La consultation fonctionnelle assistée par l’IA par Bruno Mairet

Quand le business de la santé envahi nos pratiques ou la médecine fonctionnelle « pousse bouton »

L’IA doit guider votre santé et non plus le monde des humains 

Avez-vous vu cette campagne publicitaire1  pour une célèbre marque de smartphone et sa montre de santé connectée ? Bien sûr, de très nombreuses montres existent sur le marché, qui la plupart monitorent les mêmes paramètres biologiques : fréquence cardiaque, ECG, qualité du sommeil, activité physique, variabilité de la fréquence cardiaque, saturation en oxygène, etc… L’une des valeurs ajoutées de la marque vantée par cette nouvelle publicité est l’intégration des données par une application santé ultra performante dopée à l’IA. Le clip publicitaire met en scène une jeune femme qui est harcelée par des conseils santé que lui prodigue son entourage. Ainsi alors qu’elle patiente sagement sur un trottoir devant son coffee truck pour acheter son café matinal, un inconnu lui dit « Tu sais le café fait grimper le cortisol ». Puis un autre l’interpelle depuis sa voiture « Hé, rester debout abîme tes genoux » … Elle est ainsi bombardée par une dizaine de conseils avant qu’une notification de sa montre connectée vienne la « sauver » et lui donner l’instruction santé qu’il lui faut ! Personnalisée, réelle, instantanée. Le slogan qui apparaît alors à l’écran « Listen to your body, not everybody » (je le laisse en anglais, car il y a évidemment le jeu de mot qui sonne bien pour un slogan publicitaire). Le message est donc le suivant. Pour votre santé, n’écoutez plus les conseils humains qui pour la plupart sont débiles, mais suivez les recommandations de la montre et son IA. Bien sûr, il y a une certaine vérité dans ce message, car nombreux sont les conseils quotidiens reçus tout au long d’une journée par diverses relations, les réseaux sociaux, les médias qui sont effectivement débiles ! Mais pour autant, le message final reste le suivant : « l’IA doit guider votre santé et non plus le monde des humains ». Et cette injonction-là s’impose au grand public, aujourd’hui, incontournable.

Le business de la santé préventive

Voyons un autre exemple, qui fait davantage écho à notre activité de médecine ou santé fonctionnelle. Connaissez-vous Lucis.life votre compagnon santé2 ? Il s’agit d’une start-up française de santé préventive personnalisée. Le concept proposé par cette entreprise est proche de la montre connectée boostée à l’IA, mais en allant beaucoup plus loin avec des données biologiques. Le site propose en ligne l’achat d’une forme d’abonnement annuel à 490 euros proposant une évaluation initiale de 100 marqueurs biologiques, et une évaluation de suivi 6 mois plus tard de 60 marqueurs. Entre-temps bien sûr le patient suivra les conseils prodigués par leur IA qui aura interprété toutes les données biologiques (rassurez-vous avec la validation d’un humain, médecin accrédité !). Ainsi, Lucis donnera des conseils de nutrition, d’exercice physique, de sommeil, de supplémentation et de santé mentale…). Il y aurait beaucoup à dire sur le choix des 100 (ou 120 ou 180 peut-on même lire parfois !) marqueurs, mais tel n’est pas mon propos aujourd’hui. Ce type de proposition en santé préventive renforce bien évidemment le puissant slogan : « l’IA doit guider votre santé et non plus le monde des humains ». Car ne soyons pas naïf, la part d’intervention du pauvre médecin humain qui est derrière l’IA Lucis sera minime (et de plus en plus au fil des semaines et des mois à venir).

