Hypothyroïdie : Le point de vue de la santé fonctionnelle par Guénaëlle Abéguilé

Les hormones thyroïdiennes régulent à elles seules la quasi-totalité de nos fonctions : fonctions digestives, microbiotales, métaboliques, thermorégulation, reproduction, immunoinflammatoires, neuropsychiques… Elles permettent même la régulation de l’équilibre hormonal dans sa globalité.

Les troubles de la fonction thyroïdienne vont alors altérer la santé du patient dans son ensemble et peuvent être responsables de très nombreux signes cliniques diverses et variés.

L’hypothyroïdie est pourtant largement sous-estimée dans notre population.

Pour cause, son évaluation repose essentiellement sur le dosage de la TSH. Pourtant de nombreuses situations expliquent une absence de relation entre le taux de la TSH et le taux d’hormones thyroïdiennes.

Ces patients hypothyroïdiens à TSH normale ne vivent pas à leur plein potentiel.

De par la diversité des actions des hormones thyroïdiennes, l’hypothyroïdie peut prendre de nombreux visages différents, ce qui ne facilite pas le diagnostic.

 Quand évaluer la fonction thyroïdienne?

De par la fréquence des troubles thyroïdiens et leur impact sur l’ensemble des fonctions de l’organisme, il me semble nécessaire de procéder à une évaluation clinique de la thyroïde pour tous nos patients. Celle-ci sera complétée d’une investigation biologique que si la clinique est évocatrice.

Quels sont les signes cliniques à rechercher ?

Les signes cliniques qui doivent nos orienter vers une hypothyroïdie sont diverses et variés. Nous pouvons retrouver :

  • Une prise de poids ou une difficulté à la perte de poids
  • Une frilosité, des extrémités froides, voire un syndrome de Raynaud
  • Une fatigue, souvent plus importante le matin. Une sensation d’être au « ralenti »
  • Une perte de cheveux diffuse, parfois une perte de la queue du sourcil
  • Une constipation, des reflux, une lenteur digestive, des ballonnements
  • Une peau sèche (tout particulièrement au niveau des tibias)
  • Une baisse de libido, de l’hypofertilité, des fausses couches
  • Des œdèmes autour des yeux, des doigts et des pieds (plus présents le matin)
  • Une coloration jaune-orangée de la paume des mains, plante des pieds ou du voile du palais

Nous pourrions ajouter de nombreux signes cliniques, mais plus nous en ajoutons, plus nous perdons en spécificité.

La spécificité, là est le problème! Vous pouvez constater qu’aucun signe clinique n’est pathognomonique de l’hypothyroïdie. En effet, les causes de prise de poids, de troubles digestifs ou de fatigue sont nombreuses… Il est donc nécessaire d’aborder le patient avec un certain recul, dans sa globalité et de s’interroger  pour  savoir si ce signe peut être révélateur d’une autre dysfonction.

C’est tout l’art de la démarche fonctionnelle en micronutrition.

Lorsque la clinique est évocatrice, elle doit être complétée d’une investigation biologique. Bien que l’investigation clinique prime sur la biologie, cette dernière s’avère indispensable pour quantifier l’importance de l’hypothyroïdie, pour permettre d’objectiver l’impact de la prise en charge et surtout pour identifier les causes biologiques de l’hypothyroïdie, celle qui nous permettront d’élaborer la prise en charge fonctionnelle.

Comment évaluer la fonction thyroïdienne par la biologie ?

Faire doser la TSH ?

Face à toute suspicion d’hypothyroïdie, la haute autorité de santé recommande de faire le dosage de la TSH.

La TSH n’est pas une hormone thyroïdienne mais une hormone produite par le cerveau, au niveau de l’hypophyse. On évalue alors la fonction thyroïdienne de manière indirecte.

La TSH à pour but de stimuler la production d’hormone thyroïdienne par la thyroïde elle-même lorsque ces hormones viennent à manquer. On comprend alors la logique : Les hormones thyroïdiennes baissent, le cerveau reçoit l’information, en retour l’hypophyse augmente sa production de TSH pour normaliser la situation. S’en suit alors une augmentation de la production d’hormone thyroïdienne et donc une régulation de la TSH… Donc, en partant de ces constats, lorsque les hormones thyroïdiennes sont basses  (hypothyroïdie) la TSH monte et lorsque les hormones thyroïdiennes sont hautes (hyperthyroïdie) la TSH baisse.

