présenté par Bruno Mairet et Guénaëlle Abéguilé. Disponible en E learning et Présentiel au printemps.

  • Votre constat :
    • Vous avez développé votre démarche fonctionnelle dans vos consultations grâce au Cursus Duo Pratik
    • Vous souhaitez continuez à vous perfectionner et à gagner en assurance.
  • Votre volonté :
    • Gagner en aisance lors de vos consultations.
    • Etre plus efficace, mieux structurer les consultation
    • Toujours mieux associer clinique et biologie
    • Développer des réflexes et faire du lien entre les différentes dysfonctions
  • Notre réponse : Nous plongerons au cœur des consultations en appliquant la Démarche Fonctionnelle en Micronutrition telle que vous la pratiquez dorénavant. Nous présenterons de nombreux cas patient, sous l’aspect clinique et biologie, nous vous ferons raisonner, échanger et partager vos idées.
    • Notre engagement concret : Ce module fera de vous des experts de la démarche fonctionnelle et vous permettra de maitriser parfaitement vos consultations.
    • Public et prérequis : Avoir suivi l’ensemble du cursus Duo Pratik

Pour toutes questions ou pour être informé de la sortie des différents modules , n’hésitez pas à nous contacter via notre page contact !

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Au sujet du gluten, y a de quoi s’engluer ! Par Bruno Mairet

En nutrition, le gluten est sans doute aujourd’hui l’ennemi publics N° 1.  Or, nous allons montrer qu’il y a parfois association de malfaiteurs (!) et que l’accusation suivie de l’exclusion systématique du gluten peut être une solution un peu (trop) facile. Mais avant d’aller plus loin, précisons certaines choses. D’un point de vue biochimique, il faut déjà préciser que ce que l’on appelle communément le gluten, n’est pas une unique substance, mais un ensemble de molécules : il s’agit précisément de deux familles de protéines. Il faut savoir que plusieurs dizaines de résidus protéiques ont été identifiés comme toxiques ! Cette précision pour dire d’emblée que le sujet du jour (le gluten) est plus complexe qu’il n’y parait. Complexité qui apparaît aussi dans les 3 types de problèmes de santé que peut générer le gluten. Il est important de les distinguer. On peut être allergique aux protéines du gluten (avec asthme, rhinite, eczéma, vomissement…) comme on peut être allergique aux protéines de lait . On peut développer avec le gluten, la maladie auto-immune appelée maladie cœliaque. Et on peut être hypersensible au gluten.  C’est de ce dernier problème, dit hypersensibilité non cœliaque au gluten, dont nous allons parler dans cet article.

Gluten free : j’y vais ou j’y vais pas ?

La description de l’hypersensibilité au gluten date de 1978, mais c’est seulement à partir de 2010 que l’intérêt d’un nombre important de scientifiques pour cette maladie se manifeste définissant les années suivantes ses caractéristiques (1). Vous avez des douleurs abdominales, des ballonnements, des diarrhées/constipations, des prurits, de la fatigue chronique, des douleurs musculaires et articulaires, et des migraines. Vous avez lu ou on vous a dit qu’il s’agissait peut être d’une série de problèmes liés au gluten… et vous avez aussi lu ou entendu qu’en supprimant le gluten de votre alimentation vous alliez retrouver la santé ! La proposition est tentante, mais vous êtes encore prudent parce que vous avez le sentiment aussi que le gluten-free est une vaste mode et/ou un problème de santé… de riche. Bref, vous hésitez à franchir le pas vers un régime contraignant pour vous et votre famille (et coûteux), sans avoir la certitude que c’est bien le gluten la clef de votre problème.  Est-ce réellement la  bonne chose à faire ? On (encore lui !!) vous a dit qu’il existait un test pour savoir si l’on était hypersensible au gluten. C’est un test de recherche des IgG anti gluten, comme il y a des tests pour la recherche d’IgG anti caséine (protéine de lait), IgG anti ovalbumine (protéine de l’œuf)… etc… Il existe des centaines de recherches d’IgG anti protéines alimentaires… Ce test vous parait la solution pour que vous soyez confirmé (ou pas) dans votre gluten-free transition !  Mais vous avez dorénavant une nouvelle question.

Le test IgG anti gluten est-il fiable ?