Vous pensez que je digresse sur des propositions commerciales anecdotiques. Que nenni ! Un article des Echos3 du 26 mai 2026 fait un état des lieux du gigantesque marché des start-up de santé préventive. Lucis.life par exemple vient de faire une levée de fond de 20 millions d’euros pour son développement avec des investisseurs réputés. Ils passent clairement à la vitesse supérieure. Par ailleurs, de nombreux centre de prévention santé4 5 se sont créé ces derniers temps toujours basés sur des principes similaires : des biologies ou des tests, beaucoup d’IA et un peu d’humains (quand même !). Et puis Lucis n’est seule, d’autres applications6 veulent une part du gigantesque gâteau du business de la santé IA (selon un rapport7 du cabinet Global Market Insight, le segment des bilans de santé préventif est évalué à 9,2 milliards de dollars en 2025 et 18,2 milliards d’ici 10 ans). Integratome8 une autre star-up made in France, propose carrément « grâce à son Jumeau Numérique de santé, de transformer la complexité des données de santé en visualisation claire et documentée, permettant au professionnel de santé de mieux accompagner leurs patients dans une démarche de prévention ». Toujours la même recette : beaucoup d’IA saupoudrée d’humain. Et figurez-vous que sur le site, ils disent pratiquer une approche inspirée de la médecine des 6P !

Mesdames, sachez que le business de la santé ne vous oublie pas ! Une start-up a pensé à vous et notamment à votre période de périménopause que vous pouvez optimiser grâce à un check sanguin (oméga 3 et vitamine D) avec l’IA et l’application9 qui va avec bien.

Et bien sûr Google qui est toujours dans les bons coups, viennent de fusionner toutes ses applications santé dans une Unique (pour les gouverner tous !? 😉 : Google Hearth Coach. L’idée étant de faire des recommandations (coach) sur la base de données traitées par … de l’IA évidemment. À ce rythme-là, ce ne sera plus un slogan publicitaire, mais un mantra « l’IA doit guider votre santé et non plus le monde des humains ».

L’IA doit guider la santé ; ce n’est plus l’affaire du monde des humains !

Ce petit tour d’horizon était nécessaire pour montrer l’étendue du phénomène dans le grand public.  Mais rapprochons-nous maintenant de l’univers du praticien fonctionnel (médecin ou non-médecin). En tant que professionnels de santé ou professionnel du soin (naturopathe, nutrithérapeute), nous ne sommes pas trop courtisés par les start-up que l’on vient d’évoquer. En effet, nous ne sommes pas trop idiots et on peut facilement discerner que ces géants de la tech et autres marchands d’IA-santé nous piquent une partie de notre boulot. Mais d’autres acteurs nous font les yeux doux et avancent vers nous avec plus ou moins de finesse pour nous vendre aussi de la biologie clef en main ! Par exemple, nous avons eu de nombreux témoignages de praticiens fonctionnels qui ont été approchés par l’entreprise suédoise coté en bourse (donc devant rendre des comptes à des actionnaires) Zinzino10 ! Alors avec eux le concept est bien ficelé : des analyses sur gouttes de sang couplées avec la vente des compléments alimentaires qui vont avec ! La méthodologie est vendeuse puisque la goutte de sang est quasi non invasive (petite piqûre au bout du doigt) et simple. Donc « easy » pour le patient. Par contre ce type de prélèvement limite encore énormément (à l’heure actuelle) la gamme d’analyse proposées : oméga6/oméga3, quelques marqueurs sanguins du microbiote, HbA1c. À nouveau l’objet n’est pas ici de commenter le choix des analyses (sur lequel il y aurait pourtant beaucoup à dire !!), mais de montrer le business qui est fait à partir des kits proposant quelques analyses biologiques (qui envoient du rêve au patient) avec compléments à la clef !

Quand le business de la santé envahit nos pratiques

En tant que praticien fonctionnel, peut être pensez-vous que tout cela n’a rien à voir avec une bonne pratique de soin et que jamais vous ne feriez appel à des services de ce type.

Mais demandons-nous, malgré tout, si toutes nos pratiques n’ont pas tendance à être guidées rapidement et sûrement par l’injonction suivante : « l’IA doit guider la santé : ce n’est plus l’affaire du monde des humains ». 