Jusque-là tout va bien.

Mais en réalité, il existe de nombreuses situations où la TSH ne reflète pas le statut en hormones thyroïdiennes !

Dans quelle situation peut-il avoir discordance entre TSH et hormones thyroïdiennes ?

 Ces tableaux sont loin d’être rares. Citons :

  • L’hypothyroïdie centrale : dans cette situation, l’hypophyse n’est plus en mesure de synthétiser de la TSH. La TSH baisse et la thyroïde n’est plus stimulée, les hormones thyroïdiennes viennent alors à manquer…On aura alors une hypothyroïdie à TSH basse !
  • La normalisation de la TSH par des hormones thyroïdiennes non actives : Nous verrons plus loin que seule l’hormone thyroïdienne T3 est active. Cependant elle n’est pas la seule à normaliser la TSH. La T4, pré-hormone, non active exerce également le rétrocontrôle sur la TSH. On peut donc avoir une TSH normale avec un taux de T4 « inactive » normale et un déficit de T3 active. Il y a encore hypothyroïdie (par déficit de T3) à TSH normale.
  • Cette même situation se retrouve avec un excès de T3 reverse, qui exerce également un rétrocontrôle sur la TSH. Nous en reparlerons plus loin.
  • La résistance à la TSH : les récepteurs à la TSH répondent plus difficilement à la présence de l’hormone, ainsi pour normaliser la synthèse d’hormones thyroïdiennes, l’hypophyse synthétise plus de TSH. Dans cette situation, on peut alors avoir un patient normothyroïdien à TSH haute.

On comprend alors que la TSH n’est pas un bon marqueur du fonctionnement thyroïdien.

Ce bilan doit être complété à minima par le dosage des hormones thyroïdiennes.

Quelles sont les hormones thyroïdiennes ?

La thyroïde fabrique de la T4 en quantité et un peu de T3. La T4 est une hormone très peu active, pour être fonctionnelle, elle nécessite d’être convertie en T3 par les tissus périphériques (notamment foie et rein).

De quoi avons-nous besoin pour convertir la T4 en T3 ?

En plus d’avoir des organes périphériques fonctionnels (foie, rein…), il faut avoir des enzymes de conversion fonctionnelles dans un environnement optimal.

Je m’explique :

Les enzymes qui interviennent dans la conversion de T4 en T3 sont appelées les désiodases. La principale intéressée est la 5’desiodase  de type D2. Elle se charge d’enlever un atome d’iode à la T4 (4 atomes d’iode) pour en faire de la T3 (3 atomes d’iode).

Il existe de grandes variations au niveau de la fonctionnalité de ces enzymes. Une des causes de ces variations d’activité est génétique. Certains de nos patients ont hérité d’une mauvaise version du gène par un ou deux de leurs parents, ainsi ils ont une enzyme plus ou moins fonctionnelle, et une aptitude à convertir la T4 en hormone active plus ou moins importante.

Ce n’est pas tout, comme pour toute opération biochimique, ces enzymes doivent être dans un environnement optimal.

Un environnement optimal nécessite notamment que ces enzymes aient à leur disposition tous les micronutriments nécessaires à leurs fonctionnements. Il en faut de nombreux, mais les principaux concernés sont le sélénium et le zinc. Ces micronutriments sont alors pertinents à faire doser en cas de défaut de conversion de T4 en T3.

Un environnement optimal c’est aussi l’absence d’éléments perturbateurs pour le fonctionnement de l’enzyme en question. Citons par exemple l’importance de la gestion du stress, de l’absence des métaux lourds, tout particulièrement le mercure, le plomb et le cadmium ou encore l’absence de déficit énergétique.

Mais alors la T4 ne sert à rien ?

La T4 est une hormone considérée comme non active (bien que ce concept ne soit pas tout à fait juste), mais son dosage est nécessaire. En effet, en tant que « pré-hormone » de la T3, il faut s’assurer que la synthèse de la T4 soit suffisante pour permettre une bonne réserve de précurseur de l’hormone active. En cas d’hypothyroïdie par manque de T3, le dosage de T4 permettra de savoir si l’optimisation de la conversion T4 en T3 suffira à normaliser la T3 ou s’il semble également nécessaire d’optimiser le réservoir.

