Quand le business de la santé envahi nos pratiques ou la médecine fonctionnelle « pousse bouton »
L’IA doit guider votre santé et non plus le monde des humains
Avez-vous vu cette campagne publicitaire1 pour une célèbre marque de smartphone et sa montre de santé connectée ? Bien sûr, de très nombreuses montres existent sur le marché, qui la plupart monitorent les mêmes paramètres biologiques : fréquence cardiaque, ECG, qualité du sommeil, activité physique, variabilité de la fréquence cardiaque, saturation en oxygène, etc… L’une des valeurs ajoutées de la marque vantée par cette nouvelle publicité est l’intégration des données par une application santé ultra performante dopée à l’IA. Le clip publicitaire met en scène une jeune femme qui est harcelée par des conseils santé que lui prodigue son entourage. Ainsi alors qu’elle patiente sagement sur un trottoir devant son coffee truck pour acheter son café matinal, un inconnu lui dit « Tu sais le café fait grimper le cortisol ». Puis un autre l’interpelle depuis sa voiture « Hé, rester debout abîme tes genoux » … Elle est ainsi bombardée par une dizaine de conseils avant qu’une notification de sa montre connectée vienne la « sauver » et lui donner l’instruction santé qu’il lui faut ! Personnalisée, réelle, instantanée. Le slogan qui apparaît alors à l’écran « Listen to your body, not everybody » (je le laisse en anglais, car il y a évidemment le jeu de mot qui sonne bien pour un slogan publicitaire). Le message est donc le suivant. Pour votre santé, n’écoutez plus les conseils humains qui pour la plupart sont débiles, mais suivez les recommandations de la montre et son IA. Bien sûr, il y a une certaine vérité dans ce message, car nombreux sont les conseils quotidiens reçus tout au long d’une journée par diverses relations, les réseaux sociaux, les médias qui sont effectivement débiles ! Mais pour autant, le message final reste le suivant : « l’IA doit guider votre santé et non plus le monde des humains ». Et cette injonction-là s’impose au grand public, aujourd’hui, incontournable.
Le business de la santé préventive
Voyons un autre exemple, qui fait davantage écho à notre activité de médecine ou santé fonctionnelle. Connaissez-vous Lucis.life votre compagnon santé2 ? Il s’agit d’une start-up française de santé préventive personnalisée. Le concept proposé par cette entreprise est proche de la montre connectée boostée à l’IA, mais en allant beaucoup plus loin avec des données biologiques. Le site propose en ligne l’achat d’une forme d’abonnement annuel à 490 euros proposant une évaluation initiale de 100 marqueurs biologiques, et une évaluation de suivi 6 mois plus tard de 60 marqueurs. Entre-temps bien sûr le patient suivra les conseils prodigués par leur IA qui aura interprété toutes les données biologiques (rassurez-vous avec la validation d’un humain, médecin accrédité !). Ainsi, Lucis donnera des conseils de nutrition, d’exercice physique, de sommeil, de supplémentation et de santé mentale…). Il y aurait beaucoup à dire sur le choix des 100 (ou 120 ou 180 peut-on même lire parfois !) marqueurs, mais tel n’est pas mon propos aujourd’hui. Ce type de proposition en santé préventive renforce bien évidemment le puissant slogan : « l’IA doit guider votre santé et non plus le monde des humains ». Car ne soyons pas naïf, la part d’intervention du pauvre médecin humain qui est derrière l’IA Lucis sera minime (et de plus en plus au fil des semaines et des mois à venir).
Vous pensez que je digresse sur des propositions commerciales anecdotiques. Que nenni ! Un article des Echos3 du 26 mai 2026 fait un état des lieux du gigantesque marché des start-up de santé préventive. Lucis.life par exemple vient de faire une levée de fond de 20 millions d’euros pour son développement avec des investisseurs réputés. Ils passent clairement à la vitesse supérieure. Par ailleurs, de nombreux centre de prévention santé4 5 se sont créé ces derniers temps toujours basés sur des principes similaires : des biologies ou des tests, beaucoup d’IA et un peu d’humains (quand même !). Et puis Lucis n’est seule, d’autres applications6 veulent une part du gigantesque gâteau du business de la santé IA (selon un rapport7 du cabinet Global Market Insight, le segment des bilans de santé préventif est évalué à 9,2 milliards de dollars en 2025 et 18,2 milliards d’ici 10 ans). Integratome8 une autre star-up made in France, propose carrément « grâce à son Jumeau Numérique de santé, de transformer la complexité des données de santé en visualisation claire et documentée, permettant au professionnel de santé de mieux accompagner leurs patients dans une démarche de prévention ». Toujours la même recette : beaucoup d’IA saupoudrée d’humain. Et figurez-vous que sur le site, ils disent pratiquer une approche inspirée de la médecine des 6P !
Mesdames, sachez que le business de la santé ne vous oublie pas ! Une start-up a pensé à vous et notamment à votre période de périménopause que vous pouvez optimiser grâce à un check sanguin (oméga 3 et vitamine D) avec l’IA et l’application9 qui va avec bien.
