Savez-vous ce que signifie l’acronyme DFM ? Démarche Fonctionnelle et Micronutrition. Au cœur de l’enseignement de la santé fonctionnelle, il y a donc une démarche fonctionnelle précise, rigoureuse qu’on acquière essentiellement lors du Cursus Duo Pratik mais que l’on retrouve aussi dans toutes nos formations. Cette démarche fonctionnelle repose sur les grands concepts de la médecine des 4P un courant médical nord-américain du début du 21ème siècle qui a conceptualisé une approche nouvelle de la santé. Je vous expose dans cet article en deux parties (extrait de mon livre « Maîtrisez votre protocole santé ») les grands axes de la démarche 4P au cœur de la santé fonctionnelle (et je rajoute 2P pour Santé des 6P !!)
Dans la partie 1, j’ai traité les 3P Prévention, Prédiction, Personnalisation. Dans la partie 2 nous abordons les 3P Participation, Preuves, Précision.
La participation
Il est important de désirer faire valoir son droit à une approche personnalisée de sa santé («je suis un être avec un mode de vie et un terrain unique, différent de mon voisin, et je veux qu’on le prenne en considération lorsqu’on me soigne»). Mais ça ne peut pas être une revendication sociale! C’est une conquête individuelle. En effet, les institutions de santé ne s’occupent pas des individus mais des masses, du collectif! D’ailleurs, si elles font de la prévention (tabac, alcool, malbouffe), c’est parce qu’il est dans leur intérêt qu’il y ait globalement moins de cancers, de surpoids et d’accidents cardiaques, pour diminuer les coûts de la prise en charge de ces pathologies chroniques. Pour les institutions, il n’y a pas d’individu; il n’y que des chiffres, des statistiques. Est-ce que j’enfonce une porte ouverte ? Sans doute ! Vous en êtes convaincu ? Tant mieux, car c’est une base importante pour comprendre que personne ne nous sert sur un plateau une santé personnalisée; elle se conquière (comme la liberté). Elle nécessite une implication. Concrètement, consulter un praticien en santé fonctionnelle demandera des efforts :
- Pour entreprendre des changements (parfois conséquents) dans son alimentation. Il faut parfois savoir aller plus loin que le « 5 fruits et légumes par jour » (slogan du ministère français de la Santé, issu à l’origine d’une recommandation de l’OMS, qui n’a pas changé depuis 20 ans).
- Pour remettre en question son mode de vie. Il faut parfois savoir aller plus loin que «Pour votre santé, bougez plus» !
- Pour s’impliquer financièrement dans des achats de compléments alimentaires par exemple. Mais aussi pour se payer des analyses nutritionnelles et fonctionnelles que le praticien recommandera. En effet, il faut savoir que plus de 90% des analyses dont on parlera dans ce livre sont non remboursées. Est-ce à dire que c’est une démarche de riche, que tout le monde ne peut pas se permettre? Bien sûr, le constat d’un tri social semble évident lorsque l’on évoque la personnalisation de la santé, puisque cette démarche n’est pas considérée par la collectivité. Mais par ailleurs, il y aurait beaucoup d’histoires (parfois poignantes) à raconter de patients au RSA (revenu de solidarité en France) ou au chômage, qui choisissent avec détermination de s’impliquer financièrement dans leur santé parce que c’est une priorité pour eux ! Et à l’inverse, des gens avec un confort financier évident ne seront pas prêts à mettre 40 euros dans une analyse car ils sont conditionnés par cette donnée : « La santé, c’est gratuit !»
D’autre part, la participation du patient va beaucoup dépendre du praticien. Ce dernier doit être pédagogue pour motiver le premier. L’implication d’un patient va notamment être grandement déterminée par sa compréhension des changements qu’on va lui proposer. Les analyses que vous découvrirez dans ce livre ont aussi (et parfois surtout) un rôle pédagogique. Le praticien doit s’en servir.