De quoi avons-nous besoin pour fabriquer de la T4 ?

 La T4 est fabriquée à partir de la tyrosine, un acide aminé. Il faut donc des apports journaliers protéiques suffisant pour assurer les besoins. 4 atomes d’iode sont nécessaires à la synthèse de la T4. Une évaluation de l’iode dans les urines (iodurie de 24 h ou du matin si le patient n’urine pas la nuit) permettra d’évaluer le statut et d’individualiser les apports au besoin. Les carences d’iode sont encore aujourd’hui extrêmement fréquentes même chez les mangeurs de poissons et crustacés. Croyez mon expérience de praticien Bretonne, avec des patients ostréiculteurs….

Une T3 « normale » me permet d’exclure une hypothyroïdie ?

Et bien non plus…

Ouvrons tout d’abord le sujet de la « normalité ». Est-ce qu’être dans la norme est satisfaisant ? Ne faisons pas durer le suspense, la réponse est clairement non ! Les normes présentées par le labo ne sont en aucun cas des normes santé. Ce sont des normes statistiques qui reprennent les valeurs regroupant 95% des données biologiques des patients du laboratoire.

Pour reprendre les propos de Dr Stéphane Résimont, médecin fonctionnel spécialisé dans les troubles hormonaux : « ne prendre en charge que les patients qui sortent des normes des labos, reviendrait à ne mettre des lunettes qu’aux patients qui sont presqu’aveugles et de dire aux autres : circulez ». J’oserai ajouter : « y’a rien à voir » !

Donc : non, une T3 dans la norme ne veut pas dire que tout va bien, il faut plutôt s’assurer que le patient soit autour de la norme santé, c’est-à-dire autour de 5 pmol/L. Mais encore une fois de plus, c’est la clinique qui prime, si un patient n’a pas de symptômes à 4,5 pmol/L, ne cherchons pas de problèmes là où il n’y en a pas.

Donc une T3 optimale autour de 5 pmol/L me permet d’exclure une hypothyroïdie ?

Et bien, non, toujours pas….

Plusieurs situations expliquent que la T3 ne puisse exercer « son job ».

Parmi ces situations citons :

  • L’excès de T3 reverse : hormone obtenue à partir de T4 lorsque que nous sommes en présence de métaux lourds, de déficit en sélénium ou zinc, lorsque nous sommes stressés ou lorsqu’il y a un déséquilibre œstroprogestatif. La T3 reverse bloque l’action de la T3 en prenant sa place sur les récepteurs.
  • Le déficit de Vitamine A et de magnésium tous deux indispensables au fonctionnement du récepteur.
  • Le déficit de cortisol qui accélère le catabolisme de la T3
  • La dysbiose associée à une porosité intestinale. Dans cette situation, des molécules, appelées Lipopolysaccharides, franchiront la barrière intestinale et prendront la place des hormones thyroïdiennes sur les récepteurs, ainsi la T3 ne pourra plus s’y fixer.
  • L’inflammation qui peut altérer le fonctionnement des récepteurs, rendant le patient résistant aux hormones thyroïdiennes.
  • Les polymorphismes génétiques concernant les récepteurs aux hormones thyroïdiennes

Face à la complexité du fonctionnement thyroïdien, il semble évident que son évaluation à partir du dosage de la TSH seule est plus qu’approximatif et laisse de nombreux patients hypothyroïdiens sur le banc de touche.

L’investigation fonctionnelle de la thyroïde doit faire appel avant tout à la clinique. Un patient présentant des signes cliniques d’hypothyroïdie avec une biologie « normale » ne fonctionne pas à son optimum.

Les conséquences sont multiples et touchent les fonctions reproductives, digestives, immuno-inflammatoires, métaboliques, neuropsychiques et endocriniennes.

Le rôle de praticien en santé fonctionnelle est de rechercher pourquoi il y a une discordance entre la clinique et la biologie et de prendre encharge de manière très spécifiques les dysfonctions causales.