On retrouve les IgG anti gliadine (une des protéines du gluten) dans 56% des cas de personnes hypersensible au gluten, soit environ 1 cas sur 2. Autant dire que c’est un test peu fiable. Vous pouvez avoir des faux négatifs, c’est à dire que vous pouvez avoir une hypersensibilité au gluten (non cœliaque) sans avoir de réponses positives aux IgG anti gliadine. Il existe aussi des faux positifs : vous pouvez retrouver les IgG anti gluten élevées sans avoir de troubles fonctionnels (2). Peut-on conclure pour autant qu’il ne sert à rien de faire ce test ?! Je ne serai pas si radical. Je dirai plutôt que ce test doit être entrepris dans un cadre plus vaste d’exploration du microbiote et de la muqueuse intestinale.

Hypersensibilité au gluten et leaky gut

Savez-vous que dans des conditions de santé, la muqueuse de notre intestin doit être semi-perméable, c’est-à-dire perméable très essentiellement à des petites molécules alimentaires (acides aminés, glucose, acides gras, vitamines…), mais imperméable à des moyennes ou grosses molécules (protéines ou polypeptides notamment) et à des micro organismes comme des bactéries. Notre muqueuse intestinale a donc une double fonction. La plus connue c’est sa fonction d’absorption des nutriments. Moins connue, mais non moins fondamentale, la muqueuse possède aussi une fonction de barrière. Elle s’oppose à la pénétration des éléments protéiques non digérés qui sont dangereux pour notre corps car antigéniques. Lorsqu’une protéine de lait de vache traverse la barrière intestinale, notre corps pense qu’il est envahi par les vaches !!  Image caricaturale mais cependant bien réelle car le corps va traiter cette protéine de vache comme un élément étranger et déclencher la guerre : l’inflammation ! Ainsi, si cette fonction de barrière est altérée de nombreux antigènes passent dans notre corps et une inflammation se déclenche. C’est ce qui se passe dans le cas de l’hypersensibilité au gluten. Il a été en effet montré que la gliadine (une des protéines du gluten) provoque une altération de la fonction de barrière chez les gens hypersensibles au gluten (3). On appelle cela un leaky gut : un intestin poreux, ou intestin hyper perméable. Ce concept de leaky gut est très important pour comprendre de nombreuses souffrances  intestinales et aussi de nombreux problèmes chroniques. Le gluten donc altère la barrière intestinale. Mais c’est un cercle vicieux car l’altération de la barrière intestinale augmente le passage des protéines du gluten à travers la muqueuse. Qui est la poule, qui est l’œuf ? Est-ce le gluten qui provoque le leaky gut ? Ou le leaky gut qui provoque le passage du gluten et donc l’hypersensibilité ? Il est fort probable que les deux mécanismes s’auto-alimentent.

Cette conclusion a des conséquences importantes. Si on se contente de supprimer le gluten mais qu’il existe un leaky gut ayant une autre cause que le gluten (ou ayant plusieurs causes dont le gluten !), que va t-il se passer ? Certes, il est fort probable que les problèmes intestinaux s’estompent grandement. Mais il est aussi probable que le leagy gut perdure. Or, un leaky gut est une source d’inflammation chronique bien problématique : hyperinsulinisme, surpoids, risques cardiovasculaires, problèmes neurologiques, articulaires… Bref, on peut en supprimant le gluten se débarrasser de nombreux symptômes mais laisser perdurer un état de leaky gut néfaste pour la santé sur bien des aspects. C’est ainsi que le gluten devient l’arbre qui cache la forêt. On s’occupe du gluten, on ne voit que lui, mais on oublie le reste qui est sans doute tout aussi important et notamment ce fameux leaky gut.

Soigner le leaky gut

Pour en revenir à notre test IgG anti gluten. Il est intéressant dans la mesure où on l’associe à une évaluation de l’ensemble du microbiote et de la barrière intestinale. Parmi les principaux tests citons:

  • Test de l’évaluation de l’activité métabolique du microbiote : DMI (Dysbiose Mycose Intestinale) ou MOU (Métabolite Organique Urinaire) suivant le laboratoire.  Ce test permet en premier lieu d’objectiver la présence d’une dysbiose. Si cette dernière est présente, il permet de qualifier la dite dysbiose. Est-on en présence d’une prolifération fongique (candidose précisément) ? Ou s’agit-il plutôt d’une dysbiose de fermentation ? D’une dysbiose de putréfaction ? Cette qualification orientera grandement la prise en charge.
  • Test de la Zonuline,  une protéine synthétisée par les cellules de la muqueuse ( et par l’hépatocyte également). Cette protéine régule la fonction de barrière intestinale. Une augmentation de la Zonuline est liée à une perte de cette fonction, à des « fuites » d’antigènes alimentaires et de pathogènes, associées à des risques accrues de maladies inflammatoires chroniques.
  • Test de la LBP.  Sans doute, un des marqueurs les plus spécifiques. Un intestin poreux conduit à un passage de bactéries dites gram négatif dans la circulation sanguine. Cette catégorie de bactéries présente à sa surface une molécule complexe (un lipopolysaccharide), le LPS. Pour neutraliser ce type de pathogènes le foie produit une protéine  inflammatoire, appelé LBP, dirigée contre le LPS. Ce qui est important pour nous en micronutrition c’est que cette protéine inflammatoire est un très bon marqueur révélant la présence de passage de bactéries intestinales dans le sang … et donc mettant en évidence la perméabilité intestinale.

Ainsi vous l’avez compris, en micronutrition on va chercher à obtenir une image précise de la fonction barrière pour pouvoir la soigner dans son ensemble. Au lieux d’une exclusion totale du gluten (qui pourra cependant peut-être s’imposer parfois !) on pourra proposer plusieurs choses dans une démarche globale de rééducation en micronutrition. Savez-vous déjà que manger stressé et ne pas mastiquer est une source importante d’inflammation et donc de leaky gut ? Il est donc bien possible qu’en mastiquant mieux  et en diminuant les quantités de gluten on puisse éviter une exclusion totale ! Tout simplement. Mais aussi on peut proposer une restauration de la barrière intestinale: il existe des nutriments spécifiques pour cela. Enfin une pourra corriger une éventuelle dysbiose grâce à une alimentation adaptée. Bref, il faut s’occuper de la forêt et pas uniquement de l’arbre gluten qui est devant !  Ceci est une vraie démarche de santé intégrative.

Bruno Mairet, Consultant et formateur en Santé Fonctionnelle et cofondateur de DFM Formations. Il est l’auteur des livres “Défendez-vous !” et “Maitrisez votre protocole santé avec les analyses nutritionnelles et fonctionnelles”.

Le cursus Duo Pratik

DFM formations c’est tout d’abord son cursus de formation en micronutrition : le cursus « Duo Pratik » par Guénaëlle Abéguilé et Bruno Mairet. Il est la véritable colonne vertébrale de notre organisme de formation.

Une formation diplômante de 13 jours répartis en 6 modules. Avec Guénaëlle Abéguilé et Bruno Mairet. Disponible en, présentiel à Paris ou Lyon, en E-Learning ou Classe virtuelle.

Ma dysbiose est génétique, mais je me soigne par Bruno Mairet

La dysbiose

Voici un terme que vous avez sans doute déjà lu ou entendu si vous vous intéressez à la santé intestinale. L’usage de ce mot a été largement développé avec les récentes découvertes sur le microbiote. En effet, la dysbiose est définie comme un déséquilibre quantitatif ou qualitatif du microbiote. Pour simplifier à l’extrême une situation très complexe (il y a plus de 400 espèces bactériennes dans un équilibre très subtil dans notre intestin) disons que la dysbiose peut se manifester notamment par une  perte de diversité bactérienne, une disparition de « bonnes » bactéries  ou une augmentation d’une flore pathogène. Ces déséquilibres sont  associés à des conséquences très néfastes pour la santé. Le terme dysbiose s’oppose à celui moins connu, d’eubiose, qualifiant un microbiote intestinal « sain ». Les causes de la dysbiose sont multiples et bien connues. Stress, alimentations inadaptées, prise de certaines classes de médicaments (notamment antibiotiques, inhibiteurs de sécrétion gastrique, IPP ), dysfonctions gastriques, biliaires, ménopause, alcools, sports intensifs, toxines, polluants… Savez-vous que des facteurs génétiques peuvent être aussi impliqués ? J’entends déjà certains se demander : « mais pourquoi consacrer un article à cela ? » À quoi bon savoir que nos douleurs intestinales, nos problèmes de constipations récurrentes, nos lourdeurs digestives chroniques sont génétiques ? » Certains diront même que c’est contre-productif, puisque c’est une fatalité contre laquelle nous ne pouvons rien. Cela peut même dangereusement conduire à une déresponsabilisation, à ce que l’on pourrait appeler de « bons prétextes génétiques »: « je n’y peux rien c’est génétique, pourquoi changer mon mode de vie?! ». Alors ne vaut-il mieux pas ne pas s’occuper de génétique, et agir sur les facteurs qui sont à notre portée, c’est-à-dire une bonne partie de ceux que nous avons évoqué quelques lignes plus haut ? Cela parait évident et plein de bons sens. Mais ce n’est plus vrai au XXIe siècle. Voyons cela de plus près.

