Les IPP, médicaments antiacides : Le point de vue de la santé fonctionnelle – par Guénaëlle Abéguilé

À la rencontre de ce mal aimé : l’acidité gastrique

Notre estomac fabrique de l’acide chlorhydrique. Dit comme ça… Ça fait un peu peur ! Et pourtant, cette acidité gastrique est essentielle à notre pleine santé.

À quoi sert cette acidité gastrique ?

L’acidité gastrique à de multiples fonctions, parmi lesquelles :

  • La stérilisation du bol alimentaire.
  • L’activation de la pepsine, enzyme protéolytique (qui digère les protéines).
  • L’activation de la lipase gastrique (enzyme qui digère les graisses), favorisant la vidange de l’estomac.
  • L’activation de la synthèse et de la sécrétion de la bile, qui permet de digérer et d’absorber les graisses et molécules liposolubles (Vitamines A, D, E, K, CoQ10, polyphénols, caroténoïdes…).
  • L’activation de la synthèse et de la sécrétion des sucs pancréatiques, qui digèrent l’ensemble des nutriments.
  • Le maintien d’un Ph intestinal modérément acide, permettant une meilleure absorption des micronutriments et le maintien d’un microbiote optimal.
Que se passe-t-il en cas de manque d’acidité gastrique ?

L’hypochlorhydrie correspond à l’insuffisance de production d’acide chlorhydrique par l’estomac. Étant donné l’importance de l’acidité gastrique et ses multiples fonctions, en cas d’hypochlorhydrie, les conséquences seront multiples et variées. Je vous laisse les découvrir en schéma :

Schéma : « Hypochlorhydrie : conséquences »

Notons que les conséquences ici décrites vont à leur tour perturber de très nombreuses fonctions. Ainsi, les déficits micronutritionnels et les dysbioses induites par les IPP peuvent perturber toutes les fonctions de l’organisme : fonctions digestives, mais aussi fonction détox, fonctions immuno-inflammatoires, fonctions métaboliques, fonctions neuropsychiques et fonctions hormonales.

Comment savoir si je suis en hypochlorhydrie ?

La clinique est assez informative : ballonnements ressentis au niveau de l’estomac, pesanteur gastrique, éructations, parfois haleine putride peuvent nous mettre la puce à l’oreille.

Pour le vérifier, nous pouvons conseiller le test au bicarbonate de soude. Ce test n’est pas parfait, il est toutefois assez amusant et peut nous orienter.

Test au bicarbonate de soude :

Comment procéder ?

  • À jeun le matin, mettre 1 c.à.c de bicarbonate de soude dans un demi-verre d’eau.
  • Boire et lancer aussitôt le chronomètre.
  • Un rôt doit arriver. Plus il arrive tôt, plus cela signe une bonne acidité gastrique.
  • Renouveler 3 fois, toujours à jeun, et faire une moyenne des scores.

Interprétation :

  • Rôt immédiat → hyperchlorhydrie (excès d’acidité gastrique)
  • Rôt entre 1 à 2 min → Normochlorhydrie (acidité gastrique optimale)
  • Rôt entre 2 et 5 minutes → Hypochlorhydrie (insuffisance d’acidité gastrique)
  • Rôt > 5 min ou inexistant → hypochlorhydrie sévère
Quelles sont les causes d’hypochlorhydrie ?

Face à toute hypochlorhydrie, il faudra s’interroger sur la cause : sommes-nous en présence d’une hypothyroïdie, de stress, d’un âge avancé ? Et bien sûr les inhibiteurs de la pompe à proton, les IPP, ces fameux médicaments contre l’acidité gastrique !

Que faire en cas d’hypochlorhydrie ?

La réponse est : prendre en charge la cause !

Plus difficile lorsque celle-ci est l’âge…

Quoi qu’il en soit, en attendant que la cause soit prise en charge, ou s’il est impossible de la prendre en charge, on peut recommander la prise d’acide chlorhydrique bétaïne en complément alimentaire. Vous en trouverez en gélule dans les laboratoires spécialisés en micronutrition ! Il en existe seul ou accompagné d’enzymes digestives. Nous recommanderons une prise en début de repas. La fréquence de prise est à adapter en fonction du ressenti du patient. Ce type de complément peut s’avérer très efficace, mais ne doit pas être suffisant en soi : n’oublions pas de prendre ne charge la cause !

L’acide chlorhydrique bétaïne sera contre-indiqué en cas d’ulcère, d’œsophagite ou en cours de sevrage d’IPP.

Les IPP : ces médicaments antiacides, mais pas que…

Les IPP, inhibiteurs de la pompe à proton, sont les médicaments « anti-acide», prescrits dans le but de réduire la production d’acide gastrique.

Pourquoi vouloir la réduire alors qu’elle est essentielle à notre pleine santé ?

De la même façon que l’on prend souvent une pilule contraceptive à cause de la non-considération de l’ovulation Power, on prend un IPP à cause de la mauvaise considération de l’acidité gastrique !  L’acidité gastrique est victime d’un délit de sale gueule.

  • J’ai du reflux! → C’est parce que vous avez trop d’acidité gastrique !
  • J’ai la gorge qui gratte le matin ! → C’est parce que vous avez trop d’acidité gastrique !
  • J’ai l’estomac lourd après mangé ! → C’est parce que vous avez trop d’acidité gastrique !
  • J’ai mal au ventre quand je suis stressé ! → C’est parce que vous avez trop d’acidité gastrique !
  • Je rote tout le temps ! → C’est parce que vous avez trop d’acidité gastrique !

Et j’en passe ! Tout prétexte est bon pour mettre en cause l’excès d’acidité gastrique. Ainsi présenté, la solution est toute trouvée → Prenez des IPP !

Précisons que les plaintes évoquées ci-dessus correspondent la plupart du temps à des troubles fonctionnels et non médicaux, ainsi, la prise en charge adaptée devrait être fonctionnelle et non médicamenteuse !

Présenté alors comme LA solution, prescrits à outrance, les IPP font des ravages !

Quelles sont les conséquences de la prise d’IPP ?

Parmi les conséquences de ces médicaments, citons : l’altération de la digestion dans sa globalité, dysbiose de putréfaction et ses conséquences, SIBO, déficit en zinc, en fer, en cuivre, en manganèse, en vitamine B12, mais aussi en magnésium.

Comme nous pouvons le lire dans le Vidal®, les carences profondes en magnésium induites par les IPP, peuvent, dès 3 mois de traitement entraîner des troubles plus ou moins graves comme de la fatigue, de la tétanie, des bouffées délirantes, des convulsions, des sensations vertigineuses, de l’arythmie ventriculaire.

Avez-vous reçu ces informations lorsque l’on vous a prescrit ou renouvelé votre traitement ? Vous a-t-on conseillé de prendre du magnésium pour compenser cet effet anti-nutritionnel ?

Et ce n’est pas tout !

Ces médicaments augmentent de 20 à 50% le risque de développer une insuffisance rénale chronique. (1)

Les fonctions cognitives ne sont pas en reste, puisqu’une vaste étude de cohorte effectuée en 2022 a conclu, après ajustement des facteurs de confusion, que les IPP augmentent significativement le risque de démence ! (2)

Probablement à cause des dysbioses et carences induites par les IPP, des études ont mis en évidence un risque majoré de déclarer un Covid 19, et ce, dès aout 2020 (3) !

Comme la plupart des médicaments, ils ont pourtant bien leur place. Leur prescription devrait se limiter à ces seules indications : ulcère gastro-duodénal, œsophagite (de grade C ou D selon la classification de Los Angeles) et œsophage de Barett. La coprescription, souvent systématique avec les AINS n’a pas lieu d’être. Elle peut avoir un intérêt uniquement pour les personnes à risques de complications gastro-duodénales (4). Même dans ces cas, le renouvellement de la prescription ne doit pas être systématique. Le traitement doit être réévalué régulièrement. Sortis de ces critères, ils n’ont pas d’utilité ! Malheureusement, ces indications légitimes ne représenteraient que 5% à 10% des prescriptions. En d’autres termes : 90 à 95% des patients sous IPP devraient être sevrés !