Guénaëlle Abéguilé, Consultante et formatrice en santé fonctionnelle, cofondatrice de DFM formations, auteure du Livre « Troubles Hormonaux reprenez le pouvoir« 

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La consultation fonctionnelle assistée par l’IA par Bruno Mairet

Quand le business de la santé envahi nos pratiques ou la médecine fonctionnelle « pousse bouton »

L’IA doit guider votre santé et non plus le monde des humains 

Avez-vous vu cette campagne publicitaire1  pour une célèbre marque de smartphone et sa montre de santé connectée ? Bien sûr, de très nombreuses montres existent sur le marché, qui la plupart monitorent les mêmes paramètres biologiques : fréquence cardiaque, ECG, qualité du sommeil, activité physique, variabilité de la fréquence cardiaque, saturation en oxygène, etc… L’une des valeurs ajoutées de la marque vantée par cette nouvelle publicité est l’intégration des données par une application santé ultra performante dopée à l’IA. Le clip publicitaire met en scène une jeune femme qui est harcelée par des conseils santé que lui prodigue son entourage. Ainsi alors qu’elle patiente sagement sur un trottoir devant son coffee truck pour acheter son café matinal, un inconnu lui dit « Tu sais le café fait grimper le cortisol ». Puis un autre l’interpelle depuis sa voiture « Hé, rester debout abîme tes genoux » … Elle est ainsi bombardée par une dizaine de conseils avant qu’une notification de sa montre connectée vienne la « sauver » et lui donner l’instruction santé qu’il lui faut ! Personnalisée, réelle, instantanée. Le slogan qui apparaît alors à l’écran « Listen to your body, not everybody » (je le laisse en anglais, car il y a évidemment le jeu de mot qui sonne bien pour un slogan publicitaire). Le message est donc le suivant. Pour votre santé, n’écoutez plus les conseils humains qui pour la plupart sont débiles, mais suivez les recommandations de la montre et son IA. Bien sûr, il y a une certaine vérité dans ce message, car nombreux sont les conseils quotidiens reçus tout au long d’une journée par diverses relations, les réseaux sociaux, les médias qui sont effectivement débiles ! Mais pour autant, le message final reste le suivant : « l’IA doit guider votre santé et non plus le monde des humains ». Et cette injonction-là s’impose au grand public, aujourd’hui, incontournable.

Le business de la santé préventive

Voyons un autre exemple, qui fait davantage écho à notre activité de médecine ou santé fonctionnelle. Connaissez-vous Lucis.life votre compagnon santé2 ? Il s’agit d’une start-up française de santé préventive personnalisée. Le concept proposé par cette entreprise est proche de la montre connectée boostée à l’IA, mais en allant beaucoup plus loin avec des données biologiques. Le site propose en ligne l’achat d’une forme d’abonnement annuel à 490 euros proposant une évaluation initiale de 100 marqueurs biologiques, et une évaluation de suivi 6 mois plus tard de 60 marqueurs. Entre-temps bien sûr le patient suivra les conseils prodigués par leur IA qui aura interprété toutes les données biologiques (rassurez-vous avec la validation d’un humain, médecin accrédité !). Ainsi, Lucis donnera des conseils de nutrition, d’exercice physique, de sommeil, de supplémentation et de santé mentale…). Il y aurait beaucoup à dire sur le choix des 100 (ou 120 ou 180 peut-on même lire parfois !) marqueurs, mais tel n’est pas mon propos aujourd’hui. Ce type de proposition en santé préventive renforce bien évidemment le puissant slogan : « l’IA doit guider votre santé et non plus le monde des humains ». Car ne soyons pas naïf, la part d’intervention du pauvre médecin humain qui est derrière l’IA Lucis sera minime (et de plus en plus au fil des semaines et des mois à venir).

Vous pensez que je digresse sur des propositions commerciales anecdotiques. Que nenni ! Un article des Echos3 du 26 mai 2026 fait un état des lieux du gigantesque marché des start-up de santé préventive. Lucis.life par exemple vient de faire une levée de fond de 20 millions d’euros pour son développement avec des investisseurs réputés. Ils passent clairement à la vitesse supérieure. Par ailleurs, de nombreux centre de prévention santé4 5 se sont créé ces derniers temps toujours basés sur des principes similaires : des biologies ou des tests, beaucoup d’IA et un peu d’humains (quand même !). Et puis Lucis n’est seule, d’autres applications6 veulent une part du gigantesque gâteau du business de la santé IA (selon un rapport7 du cabinet Global Market Insight, le segment des bilans de santé préventif est évalué à 9,2 milliards de dollars en 2025 et 18,2 milliards d’ici 10 ans). Integratome8 une autre star-up made in France, propose carrément « grâce à son Jumeau Numérique de santé, de transformer la complexité des données de santé en visualisation claire et documentée, permettant au professionnel de santé de mieux accompagner leurs patients dans une démarche de prévention ». Toujours la même recette : beaucoup d’IA saupoudrée d’humain. Et figurez-vous que sur le site, ils disent pratiquer une approche inspirée de la médecine des 6P !