Polymorphisme génétique

Je tiens à préciser que je laisse ici de côté l’épigénétique. J’ouvre d’ailleurs une petite parenthèse sur ce sujet qui est certes passionnant, très médiatisé, responsabilisant aussi (je peux changer malgré mes gènes !), mais aussi malheureusement trop vite récupéré par des laboratoires irresponsables. Dans un récent congrès de naturopathie, une communication proposait de « tester notre épigénome » à partir de nos cheveux ! Soyons sérieux, l’épigénétique est une science  très complexe, pratiquée dans des laboratoires de pointe et très loin d’être accessible à la routine d’une pratique de naturopathie/micronutrition ! Au mieux peut-on aujourd’hui proposer des produits qui facilitent un processus biochimique appelé méthylation dont on sait qu’il joue un rôle clef dans l’épigénétique. Mais là encore les laboratoires qui vendent ces produits en clamant leur « action épigénétique », sont essentiellement dans du marketing, en surfant sur un terme très tendance. Fermons la parenthèse « épigénétique » et ouvrons en une plus accessible à la pratique : le polymorphisme génétique.

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Autant le terme « épigénétique » est maintenant assez connu, autant celui de « polymorphisme » est rarement évoqué. Et pourtant il s’agit de quelque chose de très important à connaitre avec des conséquences potentielles sur la prise en charge. De quoi s’agit-il ? Il s’agit le plus souvent de variations génétiques mineures touchant un seul nucléotide dans un gène (soit une lettre changée sur en moyenne 30.000 lettres pour un gène !!). Une grande partie de ces variations (dites « SNPs » pour Single Nucleotid Polymorphism) sont sans conséquences. Ainsi, une faute de frappe dans la recette d’un livre de cuisine ne vous empêchera pas dans la plupart des cas de réaliser la recette correctement. En revanche, pour continuer l’analogie, si au lieu de 6 œufs il est indiqué dans la recette 3 œufs (faute de frappe ! variation d’un seul caractère) il se peut que le produit final soit légèrement modifié !! C’est ce qui se passe parfois avec les SNPs. Tous les gènes et donc toutes les protéines présentent des polymorphismes et donc une variabilité fonctionnelle. Donnons un exemple pour être concrets. La toxicité au mercure. De petites variations génétiques sur une protéine sanguine, appelée apolipoprotéine (APO) rendent plus vulnérable aux fameuses intoxications au mercure, car une des fonctions de cette protéine (la chélation ou séquestration du mercure) est perdue. Deux petites lettres, grosses conséquences et une adaptation de mode de vie qui doit être entreprise en conséquence.

Le gène FUT2 dans la dysbiose

Revenons petit à petit au sujet de la dysbiose. Vous avez sans doute déjà entendu parler du mucus intestinal. Il s’agit d’une substance gélatineuse produite par la muqueuse intestinale dont on découvre chaque jour davantage l’implication dans l’équilibre du microbiote. Entre autres, et pour faire simple, disons qu’il sert d’ancrage et offre un support nutritif à certaines bactéries du microbiote. Or, il s’avère que ce mucus est constitué de protéines riches en groupements glucidiques. Pour bien comprendre, plongeons un instant au cœur de la cellule intestinale (précisément la cellule de Goblet qui synthétise le mucus). Suivez le guide-biochimiste !!

fut 2

Nous rentrons dans un petit compartiment de la cellule appelé appareil de Golgi et là nous voyons une enzyme à l’œuvre (l’enzyme FUT2 ou Fucosyltransferase 2- qui est concentrée à l’intérieur de la cellule dans la zone en vert foncé sur le schéma) qui greffe un sucre (Fucosyl) sur un disaccharide (lactose) pour obtenir du 2 fucosyl lactose, substance essentielle pour un mucus intestinal de qualité. Mais il s’avère que chez 20% d’entre nous cette enzyme FUT2 est sujette à un polymorphisme (que l’on appelle mutation stop gain) la rendant absente.