Quid de l’impact des IPP sur l’équilibre hormonal ?
  • En entrainant des dysbioses de putréfaction, l’IPP favorise le passage de fraction bactérienne, que nous appelons LPS (pour lipopolysaccharides) dans l’organisme. Ces molécules franchissent la barrière intestinale et peuvent venir se fixer sur des récepteurs hormonaux. Ainsi, ils peuvent être responsables de résistance aux hormones. L’hormone ne peut plus se fixer sur son récepteur, la place est déjà occupée.
  • Ces mêmes molécules, les LPS, induisent de l’inflammation. Ce terrain inflammatoire modifie considérablement l’imprégnation hormonale. Ainsi, l’inflammation augmente notre sensibilité aux œstrogènes, tandis qu’elle nous rend résistants à la progestérone. Ceci peut expliquer une clinique évoquant un déséquilibre oestro-progestéronique malgré un statut hormonal optimal. L’inflammation modifie également notre sensibilité aux androgènes et aux hormones thyroïdiennes.
  • La dysbiose impacte également l’élimination des œstrogènes, ce qui contribue à l’hyperœstrogénie.
  • Enfin, du fait des carences induites par les IPP, les micronutriments indispensables à la synthèse, à la conversion, à l’activation des récepteurs et/ou à la détoxication des différentes hormones peuvent manquer. S’ensuivent des perturbations profondes de l’imprégnation hormonale.
  • La carence de magnésium peut, quant à elle, induire du stress, qui à son tour impactera l’équilibre hormonal dans son ensemble.
Comment aider au sevrage des IPP ?

Le sevrage des IPP est souvent appréhendé par nos patients. En effet, la plupart souffrent dès qu’ils oublient un comprimé pendant une journée.

  • « Cela est bien la preuve que j’en ai besoin ! »

Non, pas du tout ! Pendant que l’on prend un IPP, notre synthèse d’acide chlorhydrique est bloquée. Essayant toujours de rétablir l’équilibre, notre organisme va tout faire pour relancer la machine. Une hormone va alors augmenter : la gastrine. Dans les conditions physiologiques, cette dernière a pour but d’augmenter la synthèse d’acide chlorhydrique. En présence d’IPP, rien ne se passe comme prévu. La gastrine est au plafond, mais les cellules à l’origine de la production d’acide gastrique ne sont pas en mesure de répondre.

En revanche à l’arrêt de l’IPP, la production d’acide chlorhydrique est de nouveau possible. Possible, et même très intense, puisque la gastrine, qui est au plafond stimule cette production. Il y a donc une hyperchlorhydrie (excès d’acide chlorhydrique) réactionnelle à l’arrêt de l’IPP. Désagréable, voire insupportable pour le patient, ce phénomène est responsable des nombreux échecs de sevrage.

Ainsi, il faudra en tenir compte dans nos recommandations.

Sevrage des IPP, mes conseils :

  • Il faudra être PROGRESSIF+++. Aussi progressif que le patient en a besoin. C’est lui et lui seul qui guidera la vitesse de son sevrage, en fonction de ses désagréments. Certains y parviendront très rapidement, d’autres auront besoin de plusieurs mois.
  • En amont du sevrage : se complémenter en magnésium pendant 1 mois minimum. Poursuivre la complémentation pendant toute la durée du sevrage. Dosage à évaluer avec votre praticien de santé fonctionnelle.
  • Bien mastiquer++++
  • Pratiquer de la cohérence cardiaque 5 min avant le repas : cela stimule le nerf vague qui aide à la digestion
  • Aidez-vous avec la ou les plantes les plus adaptées à votre terrain. La sélection des plantes, leur posologie et leur forme sont à évaluer avec votre praticien formé en santé fonctionnelle. Il vérifiera également l’absence de contre-indications en fonction de votre terrain et de vos antécédents. Je les cite ici à but informatif uniquement.
    • En cas de digestion lente, difficile, pesanteur gastrique après le repas : gingembre
    • En cas de brûlure gastrique : réglisse, aloe vera, fleurs de mauves, racine de guimauve…
    • En cas de troubles gastriques accentués par le stress : mélisse, gentiane…

Guénaëlle Abéguilé – Formatrice en Santé Fonctionnelle, spécialisée en Hormonologie

(1)   Lazarus B, Chen Y, Wilson FP, Sang Y, Chang AR, Coresh J, Grams ME. Proton Pump Inhibitor Use and the Risk of Chronic Kidney Disease. JAMA Intern Med. 2016 Feb;176(2):238-46. doi: 10.1001/jamainternmed.2015.7193. PMID: 26752337; PMCID: PMC4772730.

(2) Zhang P, Li Z, Chen P, Zhang A, Zeng Y, Zhang X, Huang Q, Liu D, Qi S, Mao C. Regular proton pump inhibitor use and incident dementia: population-based cohort study. BMC Med. 2022 Sep 1;20(1):271. doi: 10.1186/s12916-022-02478-y. PMID: 36045363; PMCID: PMC9434890.

(3) Almario CV, Chey WD, Spiegel BMR. Increased Risk of COVID-19 Among Users of Proton Pump Inhibitors. Am J Gastroenterol. 2020 Oct;115(10):1707-1715. doi: 10.14309/ajg.0000000000000798. PMID: 32852340; PMCID: PMC7473791.

(4) Bon usage des inhibiteurs de la pompe à proton (IPP) ; haute autorité de santé ; recommander les bonnes pratiques. 2022 Sep

Pour aller plus loin

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La démarche fonctionnelle appliquée à la prise en charge des troubles du microbiote : SIBO, IMO et SIFO

Bouffées de chaleur, troubles de la ménopause : traitement naturel ou THS ? par Guénaëlle Abéguilé

Le point de vue de la santé fonctionnelle

À chaque fois que j’évoque les bouffées de chaleur, je revois cette patiente dans mon cabinet : à peine assise en face de moi lors de sa première consultation, je la vois se décomposer puis ruisseler sur mon bureau.

Je la regarde impuissante avec compassion et je lui épargne la fameuse question « qu’est-ce qui vous emmène ? ». Elle me regarde et me dit « Si c’est ça la vie maintenant, je n’en veux plus ».

Les bouffées de chaleur sont les plaintes les plus fréquentes et les plus invalidantes de la femme ménopausée. Elles font partie de ce que l’on nomme les troubles climatériques, au même titre que les troubles uro-génitaux (incontinence urinaire, sécheresse vaginale, infection vaginale, cystites, dyspareunie…). L’ensemble de ces troubles est lié à la chute hormonale et plus précisément, à la chute des œstrogènes.

Les œstrogènes sont produits par les ovaires pendant la période d’activité génitale (des premières règles jusqu’à la ménopause). La fonction ovarienne cessant à la ménopause, une question se pose alors :

Pourquoi toutes les femmes ne souffrent-elles pas de bouffées de chaleur à la ménopause ?

En réalité, les ovaires ne sont pas les seules glandes/organes à fabriquer des œstrogènes. Notre tissu adipeux (nos graisses corporelles), et plus précisément les adipocytes (cellules spécifiques du tissu adipeux) ont également la capacité à en fabriquer.

Pour être tout à faire juste, vos adipocytes n’ont pas toute l’artillerie pour faire des œstrogènes à partir de leur matière première, le cholestérol. Cependant, ils ont la capacité à convertir nos hormones mâles (nos androgènes) en œstrogènes. En effet, ces cellules aux multiples pouvoirs expriment une enzyme (fabriquent un outil biochimique) : l’aromatase.

L’aromatase est l’enzyme qui convertit (transforme) nos androgènes (hormones mâles) en œstrogènes ! Ainsi, plus j’exprime d’aromatase, plus je synthétise d’œstrogènes. La chute des œstrogènes étant responsable des bouffées de chaleur, par extension on retient : plus j’ai de graisse, moins j’ai de bouffées de chaleur ! Ainsi, la femme en surpoids sera moins à risque de bouffée de chaleur.

Pourtant certaines femmes en surpoids ont des bouffées de chaleur : pourquoi ?

Les adipocytes ont la capacité à convertir les androgènes (hormones mâles) en œstrogènes. Faut-il encore qu’il y ait des androgènes à disposition. Et là encore, toutes les femmes ne sont pas égales : certaines ont bien plus d’androgènes que d’autres… Ainsi, une femme avec suffisamment d’androgènes ET suffisamment de graisses pour les convertir en œstrogène aura moins de troubles du climatère.

Qu’est-ce qui permet à la femme de fabriquer ses androgènes ?

Souvent associés à l’homme, les androgènes (testostérone, DHEA…) sont également produits par les ovaires et par les surrénales chez la femme. À la ménopause, la production d’androgènes sera davantage d’origine surrénalienne.