Mesdames, sachez que le business de la santé ne vous oublie pas ! Une start-up a pensé à vous et notamment à votre période de périménopause que vous pouvez optimiser grâce à un check sanguin (oméga 3 et vitamine D) avec l’IA et l’application9 qui va avec bien.

Et bien sûr Google qui est toujours dans les bons coups, viennent de fusionner toutes ses applications santé dans une Unique (pour les gouverner tous !? 😉 : Google Hearth Coach. L’idée étant de faire des recommandations (coach) sur la base de données traitées par … de l’IA évidemment. À ce rythme-là, ce ne sera plus un slogan publicitaire, mais un mantra « l’IA doit guider votre santé et non plus le monde des humains ».

L’IA doit guider la santé ; ce n’est plus l’affaire du monde des humains !

Ce petit tour d’horizon était nécessaire pour montrer l’étendue du phénomène dans le grand public.  Mais rapprochons-nous maintenant de l’univers du praticien fonctionnel (médecin ou non-médecin). En tant que professionnels de santé ou professionnel du soin (naturopathe, nutrithérapeute), nous ne sommes pas trop courtisés par les start-up que l’on vient d’évoquer. En effet, nous ne sommes pas trop idiots et on peut facilement discerner que ces géants de la tech et autres marchands d’IA-santé nous piquent une partie de notre boulot. Mais d’autres acteurs nous font les yeux doux et avancent vers nous avec plus ou moins de finesse pour nous vendre aussi de la biologie clef en main ! Par exemple, nous avons eu de nombreux témoignages de praticiens fonctionnels qui ont été approchés par l’entreprise suédoise coté en bourse (donc devant rendre des comptes à des actionnaires) Zinzino10 ! Alors avec eux le concept est bien ficelé : des analyses sur gouttes de sang couplées avec la vente des compléments alimentaires qui vont avec ! La méthodologie est vendeuse puisque la goutte de sang est quasi non invasive (petite piqûre au bout du doigt) et simple. Donc « easy » pour le patient. Par contre ce type de prélèvement limite encore énormément (à l’heure actuelle) la gamme d’analyse proposées : oméga6/oméga3, quelques marqueurs sanguins du microbiote, HbA1c. À nouveau l’objet n’est pas ici de commenter le choix des analyses (sur lequel il y aurait pourtant beaucoup à dire !!), mais de montrer le business qui est fait à partir des kits proposant quelques analyses biologiques (qui envoient du rêve au patient) avec compléments à la clef !

Quand le business de la santé envahit nos pratiques

En tant que praticien fonctionnel, peut être pensez-vous que tout cela n’a rien à voir avec une bonne pratique de soin et que jamais vous ne feriez appel à des services de ce type.

Mais demandons-nous, malgré tout, si toutes nos pratiques n’ont pas tendance à être guidées rapidement et sûrement par l’injonction suivante : « l’IA doit guider la santé : ce n’est plus l’affaire du monde des humains ». 

Si l’on regarde bien autour de nous, on voit que nous avons, si nous le souhaitons, à notre disposition grâce à différents acteurs du business de la santé :

  • Des bilans cliniques automatisés, remplis par les patients en préconsultation, et traités par IA ; à la suite de quoi le raisonnement clinique peut lui aussi être assisté par l’IA (pourquoi chercher à comprendre ?)
  • Des interprétations d’analyses par des laboratoires qui proposent de connecter les données patients à Claude ou ChatGPT (mais vous pouvez aussi le faire de manière artisanale en glissant une capture d’écran des analyses du patient sur ChatGPT qui se fera un plaisir de l’interpréter)
  • Des protocoles de complémentation vendus « clef en main » (pourquoi réfléchir et mémoriser !?)
  • Des comptes rendus de consultation que l’on peut faire en quelques secondes en livrant oralement en vrac nos idées ou avec l’usage d’un Plaud (pourquoi écrire ?)
  • Des posts sur les réseaux sociaux avec des contenus IA et des images standardisées – que l’on a même plus envie de regarder tant cela manque d’identité (pourquoi créer ?). L’heure des « publications clones » qui noient les contenus des créateurs humains a sonné !
  • Et cette liste est loin d’être exhaustive… imaginons par exemple des propositions d’analyses fonctionnelles directement couplées aux résultats du bilan clinique automatisé (je serai prêt à parier que le projet est déjà dans le pipeline comme on dit dans le business).