Il y a une ou plusieurs mutations sur le gène FUT2. En conséquence, le mucus n’a pas sa glycosylation finale (l’ajout de sucre) et donc c’est un « mauvais mucus ». Il a été montré que ce polymorphisme FUT2, avec son mauvais mucus, est responsable d’un changement du microbiote. Il est d’autre part associé à un risque accru de candidose chronique, de maladie de Crohn, de maladie cœliaque, de diabète de type 1, d’infection du tractus urinaire… Mais ce qu’il faut retenir surtout pour cet article c’est que cette mutation a un effet « bifidoprive », en d’autres termes cette mutation diminue la richesse du microbiote en bifidobactéries qui sont comme chacun le sait des « bonnes bactéries ». Résumons-nous : mutation du gène FUT2  = concerne 20% d’entre nous = induis la production d’un mauvais mucus = générateur de dysbioses liée à un facteur génétique. Certains laboratoires d’analyses spécialisés ont mis en place la recherche de la mutation du gène FUT2 (aux USA notamment on peut pratiquer des recherches très exhaustives de polymorphismes incluant le FUT2 pour un cout inférieur à 100 euros). Il est donc  possible de savoir si l’on présente un polymorphisme sur ce gène (savoir si l’on fait partie des 20%).  

Des produits bifidogènes qui compensent le polymorphisme FUT2

À partir de là, il faut savoir que le 2′ fucosyllactose manquant peut être apporté sous forme de complément alimentaire commercialisé par plusieurs laboratoires en France (cet article n’est évidemment pas une pub, je ne cite donc pas de marque). Ce complément va venir compenser l’absence de l’activité enzymatique d’un patient présentant le polymorphisme FUT2. Le produit ne va pas permettre de rétablir la fonction enzymatique (c’est impossible- seule la thérapie génique permettrait cela ! Or, cette dernière concerne uniquement des protocoles très lourds dans des pathologies graves: thalassémie- hémophilie …). Le 2′ fucosyllactose va permettre de retrouver une bonne population bactérienne intestinale de bifidobactéries : on peut parler d’activité bifidogène. Très bien ! Mais peut-on savoir si ce produit est intéressant même sans avoir fait le test FUT2 ?  Plusieurs indices peuvent  donner envie de le tester.

En premier lieu la présence d’une dysbiose (plutôt sévère).

Cette dysbiose n’est pas épisodique, mais à tendance chronique. Elle est présente depuis longtemps et réfractaire.

D’autre part, cette dysbiose est plutôt très résistante aux probiotiques, c’est-à-dire que malgré une complémentation correctement conduite, les probiotiques n’ont aucun effet sur vous. C’est sans doute un des signes principaux. En d’autres termes, vous êtes non répondeurs aux probiotiques. Pourquoi ? On peut dire que votre mucus « ne retient pas » les bonnes bactéries apportées par les probiotiques. Vous n’êtes donc pas sensibles aux tentatives pour réensemencer votre intestin avec de bonnes bactéries, ce qui, normalement, dans des protocoles bien conduits corrige la dysbiose.

Enfin vous êtes concernés par les pathologies évoquées comme étant à risque (voir quelques lignes plus haut).

La morale de ce texte ? Si vous entendez quelqu’un dire « c’est génétique je n’y peux rien », vous pourrez lui répondre que non seulement il peut corriger les autres facteurs de risques de son problème (se prendre en charge en somme), mais dans certaines situations il peut aussi « soigner » son problème génétique! Elle n’est pas belle la science ?!

Bruno Mairet, Consultant et formateur en Santé Fonctionnelle et co fondateur de DFM Formations. Il est l’auteur des livres “Défendez-vous !” et “Maitrisez votre protocole santé avec les analyses nutritionnelles et fonctionnelles”.

Pour aller plus loin :

Une formation diplômante de 13 jours répartis en 6 modules. Avec Guénaëlle Abéguilé et Bruno Mairet. Disponible en, présentiel à Paris ou Lyon, en E-Learning ou Classe virtuelle.

Rechercher et moduler l’impact du terrain génétique en santé fonctionnelle

Avez vous pensé à l’histamine ? Bilan complet face à une suspicion par Bruno Mairet

Migraines, maux de tête, vertiges, problèmes gastro-intestinaux (crampes, diarrhées, ballonnement), tachycardies, faiblesses musculaires, rhinites, dépression, éruptions cutanées, rougeurs,  bouffées de chaleur, troubles du cycle chez les femmes..