Et bien sûr Google qui est toujours dans les bons coups, viennent de fusionner toutes ses applications santé dans une Unique (pour les gouverner tous !? 😉 : Google Hearth Coach. L’idée étant de faire des recommandations (coach) sur la base de données traitées par … de l’IA évidemment. À ce rythme-là, ce ne sera plus un slogan publicitaire, mais un mantra « l’IA doit guider votre santé et non plus le monde des humains ».
L’IA doit guider la santé ; ce n’est plus l’affaire du monde des humains !
Ce petit tour d’horizon était nécessaire pour montrer l’étendue du phénomène dans le grand public. Mais rapprochons-nous maintenant de l’univers du praticien fonctionnel (médecin ou non-médecin). En tant que professionnels de santé ou professionnel du soin (naturopathe, nutrithérapeute), nous ne sommes pas trop courtisés par les start-up que l’on vient d’évoquer. En effet, nous ne sommes pas trop idiots et on peut facilement discerner que ces géants de la tech et autres marchands d’IA-santé nous piquent une partie de notre boulot. Mais d’autres acteurs nous font les yeux doux et avancent vers nous avec plus ou moins de finesse pour nous vendre aussi de la biologie clef en main ! Par exemple, nous avons eu de nombreux témoignages de praticiens fonctionnels qui ont été approchés par l’entreprise suédoise coté en bourse (donc devant rendre des comptes à des actionnaires) Zinzino10 ! Alors avec eux le concept est bien ficelé : des analyses sur gouttes de sang couplées avec la vente des compléments alimentaires qui vont avec ! La méthodologie est vendeuse puisque la goutte de sang est quasi non invasive (petite piqûre au bout du doigt) et simple. Donc « easy » pour le patient. Par contre ce type de prélèvement limite encore énormément (à l’heure actuelle) la gamme d’analyse proposées : oméga6/oméga3, quelques marqueurs sanguins du microbiote, HbA1c. À nouveau l’objet n’est pas ici de commenter le choix des analyses (sur lequel il y aurait pourtant beaucoup à dire !!), mais de montrer le business qui est fait à partir des kits proposant quelques analyses biologiques (qui envoient du rêve au patient) avec compléments à la clef !
Quand le business de la santé envahit nos pratiques
En tant que praticien fonctionnel, peut être pensez-vous que tout cela n’a rien à voir avec une bonne pratique de soin et que jamais vous ne feriez appel à des services de ce type.
Mais demandons-nous, malgré tout, si toutes nos pratiques n’ont pas tendance à être guidées rapidement et sûrement par l’injonction suivante : « l’IA doit guider la santé : ce n’est plus l’affaire du monde des humains ».
Si l’on regarde bien autour de nous, on voit que nous avons, si nous le souhaitons, à notre disposition grâce à différents acteurs du business de la santé :
- Des bilans cliniques automatisés, remplis par les patients en préconsultation, et traités par IA ; à la suite de quoi le raisonnement clinique peut lui aussi être assisté par l’IA (pourquoi chercher à comprendre ?)
- Des interprétations d’analyses par des laboratoires qui proposent de connecter les données patients à Claude ou ChatGPT (mais vous pouvez aussi le faire de manière artisanale en glissant une capture d’écran des analyses du patient sur ChatGPT qui se fera un plaisir de l’interpréter)
- Des protocoles de complémentation vendus « clef en main » (pourquoi réfléchir et mémoriser !?)
- Des comptes rendus de consultation que l’on peut faire en quelques secondes en livrant oralement en vrac nos idées ou avec l’usage d’un Plaud (pourquoi écrire ?)
- Des posts sur les réseaux sociaux avec des contenus IA et des images standardisées – que l’on a même plus envie de regarder tant cela manque d’identité (pourquoi créer ?). L’heure des « publications clones » qui noient les contenus des créateurs humains a sonné !
- Et cette liste est loin d’être exhaustive… imaginons par exemple des propositions d’analyses fonctionnelles directement couplées aux résultats du bilan clinique automatisé (je serai prêt à parier que le projet est déjà dans le pipeline comme on dit dans le business).
Très vite, nous pouvons glisser vers une activité de consultant à moindre effort pour être augmenté par l’IA, pour « gagner du temps » et donc bien sûr de l’argent. Et tout cela n’est qu’un début, tant les offres de cette folie numérique sont optimisées de manière quasi hebdomadaire. On a peine à imaginer ce que sera la consultation fonctionnelle assistée par l’IA dans 1 an. Avec cette trajectoire, si nous nous engouffrons dedans, la part d’humain va inexorablement réduire.
Depuis des années, la médecine ou santé fonctionnelle s’est construite contre ce qu’elle appelait la « médecine pousse-bouton ». C’est ainsi qu’elle nommait la médecine allopathique avec peu de raisonnement et une prescription médicamenteuse automatique. Mais n’assistons-nous pas à la naissance de la médecine fonctionnelle (ou santé fonctionnelle) pousse bouton ? Bouton « envoi du questionnaire ». Bouton « interprétation du questionnaire assisté par l’IA ». Bouton « protocole ». « Bouton compte rendu IA» etc. Sans oublier au final le « bouton cash » avec toutes les commissions collectées au passage.
Je ne sais pas vous, mais moi c’est une pratique qui me donne des… boutons !!