Très vite, nous pouvons glisser vers une activité de consultant à moindre effort pour être augmenté par l’IA, pour « gagner du temps » et donc bien sûr de l’argent. Et tout cela n’est qu’un début, tant les offres de cette folie numérique sont optimisées de manière quasi hebdomadaire. On a peine à imaginer ce que sera la consultation fonctionnelle assistée par l’IA dans 1 an. Avec cette trajectoire, si nous nous engouffrons dedans, la part d’humain va inexorablement réduire.

Depuis des années, la médecine ou santé fonctionnelle s’est construite contre ce qu’elle appelait la « médecine pousse-bouton ». C’est ainsi qu’elle nommait la médecine allopathique avec peu de raisonnement et une prescription médicamenteuse automatique. Mais n’assistons-nous pas à la naissance de la médecine fonctionnelle (ou santé fonctionnelle) pousse bouton ? Bouton « envoi du questionnaire ». Bouton « interprétation du questionnaire assisté par l’IA ». Bouton « protocole ». « Bouton compte rendu IA» etc.  Sans oublier au final le « bouton cash » avec toutes les commissions collectées au passage.

Je ne sais pas vous, mais moi c’est une pratique qui me donne des… boutons !!

Et puis, il nous faut très rapidement ouvrir les yeux. II y aura (et très vite) un très gros prix à payer : être dépossédés de notre humanité ! Plus de raisonnements, plus de questionnements, plus de mémorisation, plus d’empathie et surtout un sentiment puissant et récurrent de dévalorisation à l’égard de l’omnisciente IA. Oui, je sais mon texte prend d’un coup un virage philosophique et existentiel. Mais cher lecteur, c’est qu’avec ce sujet de l’intrusion de l’IA dans notre métier, on est obligé de convoquer la pensée philosophique et sociologique.

Je vous invite à lire ou à écouter Éric Sadin un philosophe français qui analyse depuis plus de 15 ans l’impact des technologies numériques sur l’humain. Dans son dernier livre, « Le désert de nous-même11 », Mr Sadin analyse la destruction de nos facultés humaines par l’IA : la pensée, l’empathie, l’autonomie, la liberté. Toutes ces qualités qui devraient d’ailleurs énormément s’exprimer dans le métier de praticien en santé fonctionnelle qui est humainement très riche. Il y a une rencontrehumaine, un praticien empathique qui sait écouter (car ce sont souvent des patients en errance médicale), des raisonnements fonctionnels à établir en fonction du bilan clinique et des protocoles à « inventer » totalement et librement. Nombreux sont ceux qui choisissent ce métier, parce qu’il est porteur de sens et de valeurs humaines.

Alors voulons-nous vraiment que des business dopés à l’IA détruisent l’humain, nous, professionnels de santé (ou du soin) qui avons au contraire la vocation de le protéger ? 

Bruno Mairet, soutenu par l’équipe DFM (Guénaëlle & Elisa)

  1. Health with iPhone + Apple Watch [Internet]. 2026 [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://www.youtube.com/watch?v=V3J9nQzrIUk
  2. Lucis. Lucis [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Lucis — Votre compagnon santé | Comprenez votre corps. Agissez sur ce qui compte. Disponible sur: https://www.lucis.life/fr
  3. Les Echos [Internet]. 2026 [cité 30 mai 2026]. Objets connectés, agents IA… la féroce concurrence des start-up de la santé préventive. Disponible sur: https://www.lesechos.fr/start-up/impact/objets-connectes-agents-ia-la-feroce-concurrence-des-start-up-de-la-sante-preventive-2233423
  4. Vipali [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Vipali | L’expert en prévention. Disponible sur: https://www.vipali.com
  5. Zoī [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Zoī – Le check-up santé. Disponible sur: https://www.zoi.com/fr/check-up
  6. Kor – La nouvelle génération de check-up santé [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://www.kor.care/checkup
  7. Global Market Insights Inc. [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Taille et part de marché des bilans de santé, tendances de croissance jusqu’’en 2035. Disponible sur: https://www.gminsights.com/fr/industry-analysis/health-check-up-market
  8. Méthodologie. Integratome [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://integratome.com/methodologie/
  9. L’application AinohaTM Périménopause [Internet]. [cité 3 juin 2026]. Disponible sur: https://www.ainoha.com/application
  10. Inspire Change in Life | Zinzino [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://www.zinzino.com/site/fr/fr-fr/
  11. Le Désert de nous-mêmes | Les Éditions L’échappée [Internet]. [cité 30 mai 2026]. Disponible sur: https://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/le-desert-de-nous-memes
Ce texte est rédigé sans assistance IA