Les surrénales sont les glandes endocrines qui « coiffent » nos reins. Elles produisent un grand nombre d’hormones, dont le cortisol, la fameuse hormone qui nous permet de faire face au stress. Lorsque nous sommes stressés, nous produisons beaucoup de cortisol. Pour nous protéger de l’effet catabolique (qui casse) de son excès, nous synthétisons une deuxième hormone en parallèle : la DHEA. Moins connue que la testostérone, c’est également une hormone androgénique. Ainsi, grâce à l’aromatase, nos adipocytes peuvent la convertir en œstrogènes.

La capacité de synthèse de DHEA est dépendante de l’âge, mais aussi et surtout, du niveau de stress. En cas de stress chronique, la capacité de synthèse de DHEA finira par diminuer puis par s’épuiser. Nous parlons alors de fatigue surrénalienne. Ainsi, une femme arrivant à la ménopause après 5 voir 10 années de stress chronique, risque d’avoir un taux de DHEA au ras des pâquerettes.

Si vous m’avez bien suivi : pas de DHEA → pas d’œstrogènes à la ménopause ! Ainsi, une stressée chronique qui arrive à l’âge de la ménopause à davantage de risque d’avoir des bouffées de chaleurs, mais aussi des troubles uro-génitaux. Et ce, qu’elle soit maigre ou en surpoids.

Préparez votre ménopause :

Pour diminuer les risques de bouffées de chaleur, 2 conditions sont alors nécessaires :

  • Éviter le stress (ou le prendre en charge)
  • Éviter le sous poids

Ces conditions se travaillent en amont. Nous ne pouvons pas relancer la production de DHEA et l’aromatase la veille de la ménopause. Comme un compte épargne retraite, nous devons nous préoccuper de nos surrénales tout au long de notre vie.

En pratique : épargnez-vous, fuyez le stress, soyez maître de votre destin. La prise de complément alimentaire comme le magnésium, les plantes adaptogènes, la régularité des biorythmes peuvent bien sûr également trouver également leur place.

Quant à la réserve de gras, je ne vous invite pas à vous « engraisser » en prévision de la ménopause ! En effet, si la femme en surpoids aura moins de bouffées de chaleur, elle aura davantage de troubles métaboliques (diabète, hypertension artérielle…), et une augmentation des risques de cancer hormono-dépendants 1 . En effet, son tissu adipeux lui permet une production d’œstrogènes qui favorisent la multiplication des cellules oestrogéno-dépendantes, mais pas de progestérone qui contrebalance ce risque. Ainsi, ne cherchez pas à faire du gras pour faire des oestro, mais évitez la maigreur !

Est-ce que notre alimentation peut aider à prévenir ou à diminuer les bouffées de chaleur ?

En plus des grands fondamentaux de l’alimentation fonctionnelle (consommez suffisamment d’oméga 3, d’antioxydants, d’aliments à charge glycémique modérés…), les phytoœstrogènes alimentaires trouveront une place intéressante en prévention des désagréments de la ménopause. En se fixant et en activant modérément les récepteurs aux œstrogènes, ces molécules particulières reproduiront un effet oestrogénique modéré. Leur action est phytoœstrogène dépendant, préparation dépendante, microbiote dépendant et statut hormonal dépendant. Ainsi, alors que les phytoœstrogènes du soja modulent à la baisse l’imprégnation oestrogénique lors de la période d’activité génitale de la femme, ils deviennent plutôt activateurs lorsque la production oestrogénique est très basse après la ménopause. Leur consommation peut donc diminuer les troubles climatériques2 3. Nous favoriserons le soja fermenté, 3-4 fois par semaine : tofu fermenté, tamari, miso, tempeh ou pour les plus joueurs : le natto !

Leur consommation est contre-indiquée en cas de prise d’un traitement du type anti-aromatase ou SERM (traitement des cancers hormono-dépendants). En cas de doute, renseignez-vous auprès d’un professionnel de santé.

Que penser des plantes oestrogéniques pour diminuer les bouffées de chaleur ?

La phytothérapie trouve tout à fait sa place en complément des conseils d’hygiène de vie (alimentation, activité physique4, sommeil…). Les plantes oestrogéniques ont largement fait leur preuve dans l’accompagnement de la femme en ménopause. Leur mode d’action est plante dépendante. Elles contiennent, comme le soja, des phytoœstrogènes à action « œstrogènes like ». Certaines auront des actions bien plus oestrogéniques que le soja. Je fais ici référence aux plantes du type sauge officinale5, sauge sclarée et au houblon6. Elles peuvent être consommées en gélule (poudre, extraits), en tisane, en teinture mère, en EPS. Leur consommation nécessite l’avis d’un professionnel de santé formé à la phytothérapie. Il évaluera la pertinence de la plante par rapport à votre terrain et adaptera sa posologie. Ces plantes sont strictement contre-indiquées en cas d’antécédent personnel ou familial de cancer hormonodépendant.

La femme ne se résume pas à ses hormones !

Quelques mois plus tard, ma patiente ruisselante m’adressait toutes ses amies. Sa prise en charge avait été « magique » d’après ses propos. Cependant, environ un an plus tard, les problèmes recommençaient : les bouffées de chaleur avaient fait leur réapparition.

Lors de l’interrogatoire, je me rendis compte qu’elles ne se présentaient plus de la même manière. Elles étaient toujours précédées d’un stress ou d’une émotion. Ma patiente venait de traverser une période éprouvante.

Si les hormones sont grandement impliquées, la chute hormonale n’est pas la seule responsable des bouffées de chaleur. Les mécanismes ne sont pas tous élucidés, toutefois, on sait qu’il y a des récepteurs à la sérotonine (le neurotransmetteur de la sérénité), au niveau du centre thermorégulateur situé dans notre cerveau (dans l’hypothalamus).  Ainsi, les stratégies augmentant la synthèse de sérotonine peuvent également avoir leur intérêt : chronobiologie alimentaire, griffonia, nicotinamide, magnésium (indication, dose, contre-indications à évaluer avec votre professionnel de santé)…

En parallèle, l’activation du système nerveux parasympathique semble également efficace. Ainsi, la cohérence cardiaque peut faire partie de l’arsenal thérapeutique en cas de bouffées de chaleur.

Et le traitement hormonal substitutif de la ménopause dans tout cela ?

Si certaines femmes y sont farouchement opposées, le traitement hormonal substitutif (THS) peut parfois être la seule solution efficace pour mettre sous silence les troubles climatériques. Le rapport bénéfice risque sera étudié par le médecin de la patiente.

Je rappelle que je ne suis pas médecin et que cet article ne se substitue en aucun cas à une consultation. Je ne donne ici aucun conseil, mais juste de l’information.

Le THS consiste à administrer des œstrogènes et de la progestérone à la femme ménopausée. Ainsi, la chute hormonale est moins brutale et les troubles climatériques régressent voire disparaissent. Sans vouloir rentrer dans le débat pour ou contre le THS, rappelons certains éléments.

  • Le THS doit contenir des hormones bioidentiques :

C’est-à-dire identiques à celles que nous produisons naturellement : de « vrais œstrogènes » ET de la « vraie progestérone ». Alors oui, ces hormones sont tout de même synthétisées en laboratoire, mais, leurs formules biochimiques sont strictement les mêmes que nos œstrogènes et notre progestérone endogènes. Contrairement aux hormones de la pilule contraceptive (généralement éthinylestradiol et un progestatif), ce sont les hormones avec lesquelles notre corps cohabite depuis plus de 35 ans avant d’arriver à la ménopause.

  • Les œstrogènes du THS doivent être administrés par voie cutanée :

Les études sont claires : l’administration de ces hormones par voie orale augmente les risques de troubles thromboemboliques 7 8. En épargnant le 1er passage hépatique, ce risque disparait avec l’administration des œstrogènes par voie cutanée.

Par ailleurs, ce mode d’administration permet d’adapter plus facilement la posologie aux besoins propres à chaque femme9.

  • La posologie du THS doit être adaptée à chaque femme :

Nous sommes toutes différentes ! La règle du « one size fits all » ne s’applique pas en hormono ! Ce n’est pas parce que votre voisine à bien supporté sa dose administrée qu’elle sera la bonne pour vous !

En effet, la sensibilité aux œstrogènes et à la progestérone est individu dépendant. Elle dépend notamment de notre génétique et de notre terrain inflammatoire. De la même manière, la capacité d’élimination des hormones dépend de nos capacités de détox hépatique, qui dépendent eux-mêmes de nombreux paramètres individuels. Ainsi, une dose optimale pour l’une sera excessive pour l’autre et insuffisante pour une troisième.