Si l’on regarde bien autour de nous, on voit que nous avons, si nous le souhaitons, à notre disposition grâce à différents acteurs du business de la santé :

  • Des bilans cliniques automatisés, remplis par les patients en préconsultation, et traités par IA ; à la suite de quoi le raisonnement clinique peut lui aussi être assisté par l’IA (pourquoi chercher à comprendre ?)
  • Des interprétations d’analyses par des laboratoires qui proposent de connecter les données patients à Claude ou ChatGPT (mais vous pouvez aussi le faire de manière artisanale en glissant une capture d’écran des analyses du patient sur ChatGPT qui se fera un plaisir de l’interpréter)
  • Des protocoles de complémentation vendus « clef en main » (pourquoi réfléchir et mémoriser !?)
  • Des comptes rendus de consultation que l’on peut faire en quelques secondes en livrant oralement en vrac nos idées ou avec l’usage d’un Plaud (pourquoi écrire ?)
  • Des posts sur les réseaux sociaux avec des contenus IA et des images standardisées – que l’on a même plus envie de regarder tant cela manque d’identité (pourquoi créer ?). L’heure des « publications clones » qui noient les contenus des créateurs humains a sonné !
  • Et cette liste est loin d’être exhaustive… imaginons par exemple des propositions d’analyses fonctionnelles directement couplées aux résultats du bilan clinique automatisé (je serai prêt à parier que le projet est déjà dans le pipeline comme on dit dans le business).

Très vite, nous pouvons glisser vers une activité de consultant à moindre effort pour être augmenté par l’IA, pour « gagner du temps » et donc bien sûr de l’argent. Et tout cela n’est qu’un début, tant les offres de cette folie numérique sont optimisées de manière quasi hebdomadaire. On a peine à imaginer ce que sera la consultation fonctionnelle assistée par l’IA dans 1 an. Avec cette trajectoire, si nous nous engouffrons dedans, la part d’humain va inexorablement réduire.

Depuis des années, la médecine ou santé fonctionnelle s’est construite contre ce qu’elle appelait la « médecine pousse-bouton ». C’est ainsi qu’elle nommait la médecine allopathique avec peu de raisonnement et une prescription médicamenteuse automatique. Mais n’assistons-nous pas à la naissance de la médecine fonctionnelle (ou santé fonctionnelle) pousse bouton ? Bouton « envoi du questionnaire ». Bouton « interprétation du questionnaire assisté par l’IA ». Bouton « protocole ». « Bouton compte rendu IA» etc.  Sans oublier au final le « bouton cash » avec toutes les commissions collectées au passage.

Je ne sais pas vous, mais moi c’est une pratique qui me donne des… boutons !!

Et puis, il nous faut très rapidement ouvrir les yeux. II y aura (et très vite) un très gros prix à payer : être dépossédés de notre humanité ! Plus de raisonnements, plus de questionnements, plus de mémorisation, plus d’empathie et surtout un sentiment puissant et récurrent de dévalorisation à l’égard de l’omnisciente IA. Oui, je sais mon texte prend d’un coup un virage philosophique et existentiel. Mais cher lecteur, c’est qu’avec ce sujet de l’intrusion de l’IA dans notre métier, on est obligé de convoquer la pensée philosophique et sociologique.

Je vous invite à lire ou à écouter Éric Sadin un philosophe français qui analyse depuis plus de 15 ans l’impact des technologies numériques sur l’humain. Dans son dernier livre, « Le désert de nous-même11 », Mr Sadin analyse la destruction de nos facultés humaines par l’IA : la pensée, l’empathie, l’autonomie, la liberté. Toutes ces qualités qui devraient d’ailleurs énormément s’exprimer dans le métier de praticien en santé fonctionnelle qui est humainement très riche. Il y a une rencontrehumaine, un praticien empathique qui sait écouter (car ce sont souvent des patients en errance médicale), des raisonnements fonctionnels à établir en fonction du bilan clinique et des protocoles à « inventer » totalement et librement. Nombreux sont ceux qui choisissent ce métier, parce qu’il est porteur de sens et de valeurs humaines.

Alors voulons-nous vraiment que des business dopés à l’IA détruisent l’humain, nous, professionnels de santé (ou du soin) qui avons au contraire la vocation de le protéger ? 