Comme, il devrait être de bon ton (bien que très exceptionnellement fait) de déclarer des conflits d’intérêts lorsque l’on propose des enseignements ou des communications susceptibles d’être sous influence, je pense qu’il serait aujourd’hui absolument nécessaire et éthiquement indispensable de déclarer, si nos consultations, nos textes ou images ou sites Internet ont été réalisés ou rédigés totalement ou partiellement par (ou avec) une IA.

Une légende indienne pour comprendre l’immunité et la santé fonctionnelle… Par Bruno Mairet

Héritage pasteurien oblige, nous avons une vision de la lutte contre les maladies infectieuses très manichéenne, dualiste : le bien contre le mal, une guerre acharnée entre les microorganismes (virus, bactérie) d’un côté et le système immunitaire de l’autre. Cette conception très simpliste qui date du 19e siècle s’est bien ancrée dans nos croyances au 20e avec les stratégies vaccinales. Inutile de démonter combien elle perdure aujourd’hui dans les stratégies médicales mainstream. Or, la science, la vraie (pas celle que l’on agite dans les médias pour faire passer certaines pilules… enfin pas vraiment la pilule si vous voyez ce que je veux dire) depuis près de deux décennies, a littéralement révolutionné notre vision de l’immunité. Une fois n’est pas coutume, pour expliquer ce concept moderne de l’immunité, je vais parler comme un vieux sage ! 

Connaissez-vous la légende indienne « Les 6 aveugles et l’éléphant » que l’on retrouve déjà dans un texte bouddhique datant de 500 ans av. J.-C. ? Vous pourrez en trouver une version complète ici.  Comme je suis un sage un peu moderne et surtout pressé (!), je vais vous en donner une version « post » !

C’est l’histoire de 6 hommes aveugles, mais très instruits et curieux qui décident pour la première fois de rencontrer un éléphant. Lors de cette rencontre, chaque homme touche une partie différente de l’éléphant et arrive à une conclusion concernant sa nature. Le premier qui touche le flanc décrète qu’un éléphant est comme un mur. Le second qui touche une défense est certain qu’un éléphant est comme un sabre. Le troisième qui saisit la trompe l’identifie avec un serpent. Pour le quatrième qui s’empare de l’oreille, nul doute un éléphant est comme une grande feuille. Pour le sixième qui prend à bras le corps une jambe, un éléphant ressemble à un arbre. Enfin, pour que le sixième qui attrape la queue, la réalité d’un éléphant est proche d’une corde. Des discussions vives s’en suivent alors et l’apaisement entre les 6 hommes ne sera dû qu’à l’arrivée d’un sage qui confirmera à chacun la véracité de sa découverte, et les encouragera à une mise en commun de leur savoir pour une juste vision de la nature d’un éléphant.   

Transposons cette fable à notre sujet de l’immunité ! Depuis 20 ans, les sciences biologiques ont complètement révolutionné la vision de l’être humain et au passage ont questionné la nature de l’immunité. Qu’est-ce donc que cette capacité biologique d’une complexité inimaginable* ? Nous avons, six aveugles, médecins ou scientifiques, qui s’approchent de l’immunité et en touche une partie.

Le premier aveugle est immunologiste et fort du fait que ce sujet est sa discipline, il décline son savoir énorme sur les cellules de l’immunité et leurs très complexes interactions, ainsi que les dizaines de substances, appelées cytokines qui participe de la communication de ce système. Il pourrait d’ailleurs avoir écrit ce livre qui traduit bien la complexité de ce système.