Prenons un exemple concret : en cas d’inflammation, on devient hypersensible aux œstrogènes, ainsi une dose d’œstrogène très bien tolérée par une femme pourra entraîner douleurs aux seins, rétention d’eau et augmentation des risques de cancer hormonaux dépendant chez une autre. Double peine puisqu’en plus de la rendre hypersensible aux oestro, l’inflammation va la rendre résistante à l’hormone qui contrebalance les œstrogènes : la progestérone… Ainsi, une femme en inflammation aura besoin d’une dose d’œstrogènes moindre et d’une plus forte dose de progestérone.

  • Le terrain doit être pris en charge !

Si la posologie du traitement doit être adaptée au terrain de la femme. Il semble évident que le terrain doit être optimisé afin de pleinement profiter des avantages du THS sans augmenter les risques. C’est le principe même d’une prise en charge fonctionnelle !

Reprenons l’exemple précédent : oui, la femme en inflammation devrait prendre moins d’œstrogènes, MAIS aussi et surtout, elle doit prendre en charge son terrain inflammatoire !

De la même manière, on optimisera la détoxication d’une femme qui aurait une baisse de la capacité de détox des œstrogènes. Dans le cas contraire, elle prendra des hormones qu’elle ne sera pas en mesure d’éliminer correctement. Un bilan mené par un praticien en santé fonctionnelle permet d’évaluer ces dysfonctions et de les prendre en charge.

  • Le THS n’est pas possible pour toutes les femmes.

La prescription d’un THS doit être effectuée par un médecin qui aura éliminé les contre-indications (notamment les antécédents personnels et/ou familiaux de cancer hormonodépendant) et pris le temps d’expliquer à sa patiente les signes cliniques d’hyperœstrogénie qui doivent alerter la femme. En effet, la patiente est une actrice à part entière de sa santé, elle doit informer son médecin en cas d’apparition de ces signes afin d’adapter la posologie de son traitement.

Malheureusement, le traitement est parfois insuffisamment individualisé et le terrain n’est pas toujours optimisé. On comprend alors que l’évaluation du rapport bénéfice risque du THS ne peut être évalué que pour une femme donnée dans une situation donnée et que celui-ci n’est pas figé. En effet, une prise en charge fonctionnelle permettant de prendre en charge une éventuelle inflammation, d’améliorer les capacités de détoxication hépatique (entre autres) peut largement diminuer ces risques.

Hygiène de vie, alimentation, micronutrition, phytothérapie ou traitement hormonal substitutif ne sont pas des solutions opposées, elles peuvent même parfois être très complémentaires. Les recommandations doivent être individualisées. Seul un praticien formé à l’hormonologie fonctionnelle sera à même de prendre en compte l’ensemble de ces paramètres. S’il n’est pas médecin, il saura reconnaître ses limites lorsqu’elles sont atteintes et réorientera sa patiente vers un médecin formé à l’hormono. Celui-ci pourra proposer si nécessaire (et possible) un traitement adapté à sa patiente.

Traitement naturel ou traitement médical bioidentiques ? Médecin ou non-médecin ? Il n’y a pas de règles, mais autant de solutions possibles que de femmes. L’important est que nous avancions dans la même direction : celui de la mieux traitante féminine.

Guénaëlle Abéguilé – Formatrice en Santé Fonctionnelle, spécialisée en Hormonologie

(1)   Poorolajal, J.; Heidarimoghis, F.; Karami, M.; Cheraghi, Z.; Gohari-Ensaf, F.; Shahbazi, F.; Zareie, B.; Ameri, P.; Sahraee, F. Factors for the Primary Prevention of Breast Cancer: A Meta-Analysis of Prospective Cohort Studies. J Res Health Sci 2021, 21 (3), e00520. https://doi.org/10.34172/jrhs.2021.57.

(2)   Franco, O. H.; Chowdhury, R.; Troup, J.; Voortman, T.; Kunutsor, S.; Kavousi, M.; Oliver-Williams, C.; Muka, T. Use of Plant-Based Therapies and Menopausal Symptoms: A Systematic Review and Meta-Analysis. JAMA 2016, 315 (23), 2554–2563. https://doi.org/10.1001/jama.2016.8012.

(3)   Li, L.; Lv, Y.; Xu, L.; Zheng, Q. Quantitative Efficacy of Soy Isoflavones on Menopausal Hot Flashes. Br J Clin Pharmacol 2015, 79 (4), 593–604. https://doi.org/10.1111/bcp.12533.

(4)   Liu, T.; Chen, S.; Mielke, G. I.; McCarthy, A. L.; Bailey, T. G. Effects of Exercise on Vasomotor Symptoms in Menopausal Women: A Systematic Review and Meta-Analysis. Climacteric 2022, 25 (6), 552–561. https://doi.org/10.1080/13697137.2022.2097865.

(5)   Moradi, M.; Ghavami, V.; Niazi, A.; Seraj Shirvan, F.; Rasa, S. The Effect of Salvia Officinalis on Hot Flashes in Postmenopausal Women: A Systematic Review and Meta-Analysis. Int J Community Based Nurs Midwifery 2023, 11 (3), 169–178. https://doi.org/10.30476/IJCBNM.2023.97639.2198.

(6)   The effect of Hop (Humulus lupulus L.) on early menopausal symptoms and hot flashes: A randomized placebo-controlled trial – PubMed. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25982391/ (accessed 2023-07-28).

(7)   Rovinski, D.; Ramos, R. B.; Fighera, T. M.; Casanova, G. K.; Spritzer, P. M. Risk of Venous Thromboembolism Events in Postmenopausal Women Using Oral versus Non-Oral Hormone Therapy: A Systematic Review and Meta-Analysis. Thromb Res 2018, 168, 83–95. https://doi.org/10.1016/j.thromres.2018.06.014.

(8)   Mohammed, K.; Abu Dabrh, A. M.; Benkhadra, K.; Al Nofal, A.; Carranza Leon, B. G.; Prokop, L. J.; Montori, V. M.; Faubion, S. S.; Murad, M. H. Oral vs Transdermal Estrogen Therapy and Vascular Events: A Systematic Review and Meta-Analysis. J Clin Endocrinol Metab 2015, 100 (11), 4012–4020. https://doi.org/10.1210/jc.2015-2237.

(9)   Serfaty, D.; de Reilhac, P.; Eschwege, E.; Ringa, V.; Blin, P.; Nandeuil, A.; Tavera, C.; Mathieu, M. [Compliance with hormone replacement therapy in menopausal women: results of a two-year prospective French study comparing transdermal treatment with fixed oral combination therapy]. Gynecol Obstet Fertil 2003, 31 (6), 525–533. https://doi.org/10.1016/s1297-9589(03)00130-9.

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Extrait du livre : OVULATION POWER | Reprenez le pouvoir sur vos troubles hormonaux par Guénaëlle Abéguilé

Extrait du livre

OVULATION POWER
Reprenez le pouvoir sur vos troubles hormonaux

Partie 1 : the OVULATION POWER

Lorsque l’on demande à une femme de nous parler de ses cycles menstruels, nous nous exposons généralement à un rictus, une grimace, un soupir, un agacement ou bien encore un long silence. Ces expressions traduisent différentes émotions propres à chaque femme. Elles sont le reflet de leur vécu, leur éducation, mais aussi des idées reçues sur les cycles féminins.

Comment ce processus physiologique, acteur de la santé de la femme, aboutissant à la procréation, indispensable à la survie de l’espèce, peut-il être synonyme de souffrance, gène, dégout, tristesse ? Comment cette machinerie hormonale incroyablement sophistiquée peut-elle être aussi mal considérée ?

Pour pouvoir considérer un processus à sa juste valeur, faut-il encore le connaître ? Contrairement à ce qu’elles croient, très peu de femmes connaissent leur cycle. Et pour cause, il est mal enseigné, mal compris, plein de tabous et d’idées reçues. La preuve la plus évidente est son nom : LE CYCLE MENSTRUEL.

Cycle menstruel : vous trouvez ça beau ? J’avoue que lorsque je l’écris, je dois légèrement froncer les sourcils. Menstruel fait référence aux menstruations : les règles, les menstrues, les ragnagnas, les bringues, ou bien encore les « trucs » …. Tous ces mots familiers, plus laids les uns que les autres, voici ce à quoi la femme pense lorsqu’on fait référence à son cycle menstruel. Il n’y a pas de quoi esquisser un sourire !