Bruno Mairet, soutenu par l’équipe DFM (Guénaëlle & Elisa)

  1. Health with iPhone + Apple Watch [Internet]. 2026 [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://www.youtube.com/watch?v=V3J9nQzrIUk
  2. Lucis. Lucis [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Lucis — Votre compagnon santé | Comprenez votre corps. Agissez sur ce qui compte. Disponible sur: https://www.lucis.life/fr
  3. Les Echos [Internet]. 2026 [cité 30 mai 2026]. Objets connectés, agents IA… la féroce concurrence des start-up de la santé préventive. Disponible sur: https://www.lesechos.fr/start-up/impact/objets-connectes-agents-ia-la-feroce-concurrence-des-start-up-de-la-sante-preventive-2233423
  4. Vipali [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Vipali | L’expert en prévention. Disponible sur: https://www.vipali.com
  5. Zoī [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Zoī – Le check-up santé. Disponible sur: https://www.zoi.com/fr/check-up
  6. Kor – La nouvelle génération de check-up santé [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://www.kor.care/checkup
  7. Global Market Insights Inc. [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Taille et part de marché des bilans de santé, tendances de croissance jusqu’’en 2035. Disponible sur: https://www.gminsights.com/fr/industry-analysis/health-check-up-market
  8. Méthodologie. Integratome [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://integratome.com/methodologie/
  9. L’application AinohaTM Périménopause [Internet]. [cité 3 juin 2026]. Disponible sur: https://www.ainoha.com/application
  10. Inspire Change in Life | Zinzino [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://www.zinzino.com/site/fr/fr-fr/
  11. Le Désert de nous-mêmes | Les Éditions L’échappée [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/le-desert-de-nous-memes
Ce texte est rédigé sans assistance IA

Comme, il devrait être de bon ton (bien que très exceptionnellement fait) de déclarer des conflits d’intérêts lorsque l’on propose des enseignements ou des communications susceptibles d’être sous influence, je pense qu’il serait aujourd’hui absolument nécessaire et éthiquement indispensable de déclarer, si nos consultations, nos textes ou images ou sites Internet ont été réalisés ou rédigés totalement ou partiellement par (ou avec) une IA.

Pourquoi et comment faire des recherches bibliographiques ? par Nathalie Faggianelli

Pourquoi faire une étude bibliographique ?

Faire de la bibliographie est un élément important pour tout thérapeute, praticien de santé, et incontournable d’un travail de recherche. En effet, lorsque nous travaillons sur un sujet donné, que nous souhaitons rédiger un article, un livre, un mémoire ou pour creuser une question précise, nous sommes amenés à faire des recherches. De préférence, nous allons chercher dans des livres, des publications de revues spécialisées. Cette étude de la bibliographie permet d’établir « l’état de l’art des connaissances » et ainsi de ne pas repartir de zéro. Elle permet de prendre en compte ce qui a déjà été fait par d’autres, pour diffuser ce savoir tout en l’intégrant dans une continuité. Faire des recherches bibliographiques permet également de mettre en avant plusieurs approches d’un même questionnement ou d’une problématique et ainsi de comprendre les divergences d’arguments qui circulent sur un sujet controversé.

Lire régulièrement la littérature scientifique sur des sujets qui nous intéressent ou en lien avec notre travail est un moyen de se tenir informé des dernières découvertes et recherches. À l’heure actuelle, pour tout thérapeute, praticien, il est nécessaire de remettre à jour ses connaissances et de toujours rester curieux, avec un esprit critique sur ses connaissances pour progresser dans sa pratique et sa prise en charge. Cela est nécessaire pour pouvoir argumenter avec vos pairs – collègues sur un sujet avec et apporter du poids à vos propos également, et ce également en consultation avec les personnes que vous accompagnez. Vous montrez aussi que vous « maitrisez le sujet » sur lequel vous travaillez, sans dire « croyez-moi sur parole ». Donner la possibilité aux autres d’aller plus loin et d’acquérir les mêmes informations que vous, sans filtre ni déformation.

Cependant pour cela il faut avoir des sources fiables et savoir critiquer ce que vous lisez. Il est important de veiller à ne pas tomber dans le scientisme en utilisant la science de manière biaisée pour convaincre ou imposer nos opinions. En effet, il est presque toujours possible de trouver une étude qui ira dans le sens que nous souhaitons pour valider nos dires. La science est aujourd’hui souvent invoquée pour montrer tout à la fois l’innocuité ou la toxicité d’un composé par exemple. Alors, qui croire dans ce cas ?