Illustrons cela par un cas patient. M. Fonta, 55 ans, consulte pour des troubles métaboliques et cardiovasculaires. Quand on l’interroge sur son assiette, il assure qu’il mange relativement peu de viande rouge, pas mal de céréales, des fibres, de bonnes graisses, et qu’il consomme beaucoup de légumes colorés. Après une recherche causale avec différentes questions cliniques, on lui propose un bilan nutritionnel et fonctionnel. Dans ce bilan est notamment incluse une analyse intestinale qu’on appelle les acides gras à courte chaîne (à ne pas confondre avec l’analyse des acides gras érythrocytaires). L’analyse des acides gras à courte chaîne de M. Fonta révèle un déficit profond en certaines molécules dans ses selles (le butyrate, notamment) – voir Résultats d’analyses ci-dessous. Or, le butyrate est une molécule cruciale pour le contrôle métabolique, les troubles inflammatoires et l’athérosclérose (dont souffre M. Fonta). Ce taux effondré de butyrate met potentiellement en évidence une faible consommation de fibres. Nous montrons donc les résultats à M. Fonta ; on en parle, on essaie de comprendre. Il se sent impliqué dans cette enquête. On arrive ensemble à la conclusion qu’il est loin d’atteindre dans son assiette le quota de fibres nécessaire pour une bonne santé. Les études montrent qu’un adulte doit consommer 30 g de fibres par jour. On aurait pu se contenter de donner cette information à M. Fonta. On aurait pu se contenter de lui donner une fiche qui l’accompagne dans le choix des fibres et les quantités à consommer. Mais l’analyse des acides gras à courte chaîne a personnalisé le sujet! Elle a impliqué M. Fonta sur l’importance des fibres pour lui (et pas pour M. Toutlemonde!), sur l’importance d’augmenter largement sa consommation de ce type d’aliments-santé. Son implication sur ce sujet (et d’autres, bien sûr) a largement contribué à améliorer ses troubles métaboliques.
Résultats d’analyses n° 1 : Acide gras à courte chaîne Cet histogramme présente le dosage des acides gras à courte chaîne dans les selles. Ce dosage permet une bonne évaluation de la consommation des fibres dans l’assiette. Les fines barres noires représentent les valeurs du patient M. Fonta ; la barre horizontale, au milieu, la valeur cible. Les rectangles gris représentent l’encadrement des valeurs santé. On constate un taux très bas d’acide gras à courte chaîne chez ce patient, reflet d’une assiette de fibres très pauvre.
Certains praticiens en médecine fonctionnelle poussent encore plus loin le principe de l’implication/participation du patient. Ils leur envoient par mail des publications scientifiques (motivant les protocoles proposés ; expliquant les bénéfices de la prise en charge de leurs pathologies avec la santé ou médecine fonctionnelle, etc.) pour qu’ils soient bien informés, qu’ils comprennent bien leur prise en charge et qu’ils puissent ainsi mieux s’impliquer. Les patients qui consultent en santé fonctionnelle sont souvent ravis de cette démarche. Ils adhérent à une prise en charge éclairée.
Deux autres P : précision et preuve
Prévention, prédiction, personnalisation, participation: ces quatre P définissent, comme on vient de le voir, le cadre d’une nouvelle approche de la santé. Cette dernière peut encore être mieux cernée en ajoutant deux autres P.
Preuve
Avec la crise de la COVID, beaucoup de personnes ont dû découvrir ce que l’on appelle l’« Evidence Based Medicine » (EBM). Traduisez : la médecine basée sur les preuves. À cette occasion, en effet, on a beaucoup parlé des fameux essais randomisés pour prouver l’efficacité d’un traitement, d’un médicament, d’un protocole. C’est sur des études médicales que s’appuie toute l’industrie du médicament, mais aussi et peut-être surtout toute la légitimité et la puissance de conviction de la médecine allopathique (il n’y avait qu’à voir avec quelle arrogance les médecins de plateau télé se permettaient de remettre en question l’un des plus grands infectiologues au monde – le professeur Raoult – sous prétexte qu’il n’avait pas d’étude randomisée pour son protocole hydroxychloroquine/azithromycine !). Mais il n’y a pas que le médicament qui dispose de preuves d’efficacité. Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le complément alimentaire a lui aussi les siennes. Le monde du complément alimentaire est lui aussi « Evidence Based » ! En effet, les pratiques de supplémentation alimentaire peuvent s’appuyer sur des milliers d’études pour des centaines de pathologies. Avec des niveaux de preuve parfois très bons. En réalité, toute la démarche de santé fonctionnelle s’appuie sur des publications scientifiques, souvent de la bonne science.