En effet, lorsque vous demandez à une femme, combien de temps durent ses cycles, elle vous répond une fois sur deux : entre 3 à 7 jours. Elle confond alors son cycle menstruel avec sa période de règles.

Les menstruations ne sont pourtant qu’un évènement annexe au cycle. Elles ne sont que la conséquence d’une incroyable aventure hormonale dont l’épisode central est L’OVULATION.

Il est vrai que la femme repère plus facilement ses règles que son ovulation. On comprend que la présence de sang explique aisément ceci. Mais la mauvaise considération du cycle est largement entretenue par l’éducation, l’enseignement, le matraquage marketing, les lobbyings pharmaceutiques, le patriarcat, qui ont tous intérêt à présenter le cycle aux femmes de manière erronée.

Redorer le blason du cycle serait, redonner le pouvoir aux femmes, pointer du doigt les véritables responsables des troubles hormonaux féminins. Le limiter à sa vision de « cycle menstruel », simplifie l’enseignement, élargit les indications de prescription de pilule contraceptive. Mettre des œillères sur l’évènement central du cycle, donne le sentiment aux hommes de détenir le pouvoir, ou du moins, nous fait croire qu’on ne peut pas rivaliser. Ne dit-on pas d’un homme charismatique, entrepreneur : « Il a une sacrée paire de couilles ! » ?

Et si vos ovaires, mesdames, n’avaient rien à envier aux gonades de ces messieurs ? Et si les moments où vous vous sentez forte, belle et toute-puissante étaient la conséquence de votre activité ovarienne ? Et si nous laissions nos ovaires exprimer leur plein potentiel ?

Pourquoi un homme est -il si fier de parler de ses testicules, tandis qu’une femme ignore le POUVOIR tout-puissant de ses ovaires ! Nous aussi, mesdames, nous avons une sacrée paire d’ovaires. Vous en faire prendre conscience ? Tel est la mission de ce livre !

Pour en être intimement convaincue et cultiver le plein potentiel de vos gonades, il est essentiel de reconsidérer le cycle à sa juste valeur, de replacer ses différents évènements à leur juste place.

L’ovulation étant l’épisode dominant le cycle, nous ne parlerons plus de cycle menstruel, mais bien, de cycle ovulatoire. Les ovaires méritent de sortir de l’ombre : elles sont les héroïnes de notre aventure.

Dans la première partie de ce livre, nous étudierons ce qui se passe aux différents moments du cycle. Chaque épisode permettra de prendre conscience de l’impact de chacune de ces phases sur la santé physique et psychique de la femme. La connaissance du cycle nous permettra de transformer les particularités propres à chaque instant en véritable atout dans le développement personnel de la femme.

Pour mieux aborder le cycle, j’ai choisi de le découper en 5 phases. Ce n’est pas une classification qui existe, mais c’est celle qui me semble la plus fonctionnelle. Chacune de ces phases se caractérise par un climat hormonal particulier.

Ces phases sont narrées dans un récit à 3 voix :

  • Au cœur de vos ovaires, le follicule ovarien nous raconte les différentes étapes de son incroyable course à l’ovulation.
  • Laura refait le point sur sa journée. Comme toutes les femmes en activité ovarienne, son tempérament, son humeur, ses réflexions, ses envies, ses doutes, sa sensibilité et ses performances physiques évoluent au cours du cycle. Elle observe ses fluctuations intrigantes, sans trop les comprendre et sans les mettre en lien avec ce qui se passe au cœur de ses ovaires.
  • Enfin, en tant qu’expert du cycle, je vous explique le lien entre Laura et ses ovaires. Vous comprendrez la formidable magie hormonale du cycle qui fait de nous des femmes non-lisses, non-stables, non-linéaires, des femmes parfaitement imparfaites. La compréhension du cycle permet de mieux s’approprier les particularités de chaque phase pour en faire une force, pour mieux se réaliser en tant que femme.

Rappelons que la 1re partie est consacrée au cycle physiologique. Nous parlons donc ici du cycle où l’ovulation est de qualité.

Si vous faites partie de ces femmes chanceuses qui ovulent bien, vous vous reconnaitrez probablement dans le récit de Laura.

Si ce n’est pas le cas (ou si vous prenez une contraception hormonale), ce sera peut-être pour vous le but à atteindre ! Voici un avant-goût de ce qui vous attendra quand vous aurez retrouvé le pouvoir de vos ovaires !

Si vous êtes prête à vous reconnecter avec vos ovaires, retrouvez moi pour la suite de cette aventure : sortie du livre en octobre 2023 !!!

Guénaëlle Abéguilé, Consultante et formatrice en santé fonctionnelle – Cofondatrice de DFM Formations

Place des analyses avec la vision Hormon’holistiK par Guénaëlle Abéguilé

En tant que praticien en santé fonctionnelle, je reçois régulièrement ce genre de demande de la part d’individus inconnus : « Madame, que pensez-vous de mes analyses biologiques ? » ; « Que dois-je faire pour améliorer ma biologie ? ».

Ma réponse est toujours la même : « Je n’en sais rien ».

Cette réponse est alors souvent perçue comme de la rétention d’informations, voire de l’incompétence.

En termes d’analyses fonctionnelles, je reste persuadée que cette réponse est la seule à être juste et que toute autre réponse est au mieux, approximative, au pire, preuve de notre incompétence et risque de conduire à des conseils inefficaces, voire contre-productifs !

J’ai choisi d’illustrer ma réponse dans mon domaine de prédilection : l’hormono fonctionnelle. Ceci est toutefois applicable à l’ensemble des autres analyses fonctionnelles.

Pourquoi interpréter une biologie sans connaître le contexte peut-il conduire à des conseils contre-productifs ?

Prenons l’exemple d’un dosage d’hormones ovariennes : œstradiol, progestérone, ainsi que leur donneur d’ordre, les hormones hypophysaires FSH et LH.

Une femme me tend sa biologie afin de connaître mon avis.

1re erreur de ma part : je regarde son analyse. En effet, peu importe ce que j’y vois, je lui répondrai la même chose : « Je n’en sais rien ».

Son œstradiol est à 350 pg/ml et sa progestérone à 1,5 ng/ml. On serait tenté de dire : « Ici, c’est clair, il y a un fort déséquilibre œstroprogestatif en faveur des œstrogènes ! ». On imagine alors une femme avec de belles courbes féminines, mais souffrant de syndrome prémenstruel avec mastodynie, rétention d’eau, maux de tête, irritabilité, etc…

Je poursuis ma lecture, je vois la LH à 35 UI/L et la FSH à 10. Lorsque le rapport LH/FSH est supérieur à 1, il y a risque d’excès d’androgènes. En effet, la LH pousse les ovaires à produire de la testostérone tandis que la FSH favorise l’expression de l’enzyme qui les convertit en œstradiol. Ainsi, lorsque le rapport LH/FSH est élevé, le rapport testostérone/œstradiol devrait également l’être. On imagine alors cette femme également très androgénique qui pourrait souffrir de chute de cheveux, d’acné et de pilosité excessive. Elle doit être insulinorésistante, car l’insuline augmente la LH ! BINGO, en regardant l’analyse, je sais tout sur cette femme qui me tend l’analyse biologique : elle doit avoir un ventre gras (insulinorésistante), des seins volumineux (hyperœstrogéniques) et poilus, être chauve et pleine de boutons (hyperandrogénique)… Je regarde alors la personne au bout de ce bras qui me tend cette biologie… et découvre une jeune femme qui ne correspond pas du tout à ce que me dit sa biologie.

Que dois-je penser ?
  • Elle porte une culotte ultra gainante, à subit une réduction mammaire et possède un super fond de teint ultra couvrant, tout en restant ultra naturel ?
  • Je n’ai pas tout compris aux analyses biologiques ?

Pour interpréter une analyse biologique, de nombreux renseignements au sujet du patient ainsi qu’une bonne connaissance de la physiologie sont indispensables ! En aucun cas, il n’est possible d’interpréter une analyse sans ces informations capitales !

Je prends alors un peu de recul et lui pose la question :

À quel moment du cycle avez-vous fait cette analyse biologique ?

En effet, l’équilibre œstroprogestatif n’est interprétable que 7 jours après l’ovulation, lorsque la progestérone est à son maximum !

Elle me répond avoir fait son analyse 21 jours après le 1er jour des règles.

J’ai appris que la femme ovule à J14.  L’analyse étant faite à J21, elle a donc bien ovulé 7 jours avant.