À l’ère des réseaux sociaux, dans une société où tout doit aller vite, nombreux sont les lecteurs qui ne souhaitent pas passer plus de trente secondes à lire un texte. Les articles et les publications se doivent d’être courts pour être lus, mais aussi impactant. Il est alors facile de faire des raccourcis et des conclusions hâtives en tirant une phrase hors de son contexte, en niant le propos original de la publication tout en se gaussant derrière ces affirmations « d’après une étude scientifique », « la science l’a prouvé »… Vous comprenez donc que citer des références n’est pas suffisant. On peut facilement induire le lecteur en erreur en lui donnant une fausse impression de sérieux !

Comment avoir un regard critique sur les études lues ?

Faire de la bibliographie oui, mais en ayant un regard critique ! Mais alors, comment faire ?

Vous avez conscience qu’un article d’un magazine de mode sur un sujet scientifique n’aura pas la même valeur qu’un article d’un journal scientifique médical. Cependant il est moins aisé de faire la distinction entre deux études scientifiques. Il sera important de s’interroger notamment sur les niveaux de preuve.

Les niveaux de preuves
Nathalie Faggianelli, DFM formations. Premiers éléments d’études d’une publication

Comment juger ensuite de la validité d’une étude quand on n’est pas soi-même chercheur dans ce domaine précis ? Comment s’interroger sur la fiabilité des résultats ? Comment déceler un ton neutre d’un angle de vue volontairement biaisé ou encore relever des erreurs de design d’expérimentation ? de méthodologie ? des conclusions trop hâtives ? Il faut être capable d’analyser une publication, d’aller lire entre les lignes.

Analyser une publication
  1. Premiers éléments importants

Il est aussi nécessaire de s’interroger sur le processus de publication scientifique. Le fameux adage « publish or perish » décrivant la triste réalité du chercheur, poussé à publier pour obtenir un poste, une prime ou une subvention pour son laboratoire, et ce au niveau mondial. Il est important d’avoir conscience des biais, du manque d’intégrité scientifique et des fraudes pouvant exister dans le milieu de la recherche. Cela demande de se questionner sur la compréhension de la méthode scientifique, des analyses statistiques, de la reproductibilité des résultats. 

Formation Biblio Pratik par Nathalie Faggianelli

Faire une bonne étude bibliographique permet de dégager un consensus en mettant en regard des publications et en restant critique vis-à-vis de ses lectures. Cela demande une certaine rigueur et méthodologie pour la réaliser correctement.

Nous avons donc souhaité vous donner des clés pour développer cet esprit critique et réaliser des recherches de qualité efficacement. Cette nouvelle formation chez DFM vous apportera des outils pour attester de la fiabilité et tangibilité des sources utilisées et ainsi mettre en valeur votre travail. Vous aurez des clés pour analyser la qualité d’une étude, savoir où chercher vos sources bibliographiques et vous poser les bonnes questions. Pour les personnes réalisant des mémoires universitaires, écrivant des livres, un chapitre sera consacré à la méthode et outils pratiques pour écrire votre bibliographie sans perdre de temps.

Un focus sera aussi fait sur les sources et ressources utiles en phytothérapie – micronutrition.

Vous serez en mesure de déterminer par exemple comment juger du bénéfice-risque d’une molécule, rechercher les interactions possibles entre une plante-complément et médicament, et de prendre votre décision de l’usage de l’actif à l’aulne des dernières recherches pour vous permettre d’améliorer votre prise en charge et de gagner en assurance.  

Nathalie Faggianelli, Docteur en Biologie, Naturopathe, Phyto-aromatologue

 

Biblio Pratik

Science, méthodologie, publication pour légitimer nos pratiques

Les outils d’investigation du praticien en santé fonctionnelle (1re partie) Par Bruno Mairet

Vous êtes praticien de santé intéressé par l’état d’esprit de la santé fonctionnelle, mais vous connaissez finalement assez mal ce qu’elle promet.

Ou bien vous êtes patient et vous avez entendu parler de la santé fonctionnelle, mais vous n’avez que peu d’idées de ce que va vous proposer le praticien que vous envisagez de consulter.  De quoi s’agit-il ? Santé fonctionnelle, est-ce un autre nom pour la naturopathie ? Est-ce uniquement basé sur de la nutrition ? Va-t-on essentiellement rechercher vos carences et vous proposer des vitamines et des minéraux (des micronutriments) ?