  • Vous cochez certaines de ces cases, avec plus ou moins d’intensité ?
  • Vous avez remarqué que ce sont des symptômes variés, non spécifiques, qui ressemblent à des allergies ou à d’autres intolérances alimentaires.
  • Vous avez déjà lu ou entendu que tous ces symptômes pouvaient être causés par une substance appelée histamine?
  • Vous avez peut être retenus que notre propre corps produit cette histamine notamment dans au cours des réactions allergiques (d’où les symptômes qui minent l’allergie)
  • Vous avez aussi lu ou entendu que l’on pouvait atténuer ou au mieux faire disparaître ces symptômes par des exclusions alimentaires ciblées ?

 Pourquoi la « Low amine diet » ?

Comment expliquer l’impact positif de ce régime, « low amine diet »,  (traduisez « régime avec des taux faibles en histamine ») ?  Il faut savoir que certains aliments sont plus riches en histamine que d’autres.  Il faut aussi garder à l’esprit que notre muqueuse intestinale est normalement équipée d’une enzyme appelée DiAmine Oxydase (DAO) qui dégrade l’histamine. En simplifiant on pourrait dire que cette DAO est une enzyme de « détox » puisque l’histamine présente des risques toxiques pour notre corps.  Malheureusement cette « enzyme détox » peut être soit insuffisamment présente (« carence »), déficiente (elle « travaille mal ») soit « débordée » par la charge de travail lors qu’il y a trop d’histamine dans l’alimentation (ou d’autres substances appelées « amines biogènes » que la DAO doit « détoxifier » également). En conséquence, dans ces contextes de « carence », d’inefficacité ou de surcharge de travail de cette « enzyme détox », le taux d’histamine augmente, passe dans la circulation sanguine et provoque l’ensemble des manifestations « allergie-like » décrites au début de cet article. Mais il y a d’autres explications à ce taux élevé d’histamine, nous le verrons plus loin.

Un régime d’éviction des aliments riches en histamines peut en effet régler partiellement ou totalement le problème (voir la liste proposée en fin d’article).  On peut d’ailleurs doser l’histamine dans les selles ou doser l’activité de cette « enzyme détox » dans le plasma sanguin. Cela permet déjà d’avoir une certaine idée de ce qui se passe (carence, déficience ) et de suivre l’évolution de la situation biologique (taux d’histamine qui reste très élevé, qui diminue,  qui se normalise).  Quoiqu’il en soit le régime d’exclusion reste une grosse contrainte et il peut être difficile à tenir dans le temps. Certes, parfois la modération d’une consommation massive d’un aliment à fort teneur en histamine peut régler définitivement le problème sans trop de contrainte. Mais sinon, la seule stratégie d’éviction qui est une démarche symptomatique peut conduire à une impasse car on ne recherche pas en profondeur la cause du problème.

Rechercher une dysfonction de « l’enzyme détox » DAO

Exploration nutritionnelle et fonctionnelle globale

Si cette cause génétique est écartée, si la surconsommation d’un ou plusieurs aliments à fort teneur en histamine n’est pas présente, si la « low amine diet » donne pas ou peu de résultats,  il faut chercher ailleurs. Et c’est là que la démarche globale de micronutrition est intéressante. Car une intolérance à l’histamine peut apparaître dans de très nombreuses situations. La liste est non exhaustive:

  • Une carence en cuivre. La DAO est une enzyme qui a comme co-facteur le cuivre. Ainsi une carence en cuivre induit potentiellement une baisse d’activité de la DAO et donc risque d’apparition des « symptômes à l’histamine ». Or, dans mes statistiques d’analyses nutritionnelles sur 2019, 7 personnes sur 10 sont en dessous des normes santé pour le cuivre! Avec 1 patient sur 2 en vraie carence fonctionnelle ! C’est la carence en oligoélément la plus fréquente dans ma pratique (après l’iode !!). Il ne faut pas hésiter à le faire doser et à le corriger (avec prudence, le cuivre étant pro oxydant à des forts taux).
  • Les forts taux d’œstrogènes vont faire augmenter les taux d’histamine. Toutes les situations d’hyperoestrogénie (même relatives) vont être à risque de « symptômes à l’histamines » (syndromes pré-menstruels par exemple ou femme sous pilule œstrogénique). Sur des terrains déjà limites au niveau du taux d’histamine (forte consommation de certains aliments), l’hyperoestrogénie va être la goutte d’eau qui va faire déborder le vase !
  • Même problématique pour le cortisol. Par un mécanisme complexe (stabilisation des mastocytes) le cortisol réduit la production d’histamine endogène. Ainsi dans le cas d’un épuisement surrénalien (stress chronique décompensé) avec très forte baisse de production de cortisol (ce qui arrive lors du type burn-out par exemple) les taux d’histamine vont grimper induisant potentiellement l’apparition du cortège de « symptômes à l’histamines » (en plus des problèmes dus au faible taux de cortisol). Les taux de cortisol peuvent se mesurer simplement à partir d’un test salivaire.
  • Une dysbiose intestinale, peut aussi engendrer une intolérance à l’histamine. Particulièrement une dysbiose de putréfaction qui conduit à la production d’amines biogènes (cadavérine, putrescine, …). Ces dernières peuvent surcharger de travail « l’enzyme détox » DAO puisque elle est aussi en charge d’éliminer ces substance nocives. En conséquence, le taux d’histamine augmente avec les risques des « symptômes à l’histamines ». La présence de ce type de dysbiose peut être objectiver par l’analyses des métabolites urinaires (suivant le laboratoire on parle de MOU ou DMI …).
  • Un insuffisance biliaire peut aussi conduire à des déficits d’activité de « l’enzyme détox ». Par plusieurs mécanismes, l’action de cette dernière est en effet favorisée par les sels biliaires. On peut suspecter ce type d’insuffisance biliaire (selles grasses, difficulté de digestion des gras, problème pour remonter des taux de vitamine D malgré supplémentation bien conduite, … ), mais on peut aussi le mettre en évidence grâce à un bilan des acides biliaires qui donne des informations très intéressantes sur la synthèse des acides biliaires (carences de synthèse biliaire, difficulté de vidange biliaire, … ).
  • Une inflammation, d’origine intestinale notamment, augmente la production d’histamine. On doit considérer une « low amine diet », lorsque l’on retrouve une CRPus élevée avec des « symptômes à l’histamines » présents.
  • Très important également, la présence d’un leaky gut ou hyperperméabilité intestinale, amène une baisse d’activité de la DAO, et donc risque de  symptômes à l’histamines ». Le leaky gut peut aussi être recherché par différentes analyses (Zonuline, LBP)…
  • Enfin, et c’est sans doute une des premières choses à considérer, beaucoup de médicaments perturbent l’activité de la DAO ou sont libérateurs d’histamines. La liste est longue, renseignez vous.

En conclusion, le régime d’exclusion des aliments riches en histamines (voir ci-dessous) ou libérateurs d’histamines (alcool, chocolat, fraises, tomates, œufs, bananes…)  est loin d’être toujours la seule stratégie possible face à des symptômes d’intolérance à l’histamine. Une exploration globale, systémique, qui est au cœur de la démarche de micronutrition, va bien souvent permette de s’attaquer à la cause du problème (inflammatoire, intestinale, biliaire, hormonale, …) avec en plus des « bénéfices collatéraux » … Ainsi, par exemple, régler un problème biliaire aura des répercutions non seulement sur l’activité de la DAO, mais sur la bonne absorption des acides gras essentiels, de la vitamine D, une meilleure digestion et meilleurs flore intestinale (les acides biliaires éliminent les pathogènes dans l’intestin grêle), etc…  Qu’on se le dise !!

** Il existe beaucoup de solutions pour gérer ces symptômes, mais ce n’est pas ici le sujet de cet article. Sachez cependant que cette « enzyme détox », la DAO peut se donner directement sous forme de compléments;  la mélatonine (oui, vous avez bien lu, on lui découvre régulièrement de nouvelles actions, son rôle ne se limitant pas au sommeil!) donne de très bon résultats avec doses adaptées;  la quercétine aussi est un anti histaminique naturel qui est très intéressant… et bien d’autres choses …

Bruno Mairet, Consultant et formateur en Santé Fonctionnelle et cofondateur de DFM Formations. Il est l’auteur des livres “Défendez-vous !” et “Maitrisez votre protocole santé avec les analyses nutritionnelles et fonctionnelles”.