BINGO ! L’analyse est bien interprétable, mes hypothèses sont bonnes !

Je peux lui dire qu’elle souffre d’un déséquilibre œstroprogestatif et certainement d’une hyperandrogénie. Je lui demande alors la marque de son fond de teint !

Pour ne pas en rester là, je lui propose des stratégies de prise en charge. Pour son déséquilibre œstroprogestatif, je lui donne des conseils pour abaisser sa production d’œstrogènes et je lui recommande également des plantes progestatives à prendre en deuxième parti du cycle.

Pour son rapport LH/FSH augmenté responsable de son hyperandrogénie bien camouflée, je suspecte la responsabilité de l’insuline, je lui conseille alors de réduire ses charges glycémiques.

Fière de moi, je me dis qu’elle a eu de la chance de croiser mon chemin… Je poursuis également le mien, la tête haute direction Séphora.

Pourquoi ce fond de teint n’aura pas l’effet escompté ?

En rentrant de chez Séphora, j’applique ce fond de teint, qui chez moi n’a pas du tout le même effet.

Je me dis :

  • Cette femme doit faire de la rétention d’informations, elle ne veut pas partager ses secrets de beauté.
  • J’accepte l’idée de ne pas maîtriser totalement le sujet et je me remets en question.

Je prends mon téléphone et l’interroge davantage sur son cycle. Ses cycles sont réguliers, mais de 35 jours. Je comprends alors qu’elle n’avait pas encore ovulé lors de son analyse biologique ! Elle a fait l’analyse en période préovulatoire ! L’interprétation est alors complètement différente ! L’ovulation nécessite un pic de LH, qui lui-même nécessite un pic d’œstradiol. Les valeurs d’œstradiol et de LH élevées indiquaient simplement que cette femme était en train de préparer son ovulation ! Ceci explique aussi alors que sa progestérone était basse. Je comprends que, lorsqu’elle m’a demandé mon avis, j’aurai dû lui répondre « je n’en sais rien » ! Je lui aurai évité d’acheter des compléments inefficaces, voire contre-productifs, et je n’aurai pas acheté ce fond de teint !

Avec mes conseils pour abaisser sa production d’œstrogène, je risque alors de la mettre en hypoœstrogénie et d’altérer davantage son cycle !

Que dois-je alors retenir de cette expérience ?
  • Cette femme n’est pas normale, car elle ovule à J21-22
  • On m’a appris n’importe quoi à l’université : une femme n’est pas un robot qui pond à J14

OK, je commence à comprendre la nécessité d’interpréter les analyses biologiques en fonction de la période du cycle.

Malgré la preuve de mon incompétence, elle n’est pas rancunière, et souhaite toujours avoir mon avis sur sa biologie.

Afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs, je m’intéresse davantage à elle et l’interroge sur ses signes cliniques. Elle souffre en effet de syndrome prémenstruel (SPM). Avant chaque menstruation, elle a mal aux seins et prend 2 kg d’eau. Je sais que ces signes cliniques traduisent un déséquilibre œstroprogestatif. Je lui conseille alors de refaire un dosage d’œstradiol et progestérone, non pas à J21, mais 7 jours après son ovulation. Je lui explique comment reconnaître son ovulation.

(Pour en savoir plus sur l’observation du cycle, je vous invite à regarder cette vidéo, et à lire cet article.)

Quelque temps plus tard, elle revient avec sa biologie. Elle a bien perçu son ovulation et a effectué son analyse 7 jours plus tard.

Avec ses signes cliniques, j’imagine son dosage œstradiol au plafond.  Surprise : il n’est qu’à 150 pg/ml !

J’avais anticipé cela. En effet, nous savons qu’une hormone ne peut jamais être considérée seule ! Elle est toujours à interpréter en fonction des autres hormones avec lesquelles elle interagit. En l’occurrence, la progestérone contrebalance les effets des œstrogènes. Ainsi, un syndrome prémenstruel (SPM) est lié au déséquilibre œstroprogestatif qui provient soit d’un excès d’œstrogènes, soit d’un déficit de progestérone. Ici, les œstrogènes sont normaux bas, j’imagine alors que son SPM est lié à un défaut de production de progestérone.

Nouvelle surprise, la progestérone est excellente à 20 ng/ml : digne d’une ovulation de compet’ !

L’analyse biologique ne va donc pas du tout dans le sens que j’avais imaginé ! Il n’y a clairement pas de déséquilibre œstroprogestatif  !

Que vous dites-vous :

  • Son SPM : c’est clairement dans sa tête !!!
  • Je ne maîtrise visiblement pas tout… Je cherche à comprendre ce qui pourrait expliquer que cette femme souffre de SPM malgré cette biologie.
Qu’est-ce qui pourrait alors expliquer cette discordance clinique/biologique ?

Nous savons maintenant qu’il existe des discordances entre le statut biologique hormonal et l’impact des hormones sur nos tissus. Nous parlerons alors de la notion d’imprégnation hormonale. Celle-ci est le reflet de l’effet de nos hormones sur les tissus cibles. L’imprégnation hormonale est bien sûr dépendante de la quantité d’hormone, mais pas que. La quantité d’hormone n’est qu’un facteur favorisant l’imprégnation hormonale parmi de nombreux autres ! Ainsi, toute discordance entre la clinique et la biologie doit nous interroger sur ces autres facteurs.

L’imprégnation hormonale est une notion beaucoup plus fonctionnelle, plus globale, plus réaliste que la simple notion de quantité identifiable à la biologie.

Revenons à notre cas clinique : quels sont les paramètres pouvant augmenter l’imprégnation en œstrogène ?

Outre le déficit de progestérone, déjà éliminé, les autres facteurs influençant l’imprégnation œstrogénique sont :

  • Les transporteurs hormonaux :

Le dosage d’œstradiol correspond au taux total d’œstradiol : c’est-à-dire à la quantité d’hormones liées à leurs transporteurs additionnée des hormones libres, non transportées.  Seule la fraction hormonale libre est active !  Il est alors intéressant de vérifier si le taux de transporteur n’est pas abaissé, ce qui expliquerait que la fraction libre active soit augmentée et pourrait donc être responsable de cette forte imprégnation œstrogénique.

Le dosage SHBG est ici de 70 nmol/L, ce qui est tout à fait optimal. L’hypothèse pour cette femme est rejetée.

  • La sensibilité des récepteurs :

Vous savez que nous ne réagissons pas tous de la même manière à l’insuline ? Certains patients doivent produire 3 fois plus d’insuline que d’autres pour normaliser leur glycémie !

Pour les autres hormones, c’est pareil !

Nous sommes tous plus ou moins sensibles à chaque hormone. Concernant les œstrogènes, les raisons sont multiples, parmi lesquels : les polymorphismes génétiques, l’inflammation, le statut en iode, en progestérone…

En poussant l’enquête, nous découvrons que cette femme à un très fort déficit en iode ! Sa iodurie indique 20 ug/L ! Ceci explique une hypersensibilité aux œstrogènes !

BINGO !!! En normalisant le statut en iode, nous la rendrons moins sensible aux œstrogènes ! Ainsi même si sa production hormonale reste identique, sa clinique peut être considérablement améliorée !

Le raisonnement commence à être plus satisfaisant, nous commençons à percevoir la différence entre le taux d’hormones produites et la notion d’imprégnation hormonale. Après avoir repéré une discordance entre la clinique et la biologie, mais nous avons trouvé une explication. La carence en iode, serait-elle la seule responsable ?

Lorsque nous repérons un responsable, nous faisons souvent l’erreur de penser que cette dernière explique l’ensemble des dysfonctions. Sauf exception, les dysfonctions sont toujours plurifactorielles. Rares sont les cas où un paramètre est dans le rouge et l’ensemble des autres dans le vert. La plupart du temps, nous aurons quelques paramètres verts, quelques autres rouges, mais la grande majorité dans l’orange. Il est alors judicieux d’évaluer l’ensemble des critères pouvant être responsables de la dysfonction repérée. Poursuivons alors notre enquête.

Quels autres facteurs peuvent augmenter l’imprégnation œstrogénique ?

  • Évaluation des autres ligands des récepteurs aux œstrogènes :

Les œstrogènes ne sont pas les seules molécules à se fixer sur leurs récepteurs. En effet, les perturbateurs endocriniens oestrogénomimétiques tels que les bisphénols, les phtalates, les pesticides ont également la capacité à activer ces récepteurs. L’analyse biologique ne reflète absolument pas ce paramètre ! Seule l’enquête du mode de vie pourra valider cette hypothèse.