Qu’est-ce que la santé fonctionnelle ? Découvrir ses outils à travers cet article va vous permettre de mieux comprendre cette démarche. Mais il me faut avant cela vous dire quelques mots sur ses objectifs. C’est en effet une approche fonctionnelle de la maladie. Définissons donc d’abord ce mot « fonctionnel ». 

La médecine traditionnelle aborde le corps humain (et donc le patient) à travers un découpage d’organe. Ainsi, suivant l’organe touché par le ou les symptômes vous aurez rendez-vous avec le cardiologue, le neurologue,  l’urologue, le dermatologue…   En santé fonctionnelle, nous approchons le corps humain (et donc le patient) à travers un découpage fonctionnel. De quoi s’agit-il ? Pour être en bonne santé, le corps humain doit accomplir de grandes fonctions physiologiques et biochimiques (suivant les praticiens, ces grandes fonctions sont appelées piliers ou axes fonctionnels) : fonctions digestives, fonctions de détoxification, fonctions immuno- inflammatoires, fonctions métaboliques, fonctions neuropsychiques, fonctions hormonales. Or ce qui est essentiel à comprendre c’est que la réalisation d’une fonction par notre organisme n’est pas limitée (cantonnée) à un organe. La fonction digestive par exemple, ne concerne pas (loin de là !) que les organes digestifs ! Peuvent être impliqués dans une santé digestive : les fonctions neuropsychiques (qui n’a pas expérimenté l’impact de ses émotions, de son anxiété sur son estomac et son intestin !) ; les fonctions hormonales (par exemple, il y a un fort impact des hormones thyroïdiennes, des œstrogènes, du cortisol sur les fonctions digestives), les fonctions immuno-inflammatoires (un terrain inflammé va potentiellement exacerber certaines dysbioses intestinales)… Le praticien en santé fonctionnelle ne traite pas des pathologies d’organes (c’est le travail du médecin qui peut être indispensable dans certaines situations), mais il apprend à comprendre, à investiguer et à réharmoniser des fonctions. C’est un véritable métier, très spécifique, pour lequel il faut maitriser des outils « fonctionnels ». Découvrons-les maintenant.

Les outils d’investigations fonctionnelles

Bien évidemment avant d’envisager la prise en charge d‘un patient  (en lui proposant des « actions thérapeutiques » avec des outils d’intervention, qui répondent à sa plainte) il faut en tout premier lieu réaliser un bilan sur sa situation et son « identité fonctionnelle » en recueillant de nombreuses informations. En santé fonctionnelle, nous appelons cela une investigation car il s’agit véritablement d’une démarche logique, méticuleuse et scientifique. Une enquête à la recherche de preuves, d’indices, et de « témoignages » que l’on recoupe entre eux pour, au final, mettre le doigt sur une ou plusieurs dysfonctions, « coupable(s) » de la souffrance du patient !

  • Outil n°1 : le bilan clinique fonctionnel

L’investigation clinique en santé fonctionnelle est très structurée. C’est notre outil de base. Il s’agit d’investiguer avec un interrogatoire clinique détaillé les différentes fonctions évoquées ci-dessus. Quel que soit le motif de consultation, le praticien investiguera toujours l’ensemble des grands piliers fonctionnels. Prenons le cas d’un patient avec de gros troubles digestifs (dyspepsie, constipation, douleurs chroniques…). Nous évaluerons la fonction digestive (axe ou pilier digestif) avec de nombreuses questions spécifiques à la digestion, au transit, aux douleurs, aux spasmes intestinaux… Puis nous investiguerons toutes les autres fonctions avec systématiquement les mêmes séries de questions. C’est une étape de « découpage fonctionnel » indispensable (une analyse fonction par fonction). À la fin de ce bilan clinique vient une étape de synthèse fonctionnelle réalisée par le praticien. Il s’agit de faire des liens entre les différentes dysfonctions repérées. Dans notre cas patient, l’investigation de la fonction hormonale aura révélé une dysfonction thyroïdienne (fatigue, frilosité, perte de cheveux…). Le praticien la mettra en lien avec les altérations de la fonction digestive (une hypothyroïdie ralentit la sécrétion des sucs digestifs). Il y aura peut-être beaucoup d’autres liens fonctionnels…  Le tableau d’enquête ci-dessus est une bonne illustration de ce à quoi le praticien devrait arriver à l’issue de son bilan fonctionnel : des hypothèses, des suspects, des liens compromettants… Partant de là, il va pouvoir utiliser (si besoin) son 2e outil pour valider son raisonnement, préciser les degrés d’influence, appeler à la barre certains témoins, etc…