Le deuxième est gastroentérologue, il est convaincu que l’immunité se forge au cœur de l’intestin dans un système complexe qu’il appelle l’écosystème intestinal.

Le troisième est endocrinologue, il argumente sur le fait que lorsque ses patients sont en hypothyroïdie ou très stressés (cortisol très élevé) ils montent des faiblesses immunitaires.

Le quatrième est chercheur-généticien. Pour lui, une grande partie de nos capacités immunitaires (forces et faiblesses) se retrouvent dans les gènes à travers ce que l’on appelle des polymorphismes fonctionnels.

Le cinquième est psychiatre. Comme le troisième, « il palpe, il capte l’immunité » à travers son expérience clinique. Si mes patients sont déprimés, explique-t-il aux cinq autres aveugles, ils sont beaucoup plus vulnérables aux infections.

Le sixième est un chercheur-gériatre, spécialisé dans la dénutrition et la sarcopénie. Pour lui, l’immunité est affaire de muscles. Cela ne fait aucun doute, un sénior sans muscles est un sénior à l’immunité faible.

Contrairement aux hommes de la légende indienne, ces différents aveugles, scientifiques ou médecins, pourraient se comprendre et s’entendre s’ils se retrouvaient et s’ils prenaient le temps de s’intéresser au savoir des autres. Car leurs savoirs sont universels (publiés) et ils peuvent se comprendre mutuellement.

Mais bizarrement personne, aucun sage, ou presque, « ne les encourage à une mise en commun de leur savoir pour une juste vision de la nature de l’éléphant (immunité) » !

Dans la société d’aujourd’hui confrontée à une épidémie, seul le point de vue de l’aveugle immunologiste est considéré !! (Et encore, son savoir très complexe est ultra-simplifié pour être utilisé commercialement). Qu’en est-il du savoir des autres aveugles pour nous donner une juste vision de l’immunité.**

En médecine ou santé fonctionnelle, nous essayons face aux pathologies que nous abordons d’être ce sage qui invite à intégrer un savoir global, systémique : une vision de l’éléphant avec les différents points de vue des aveugles !

Ainsi par exemple, une dépression est approchée et considérée avec le point de vue :

  • De l’aveugle-gastroentérologue : lien intestin cerveau 
  • Mais aussi avec le point de vue de l’aveugle-endocrinologue : une bonne fonction thyroïdienne – encore elle – est importante pour de bonnes fonctions psychiques
  • De certains autres aveugles : comme un gynécologue qui nous apprend que la progestérone est un psychotrope naturel de la femme
  • De l’aveugle-généticien : des polymorphismes génétiques – MTHFR par exemple – jouent un rôle causal dans la dépression

Sans oublier bien sûr celui de l’aveugle spécialiste, le psychiatre… etc. …

C’est tout l’art de la médecine ou santé fonctionnelle d’essayer d’approcher cette complexité grâce à différents outils dont nous avons parlé dans un précédent article.  C’est la compréhension et l’utilisation de ces outils que nous apprenons dans les formations de DFM pour devenir ces « sages » qui « encourage à une mise en commun du  savoir pour une juste vision de la nature d’un éléphant » !!

Bruno Mairet, Consultant et formateur en santé fonctionnelle – Cofondateur de DFM Formations

 

*J’emploie souvent ce terme pour parler des fonctions biologiques. On me l’a fait remarquer ! Ce n’est pas qu’une façon de parler. La pensée humaine n’est pas capable (inimaginable) de comprendre les systèmes biologiques. Leur complexité est telle qu’une nouvelle science, la biologie systémique, approche la description des systèmes biologiques grâce aux mathématiques et à des modélisations numériques très poussées. Grâce à ces outils, elle peut au mieux actuellement, effleurer cette complexité du vivant ! Alors quand on entend affirmer que tout est sous contrôle avec des processus de thérapies expérimentales, que l’on sait exactement ce que l’on fait, de deux choses l’une : soit c’est de l’ignorance, soit des mensonges impardonnables…

** j’ai essayé d’intégrer les points de vue des 6 aveugles dans mon livre « Défendez-vous, contre les infections, taillez-vous une immunité sur mesure »

 

 

Pour vous former en ce sens :

 13 jours de formation sur 10 mois. Avec Guénaëlle Abéguilé et Bruno Mairet. Pour voir les dates sur Rennes et Paris, cliquez sur le lien ci-dessous.

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