Les œstrogènes de synthèse de la pilule contraceptive ne sont pas en reste. L’éthinylestradiol de la pilule se fixe en effet sur les récepteurs aux œstrogènes et les active bien plus fortement que nos propres œstrogènes. Pourtant, la biologie de votre patiente sous pilule contraceptive indiquera un taux d’œstradiol très bas. Rappelons que la femme sous pilule contraceptive est exposée à un puissant perturbateur endocrinien oestrogénomimétique, cancérogène de 1re catégorie (pour le cancer du sein, utérus, foie/VB). Voici encore un bel exemple de la nécessité d’interpréter les analyses avec beaucoup de recul !

D’autres types de ligands peuvent à l’inverse moduler les récepteurs aux œstrogènes, il s’agit des phytoœstrogènes contenus dans les végétaux. Leurs modes d’action sont complexes, ils sont phytoœstrogènes dépendants, aliments dépendants, statut hormonal dépendant, microbiote dépendant.

La patiente ne prend pas de pilule, fait attention aux perturbateurs endocriniens, mange bio. En revanche, elle consomme peu de végétaux riches en phytoœstrogènes modulateurs, je lui conseille alors d’en consommer davantage.

  • La détoxication des œstrogènes :

Enfin, suivant notre bagage génétique, épigénétique, notre exposition aux polluants, notre statut micronutritionnel, notre fonction thyroïdienne, nous ne détoxiquons pas nos œstrogènes de la même manière. La détoxication hépatique se fait en 2 phases.

Au niveau de la première phase de détoxication, certaines femmes fabriquent beaucoup de molécules intermédiaires, très œstrogéniques (les 16 OH œstrones), d’autres parviennent difficilement à les conjuguer au niveau de la 2e phase. Enfin, certaines gèrent très bien ces 2 phases, mais possèdent un microbiote qui favorise la recapture des œstrogènes qui étaient sur la voie de l’élimination.

Notre enquête clinique, complétée de certaines investigations biologiques, peut parfaitement compléter le bilan. Dans ce cas clinique, la phase 2 ainsi que la phase d’élimination se passaient bien. En revanche, lors de la phase 1, la patiente synthétise beaucoup de 16 OH œstrones. En effet, son rapport 2/16 OH est abaissé. Je lui administre alors une phytothérapie adaptée favorisant la voie du 2OH œstrones (molécules intermédiaires protectrices peu œstrogéniques).

Pour résumer ce cas clinique 

Cette femme souffrait de déséquilibre œstroprogestatif. Son analyse hormonale postovulatoire indiquait que les responsables n’étaient ni un excès d’œstrogènes ni un déficit de progestérone. Cette discordance clinique/biologie nous invite alors à explorer les autres facteurs augmentant l’imprégnation œstrogénique. Parmi ceux-ci, nous avons repéré chez la patiente un défaut de modulation des œstrogènes par insuffisance de consommation de phytoœstrogènes, une hypersensibilité des récepteurs aux œstrogènes par déficit d’iode, et un trouble de la détoxication conduisant à la synthèse de molécules intermédiaires hyperœstrogéniques. On comprend donc que les recommandations effectuées n’auront rien à voir avec ce que nous avions fait en première intention suite à l’interprétation biaisée de la 1re analyse ! Seule la prise en charge causale sera efficace. Elle permettra alors de faire disparaître le syndrome prémenstruel de cette femme. Elle bénéficiera également d’effets secondaires collatéraux : optimisation de la fonction thyroïdienne, protection hépatique, et même prévention de l’apparition d’un cancer hormonodépendant.

Ce cas clinique illustre bien la vision globale à développer lors de l’investigation fonctionnelle d’une analyse biologique.

Lorsque le praticien répond « je n’en sais rien » à une personne qui lui demande d’interpréter sa biologie en dehors d’une consultation, ce n’est en aucun cas de la rétention d’informations ! Cette réponse fait preuve au contraire de compétence. Les mécanismes qui sous-tendent l’équilibre hormonal sont tellement complexes, qu’ils ne peuvent en aucun cas être identifiables à l’analyse biologique seule.

Si vous ne souhaitez pas un praticien qui pense que vous cachiez vos boutons derrière un fond de teint, n’acceptez pas un praticien qui vous fait croire qu’il a la solution à vos problèmes après avoir jeté un œil à votre biologie.

Guénaëlle Abéguilé, Consultante et formatrice en santé fonctionnelle – Cofondatrice de DFM Formations – auteure du livre « Troubles Hormonaux reprenez le pouvoir« 

Pour aller plus loin :

Pratik Fonctionnelle en Hormono Médicale

Améliorer la prise en charge de l’équilibre œstroprogestatif grâce à l’assiette

Intolérant à tout, tolérant à rien, le point de vue de la santé fonctionnelle : Et si c’était les surrénales ? par Guénaëlle Abéguilé

En tant que praticien en micronutrition, j’imagine que vous rencontrez souvent des patients qui ne tolèrent plus rien ! « Je ne sais plus que manger, tout me rend malade ». Nausées, ballonnements, diarrhées, constipations, vomissements, maux de tête, fatigue, peu importe ce qu’ils ingèrent, plus rien ne passe, tout provoque souffrance et désespoir.

Ils cumulent alors tout type de régime d’éviction. Ils commenceront souvent par éliminer le gluten, ils ressentiront un soulagement, mais les troubles digestifs ne tarderont pas à revenir. Et si c’était le lactose ? Et c’est au tour de l’éviction des produits laitiers ! De la même façon après une période de répit, les troubles reviendront. Ils seront certainement de plus en plus fréquents et de plus en plus invalidants.  Surfant sur le net à la recherche de solutions, à la lecture des différents témoignages, ils chercheront L’aliment ou LE composant de l’aliment dont l’éviction fait des miracles. Et si c’était l’histamine ? Les lectines ? Les FODMAPs ? C’est ainsi que ces patients parviendront à éliminer un peu près tout de leur alimentation…

S’en suit de la fatigue liée aux carences provoquées par ces régimes toujours plus restrictifs, des dysfonctions métaboliques, endocriniennes, neuropsychiques, dysimmunitaires…

Ces patients en mode survie recherchent désespérément des solutions à leurs problèmes. En errance médicale, ils font partie des incompris de la médecine. C’est dans ce cadre qu’ils parviennent dans votre cabinet.

Que lui proposerez-vous pour le soulager ? Ne serait-il pas mieux sans oxalates ? Sans sulfites ? Allez-vous de nouveau leur proposer un énième régime d’éviction ? Des compléments alimentaires ? Vous remarquerez d’ailleurs que ces patients tolèrent généralement très peu de compléments.

Et si l’aliment n’était pas en cause ?

Avez-vous pensé à explorer les surrénales ?

Les surrénales sont des glandes endocrines qui sécrètent différentes hormones dont le fameux cortisol. Cette hormone couramment appelée « hormone du stress », car sécrétée en réponse au stress, est souvent perçue comme une hormone délétère.

Et pourtant le cortisol est l’hormone nous permettant de faire face au stress ! Il nous permet d’affronter toutes les situations la tête haute ! Ainsi, en cas de déficit de cortisol, nous ne sommes plus aptes à réagir face au stress, nous n’avons plus les ressources nécessaires pour le faire !  Cette situation se rencontre en cas de fatigue des glandes surrénales.

S’en suit une fatigue intense, des sensations d’épuisement, de confusion, un brouillard mental, une hypotension. Ces patients à bout de force ne parviennent plus à affronter les événements de la vie quotidienne. Le moindre imprévu, la moindre contrariété prend des proportions inimaginables, tout leur paraît insurmontable. « Je ne suis plus capable de…. ».

Fatigue surrénalienne – baisse de cortisol : Quel rapport avec les intolérances ?

J’y arrive ! Et vous verrez que les liens sont nombreux !!!!

Tout d’abord, en tant qu’anti-inflammatoire naturel, on comprend que lorsque le cortisol vient à manquer, le patient sera bien plus vulnérable aux inflammations. Ceci peut notamment contribuer à l’inflammation digestive.

De nombreux autres liens existent entre perte de tolérance digestive et fatigue surrénalienne. Une partie des explications se trouvent dans les mécanismes adaptatifs de régulation du cortisol.

Cortisol bas – tentative de régulation centrale :

Par principe homéostasique, lorsque les surrénales fatiguent et diminuent leur production de cortisol, l’organisme va tout faire pour réguler la situation.