  • Outil n°2 : les analyses biologiques fonctionnelles

Le laboratoire, c’est l’outil des « experts » de la santé fonctionnelle ! Nous parlons ici d’analyses biologiques (sang, urine, salive, selle…) qui sont pour la plupart peu connues des médecins s’ils ne sont pas spécifiquement formés (elles ne leur sont pas enseignées pendant leurs études de médecine). Ces analyses, réalisées souvent en laboratoire spécialisé, sont recommandées par le praticien à la suite du bilan clinique, pour investiguer plus avant telle ou telle fonction. Il faut savoir que pour chacune des grandes fonctions il existe plusieurs dizaines d’analyses possibles. C’est un répertoire que le praticien doit bien connaitre. Il doit savoir quelle analyse utiliser, dans telle ou telle situation, pour valider ses hypothèses,  retrouver une pièce à conviction, prouver une complicité… Reprenons notre cas patient. Étant donné le motif de consultation intestinal, on peut s’attendre (et le patient en premier lieu) à ce que notre praticien investigue l’intestin avec des analyses spécifiques à cette fonction. Mais il surprendra peut-être son patient en investiguant plutôt les hormones thyroïdiennes, les micronutriments nécessaires à la fonction thyroïdienne (fer, sélénium, zinc, iode, vitamine A…), le cortisol et certaines analyses spécifiques du terrain inflammatoire…  À l’issue de ces analyses peut-être désignera-t-il des carences profondes en fer, iode et zinc (bingo le patient est végan !) à l’origine d’une hypothyroïdie, elle-même à l’origine d’une dysfonction digestive multiforme ! 

  • Outil n°3 : la génétique fonctionnelle

C’est un outil « d’expert » qui bien souvent ne sera pas utilisé au tout début de l’investigation. Le praticien pourra cependant y faire appel pour expliquer des « faits » qui restent non résolus malgré son enquête méticuleuse (avec les deux premiers outils). Grâce à des analyses très simples à réaliser (prélèvement salivaire), on part à la recherche de caractéristiques génétiques spécifiques sur certains gènes  (on parle de polymorphisme) qui vont altérer certaines fonctions (ce sont des tests très connus et pratiqués aux USA). Il ne s’agit pas de rechercher une maladie génétique (mutation à l’origine d’une hémochromatose, mutation à l’origine de mucoviscidose, mutation à l’origine de déficit de coagulation – facteur V de Leiden –  etc…), car ceci est un domaine très spécifique qui est du ressort de la médecine. On reste dans le domaine de la santé fonctionnelle, en investiguant les gènes d’un point de vue… fonctionnel ! Il s’agit d’une démarche de génétique fonctionnelle. Reprenons notre cas patient. Malgré un soin tout particulier apporté à la thyroïde par le praticien, une des hormones thyroïdiennes du  patient (la T3) reste toujours plutôt basse faisant persister des symptômes. La mise en évidence d’une dysfonction d’un gène (appelé polymorphisme de l’enzyme DIO2 dans ce cas) va permettre d’expliquer cette anomalie de « synthèse » de l’hormone T3. Bien sûr, on ne pourra pas dans cette situation modifier ce gène  (une caractéristique génétique c’est pour la vie,  sauf thérapie génique réservée à des protocoles encore – et peut-être pour toujours – expérimentaux), mais on aura malgré tout des réponses thérapeutiques adaptées à cette découverte (on ne fait aucune investigation qui n’a pas comme finalité l’amélioration clinique du patient).