Et puis, il nous faut très rapidement ouvrir les yeux. II y aura (et très vite) un très gros prix à payer : être dépossédés de notre humanité ! Plus de raisonnements, plus de questionnements, plus de mémorisation, plus d’empathie et surtout un sentiment puissant et récurrent de dévalorisation à l’égard de l’omnisciente IA. Oui, je sais mon texte prend d’un coup un virage philosophique et existentiel. Mais cher lecteur, c’est qu’avec ce sujet de l’intrusion de l’IA dans notre métier, on est obligé de convoquer la pensée philosophique et sociologique.
Je vous invite à lire ou à écouter Éric Sadin un philosophe français qui analyse depuis plus de 15 ans l’impact des technologies numériques sur l’humain. Dans son dernier livre, « Le désert de nous-même11 », Mr Sadin analyse la destruction de nos facultés humaines par l’IA : la pensée, l’empathie, l’autonomie, la liberté. Toutes ces qualités qui devraient d’ailleurs énormément s’exprimer dans le métier de praticien en santé fonctionnelle qui est humainement très riche. Il y a une rencontrehumaine, un praticien empathique qui sait écouter (car ce sont souvent des patients en errance médicale), des raisonnements fonctionnels à établir
en fonction du bilan clinique et des protocoles à « inventer » totalement et librement. Nombreux sont ceux qui choisissent ce métier, parce qu’il est porteur de sens et de valeurs humaines.
Alors voulons-nous vraiment que des business dopés à l’IA détruisent l’humain, nous, professionnels de santé (ou du soin) qui avons au contraire la vocation de le protéger ?
Bruno Mairet, soutenu par l’équipe DFM (Guénaëlle & Elisa)
- Health with iPhone + Apple Watch [Internet]. 2026 [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://www.youtube.com/watch?v=V3J9nQzrIUk
- Lucis. Lucis [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Lucis — Votre compagnon santé | Comprenez votre corps. Agissez sur ce qui compte. Disponible sur: https://www.lucis.life/fr
- Les Echos [Internet]. 2026 [cité 30 mai 2026]. Objets connectés, agents IA… la féroce concurrence des start-up de la santé préventive. Disponible sur: https://www.lesechos.fr/start-up/impact/objets-connectes-agents-ia-la-feroce-concurrence-des-start-up-de-la-sante-preventive-2233423
- Vipali [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Vipali | L’expert en prévention. Disponible sur: https://www.vipali.com
- Zoī [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Zoī – Le check-up santé. Disponible sur: https://www.zoi.com/fr/check-up
- Kor – La nouvelle génération de check-up santé [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://www.kor.care/checkup
- Global Market Insights Inc. [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Taille et part de marché des bilans de santé, tendances de croissance jusqu’’en 2035. Disponible sur: https://www.gminsights.com/fr/industry-analysis/health-check-up-market
- Méthodologie. Integratome [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://integratome.com/methodologie/
- L’application AinohaTM Périménopause [Internet]. [cité 3 juin 2026]. Disponible sur: https://www.ainoha.com/application
- Inspire Change in Life | Zinzino [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://www.zinzino.com/site/fr/fr-fr/
- Le Désert de nous-mêmes | Les Éditions L’échappée [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/le-desert-de-nous-memes
Ce texte est rédigé sans assistance IA
Comme, il devrait être de bon ton (bien que très exceptionnellement fait) de déclarer des conflits d’intérêts lorsque l’on propose des enseignements ou des communications susceptibles d’être sous influence, je pense qu’il serait aujourd’hui absolument nécessaire et éthiquement indispensable de déclarer, si nos consultations, nos textes ou images ou sites Internet ont été réalisés ou rédigés totalement ou partiellement par (ou avec) une IA.







































fatigue chronique importante. Les médecins du coin restent alors circonspects, ces patients sont en errance médicale… On y découvre alors 2 mères inquiètes mais combatives qui décident de mener l’enquête à bras le corps, elles contactent des scientifiques et ceux-ci recherchent plusieurs causes possibles. Certains enfants reconnaissent avoir été mordus par une tique peu avant l’apparition des symptômes, d’autres n’en ayant aucun souvenir, il faut dire que cette piqûre peut passer inaperçue car elle est indolore. Les épidémiologistes mettent alors en avant la fréquence de ces piqures dans ce comté comparativement au reste de la population américaine…Ils baptisent ce trouble de maladie de Lyme mais restent impuissants face aux causes qui leur sont alors inconnues..Jusqu’à ce qu’un chercheur, Willy Burgdorfer découvre la bactérie responsable des symptômes de la mystérieuse maladie de Lyme en 1982. On a alors donné le nom à cette bactérie Borrélia Burgdorferi.

Ces bactéries ont plus d’un tour dans leur sac afin de n’être ni détectées ni éradiquées.
Afin d’avoir une « Happy End », le praticien en santé fonctionnelle sera bien placé afin de « refaire » le film, de comprendre comment cela a commencé et de décortiquer le scénario. Il pourra ainsi davantage démasquer et éradiquer ces imposteurs. 