Précision
C’est sur la base de ces études que sont définies les normes santé pour les vitamines, minéraux, hormones et autres marqueurs d’analyses nutritionnelles et fonctionnelles qu’on découvrira tout au long de cet ouvrage. Prenons l’exemple de la vitamine D. Pour une démarche de prévention du cancer du sein, les études montrent qu’il faut un taux de vitamine D compris entre 60 et 80 ng/ml. C’est une valeur précise, une valeur cible, une valeur santé valable pour cette indication précise. Nous voyons là se dessiner cette exigence de précision. Pour conduire correctement sa supplémentation, le praticien devra respecter plusieurs étapes.
- Pour commencer, il faudra qu’il réalise un dosage initial de la vitamine D: précision des conditions initiales chez un patient donné pour ce micronutriment (statut initial en vitamine D).
- De là, il pourra proposer un protocole adapté en fonction de ce taux de base : précision du protocole de supplémentation en vitamine D.
- Puis, pour être sûr d’atteindre sa valeur cible,il fera un dosage de contrôle du taux de vitamine D (plusieurs semaines après le début de la prise de vitamine D) pour pouvoir le cas échéant adapter sa supplémentation: précision dans le suivi.
- Sur la base de ce dosage de contrôle, il sera aussi en mesure de mieux connaître la physiologie de son patient (personnalisation) et de proposer une bonne supplémentation dite d’entretien (sur le moyen/long terme).
L’illustration n° 1 montre les quatre étapes de base pour une supplémentation bien conduite. Pour chaque micronutriment il y a des valeurs cibles (définies par les études = preuves), des protocoles de supplémentation adaptés en fonction des dosages initiaux, des conseils pour un intervalle de temps optimal pour une analyse de suivi après le début de supplémentation.
Illustration n° 1 : Précision en micronutrition Cinq étapes de base pour un protocole précis de supplémentation en micronutriment. Pour chaque micronutriment (vitamine, minéraux ), le praticien vise des valeurs cibles. Son protocole de supplémentation dépendra de l’écart entre le dosage initial et les valeurs cibles. L’analyse de suivi lui permettra de valider les résultats de son protocole pour une personne donnée et de proposer une supplémentation sur le long terme.
On voit combien cette démarche est une pratique que l’on peut qualifier «d’éclairée», dans le sens où elle est rigoureuse, conduite d’après la science de bout en bout. On est loin des pratiques de supplémentation « à l’aveugle », c’est-à-dire sans analyses, sans boussole ni gouvernail et dans lesquelles, en conséquence, les risques d’inefficacité sont plus importants. Les résultats d’analyses n° 2 montrent un suivi de dosage de vitamine D et de vitamine B12 de Mme Duret, 55 ans, qui présente des antécédents familiaux de cancer du sein. À la deuxième analyse, le dosage de vitamine D a atteint les valeurs cibles visées pour une bonne prévention.
Résultats d’analyses n° 2 : Le suivi du dosage de vitamine D Il s’agit d’une analyse réalisée dans le cadre d’un bilan de prévention du cancer du sein. À l’extrême droite, les valeurs du laboratoire (qui ne sont pas les valeurs cibles). Les dates se lisent de droite à gauche (année-mois-jour). Puis, au centre, les valeurs de la première analyse (mars 2022). Enfin, à droite, les valeurs de l’analyse de suivi 5 mois plus tard. On est passé d’un taux de 27,1 ng/ml à 71,9 ng/ml, ce qui est dans la valeur cible.
Bruno Mairet – Co-fondateur de DFM Formations
Pour aller plus loin
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