On constate combien il aura fallu ainsi investiguer en profondeur pour pointer du doigt cette dysfonction. On est loin ici du coupable tout désigné initialement : l’intestin ! Avec cette conclusion que je vous présente, vous n’échapperez  pas sans doute à la tentation de penser que les outils d’analyses (biologiques et génétiques) sont les clefs principales du praticien en santé fonctionnelle. Aussi il n’est pas inutile de bien remarquer combien toute cette technicité (outil n°2 et n°3) s’appuie en fait sur un parfait bilan clinique initial (outil n°1). Dans notre cas patient, si le praticien passe à côté de la dysfonction thyroïdienne dans son investigation clinique initiale, toute « l’enquête » peut prendre une direction différente avec le risque de mauvaises inculpations (avec en conséquence probable, un patient non guéri) !! L’investigation clinique reste donc la pierre angulaire du praticien en santé fonctionnelle, même s’il dispose également d’outils de pointe !

  • Outil n° 4 : l’observation du cycle féminin

C’est un outil qui peut être très puissant pour investiguer et comprendre des dysfonctions hormonales féminines. C’est aussi un outil très particulier puisque dans ce cas c’est la patiente qui va faire les observations à la demande du praticien (pas de laboratoire dans ce cas !). Suivant la méthode utilisée, la patiente sera amenée à évaluer la qualité de sa glaire cervicale, et/ou à relever sa température corporelle : ainsi c’est elle qui réalise « l’analyse » même si c’est le praticien qui l’interprètera. Une des idées maitresses de cette observation est d’apprendre à la patiente à repérer son ovulation, moment clef dans le cycle féminin. C’est autour de ce point pivot fonctionnel que tout s’articule. Nous aurons alors des informations précieuses sur la durée, mais aussi la qualité de la phase folliculaire, sur la durée et la qualité de la phase lutéale, sur la qualité ovulatoire et sur l’équilibre oestroprogestatif. Grâce à cet outil, le praticien peut mieux prendre en charge les dysfonctions ovulatoires et les troubles associés (SOPK, endométriose, syndrome prémenstruel…). Mais en tant qu’outil fonctionnel, il permet plus généralement d’investiguer la sphère hormonale féminine si importante dans les consultations de santé fonctionnelle. Il permettra notamment au praticien de faire réaliser des dosages d’hormones sexuelles et/ou de proposer les compléments, plantes ou hormones bioidentiques au bon moment du cycle.

Reprenons notre cas patient… ou plutôt patiente. Au bilan clinique (investigation de la fonction hormonale), le praticien avait suspecté un déséquilibre oestroprogestatif. L’analyse biologique réalisée au bon moment du cycle (grâce à l’outil d’observation) permet de confirmer et de quantifier ce déséquilibre qui avait peut-être été suspecté par l’observation du cycle. Or, ce déséquilibre oestroprogestatif peut affecter les hormones thyroïdiennes ! Ceci explique pourquoi les symptômes de cette patiente se manifestaient davantage avant ces menstruations (phase du cycle où ce déséquilibre oestroprogestatif est le plus patent ! Cet outil de gynécologie fonctionnelle  a ainsi servi à mieux cerner le trouble digestif initial !  À nouveau cette démarche nous montre combien la recherche des causes fonctionnelles nous éloigne parfois beaucoup des organes sur lesquels se manifestent les effets.

Et cerise sur le gâteau : avec la santé fonctionnelle il y aura beaucoup de bénéfices collatéraux qui vont se manifester lors de la prise en charge de la cause (contrairement aux médicaments qui provoquent souvent des dégâts collatéraux !). Car si la plainte initiale de notre patiente était l’intestin, les bénéfices d’un réglage hormonal thyroïdien et oestroprogestatif seront énormes pour sa santé globale !

Comme vous l’avez compris, tous ces outils d’investigations font l’objet d’une expertise très pointue qui nécessite des formations spécifiques. DFM formations à l’ambition de former des praticiens en santé maitrisant ces 4 outils.

La deuxième partie de cet article présentera les outils d’interventions de la santé fonctionnelle.

Bruno Mairet, Consultant et formateur en santé fonctionnelle – Cofondateur de DFM Formations

Pour aller plus loin :

Une formation diplômante de 13 jours répartis en 6 modules. Avec Guénaëlle Abéguilé et Bruno Mairet. Disponible en, présentiel à Paris ou Lyon, en E-Learning ou Classe virtuelle.

Un outil d’évaluation clinique de la qualité de l’ovulation et de prise en charge thérapeutique