Les surrénales s’endorment, le cerveau va tenter de les réveiller, de les booster afin qu’elles relancent leur production hormonale !

En langage plus physiologique : l’axe hypothalamo-hypophysaire, tour de contrôle du système endocrinien, va stimuler davantage les surrénales afin de leur donner l’ordre de remonter le cortisol. Pour ce faire, l’hypothalamus (qui contrôle l’hypophyse) va produire une forte quantité de CRH (Cortisol Releasing Hormone), qui à son tour stimulera la production d’ACTH au niveau de l’hypophyse (qui contrôle les glandes périphériques, dont les surrénales). L’ACTH pourra alors à son tour stimuler les surrénales. Mais…. C’est peine perdue… Les surrénales sont à plat… L’hypophyse a beau crier, les surrénales ne réagissent pas. Les réserves sont vides, le cortisol ne remonte pas : c’est la fatigue surrénalienne.

On se retrouve alors avec une CRH élevée et un cortisol qui reste bas.

Nous avons déjà vu qu’un taux de cortisol bas entraînait de nombreuses dysfonctions, mais à cela s’ajoute les désagréments provoqués par la montée de la CRH.

Quelles sont les dysfonctions entraînées par la hausse de la CRH ?

À haute dose, la CRH stimule la synthèse d’une hormone appelée somatostatine (ou GHIH pour Growth Hormone-Inhibiting Hormone). Cette hormone est connue pour inhiber l’hormone de croissance. Son action ne se limite pas à cela, la somatostatine est une hormone inhibitrice à large spectre.

Lorsqu’elle est en excès, elle va inhiber la TSH, l’hormone qui stimule la thyroïde. La TSH s’abaisse, la thyroïde est alors mise au repos, elle diminue sa production d’hormones thyroïdiennes. Le patient a donc une TSH basse malgré des hormones thyroïdiennes basses : c’est l’hypothyroïdie centrale. Le médecin qui persiste dans la croyance que la TSH est un bon marqueur du fonctionnement thyroïdien passera complètement à côté…. Cela dit, vous l’aurez compris, l’hypothyroïdie est ici une conséquence de la dysfonction maitresse : la dysfonction surrénalienne !

Les hormones thyroïdiennes étant essentielles à la digestion (notamment via la synthèse d’acide chlorhydrique gastrique ou bien encore via l’activation du péristaltisme intestinal), on comprend alors que ces patients se plaindront d’un défaut de vidange gastrique, de constipation, de lenteur digestive. À cela s’ajouteront bien entendu de nombreux autres signes cliniques caractéristiques de l’hypothyroïdie.

Ceci illustre parfaitement un des nombreux liens existants entre thyroïde et surrénales.

Pour comprendre davantage le fonctionnement thyroïdien, je vous invite à lire mon article intitulé « Hypothyroïdie, le point de vue de la santé fonctionnelle »

Et ce n’est pas tout, la somatostatine va mettre la pagaille au niveau de toutes les fonctions digestives :

Elle va inhiber les hormones produites au niveau du duodénum (1re partie de l’intestin grêle). Vous avez probablement entendu parler de ces hormones : cholécystokinine (CCK), sécrétine et même la motiline. De doux noms pour de formidables hormones !

La sécrétine et la CCK, agissent en synergie pour permettre la synthèse et l’excrétion dans les voies digestives, de la bile et des sucs pancréatiques. Ainsi en cas de fatigue surrénalienne, les fonctions digestives biliaires et pancréatiques peuvent être grandement impactées.

Avec une insuffisance biliaire, impossible de digérer et d’absorber les graisses. Dès qu’il en consommera, le patient sera écœuré, barbouillé, ses selles deviendront collantes, salissantes.

Les sucs pancréatiques quant à eux digèrent absolument tout : glucides, lipides et protéines ! Ainsi les capacités digestives du patient seront très rapidement dépassées. Le patient diminuera ses rations et aura l’impression de digérer de moins en moins.

La motiline, quant à elle, permet entre autres d’activer le complexe moteur migrant (CMM). Ce dernier s’active à distance des repas, et permet de chasser les résidus alimentaires de l’intestin grêle. Ainsi les aliments ne stagnent pas, ils poursuivent leur chemin vers le colon. Ceci permet d’éviter un développement excessif des bactéries et donc de fermentation dans cette partie de l’intestin.

En cas de fatigue surrénalienne, il est donc probable que le patient se plaigne de ballonnements intenses et souvent douloureux rapidement après le repas. En effet, tous les facteurs sont réunis pour que les bactéries fermentent dans le grêle ! Pourquoi poursuivraient-elles leur chemin jusqu’au colon si les conditions sont optimales à leur développement en amont : pas de sécrétion biliaire corrosive, pas d’acide chlorhydrique déversé et plein d’aliments servis sur un plateau d’argent alors que dans le côlon elles devraient se satisfaire des « restes ». Vous l’avez reconnu : ceci fait alors le lit du… SIBO. Votre patient se sentira soulagé par les régimes sans FODMAPs, en revanche en aucun cas celui-ci ne résoudra la fatigue surrénalienne qui est ici la cause maitresse de tous ses problèmes.

Loin de moi de dire que tous les SIBO sont liés à des insuffisances surrénaliennes ! Cependant lorsque le tableau clinique est évocateur, il me semble essentiel de pousser l’investigation.

Pour clôturer cet article, terminons par expliquer un dernier lien, et pas des moindres, entre fatigue surrénalienne et troubles digestifs : l’histaminose

Le cortisol n’est pas qu’un anti-inflammatoire, c’est également une molécule antiallergique. Un des mécanismes d’action lui conférant cette propriété est sa fonction de « modulateur mastocytaire ». Les mastocytes sont les cellules immunitaires sécrétrices d’histamine. Cette dernière est libérée lorsque le mastocyte est activé. Cette activation peut être déclenchée par des antigènes alimentaires, des virus, les lectines, l’alcool, des médicaments comme la pilule contraceptive, les AINS, des myorelaxants… L’histamine libérée en quantité provoque alors différents types de symptômes caractéristiques des allergies tels que des démangeaisons, le nez qui coule, des rougeurs, les yeux et lèvres qui gonflent. L’histamine en excès peut également entraîner des signes neuropsychiques tels que de l’anxiété, des insomnies, de l’hyperexcitabilité ou bien encore des signes digestifs tels que des diarrhées, du reflux, des nausées, voire des vomissements.

Par ailleurs, en abaissant le seuil d’excitabilité neuronal, l’histamine en excès entraîne une hypersensibilité viscérale. Ainsi un stimuli censé ne pas déclencher de douleur peut être perçu comme douloureux pour les personnes ayant trop d’histamine. S’en suivent des douleurs abdominales, des spasmes.

Le cortisol permet de moduler l’activation des mastocytes et donc de diminuer leur sécrétion d’histamine. Ainsi, lorsque le cortisol vient à manquer, les mastocytes s’excitent pour un rien ! Ainsi le moindre stress, l’alcool, les lectines, le gluten ou autres antigènes alimentaires, vont entraîner un relargage excessif d’histamine. Bourré d’histamine, le patient remarquera alors que lorsqu’il suit un régime pauvre en histamine et en aliments activateurs des mastocytes, il se sentira soulagé. Il éliminera de nouveau de nombreux aliments de son assiette.

N’ayant pas traité l’origine de l’activation mastocytaire, ce répit ne sera que de courte durée. La cause maitresse étant, encore une fois, dans ce cas de figure, l’insuffisance surrénalienne. Tant qu’elle ne sera pas prise en charge, le cortisol restera bas et entraînera de nombreuses autres dysfonctions.

En résumé :

Nombreux sont nos patients en errance médicale qui souffrent de troubles non compris et surtout, non considérés. À la recherche de solutions, certains pratiquent des évictions alimentaires mettant en danger leur santé pour des résultats non satisfaisants.

En entraînant de multiples dysfonctions, telles que de l’inflammation, une hypothyroïdie, une histaminose, une altération de la synthèse et de l’excrétion des enzymes digestives,  l’insuffisance surrénalienne peut expliquer la perte de tolérance digestive de bon nombre de nos patients.

Seule, la mise en évidence clinique et biologique de la cause maitresse et sa prise en charge sera efficace. Elle permettra au patient de retrouver ses capacités digestives de manière pérenne.

Guénaëlle Abéguilé, Consultante et formatrice en santé fonctionnelle – Cofondatrice de DFM Formations, auteure du Livre « Troubles Hormonaux reprenez le pouvoir« 

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