Une légende indienne pour comprendre l’immunité et la santé fonctionnelle… Par Bruno Mairet

Héritage pasteurien oblige, nous avons une vision de la lutte contre les maladies infectieuses très manichéenne, dualiste : le bien contre le mal, une guerre acharnée entre les microorganismes (virus, bactérie) d’un côté et le système immunitaire de l’autre. Cette conception très simpliste qui date du 19e siècle s’est bien ancrée dans nos croyances au 20e avec les stratégies vaccinales. Inutile de démonter combien elle perdure aujourd’hui dans les stratégies médicales mainstream. Or, la science, la vraie (pas celle que l’on agite dans les médias pour faire passer certaines pilules… enfin pas vraiment la pilule si vous voyez ce que je veux dire) depuis près de deux décennies, a littéralement révolutionné notre vision de l’immunité. Une fois n’est pas coutume, pour expliquer ce concept moderne de l’immunité, je vais parler comme un vieux sage ! 

Connaissez-vous la légende indienne « Les 6 aveugles et l’éléphant » que l’on retrouve déjà dans un texte bouddhique datant de 500 ans av. J.-C. ? Vous pourrez en trouver une version complète ici.  Comme je suis un sage un peu moderne et surtout pressé (!), je vais vous en donner une version « post » !

C’est l’histoire de 6 hommes aveugles, mais très instruits et curieux qui décident pour la première fois de rencontrer un éléphant. Lors de cette rencontre, chaque homme touche une partie différente de l’éléphant et arrive à une conclusion concernant sa nature. Le premier qui touche le flanc décrète qu’un éléphant est comme un mur. Le second qui touche une défense est certain qu’un éléphant est comme un sabre. Le troisième qui saisit la trompe l’identifie avec un serpent. Pour le quatrième qui s’empare de l’oreille, nul doute un éléphant est comme une grande feuille. Pour le sixième qui prend à bras le corps une jambe, un éléphant ressemble à un arbre. Enfin, pour que le sixième qui attrape la queue, la réalité d’un éléphant est proche d’une corde. Des discussions vives s’en suivent alors et l’apaisement entre les 6 hommes ne sera dû qu’à l’arrivée d’un sage qui confirmera à chacun la véracité de sa découverte, et les encouragera à une mise en commun de leur savoir pour une juste vision de la nature d’un éléphant.   

Transposons cette fable à notre sujet de l’immunité ! Depuis 20 ans, les sciences biologiques ont complètement révolutionné la vision de l’être humain et au passage ont questionné la nature de l’immunité. Qu’est-ce donc que cette capacité biologique d’une complexité inimaginable* ? Nous avons, six aveugles, médecins ou scientifiques, qui s’approchent de l’immunité et en touche une partie.

Le premier aveugle est immunologiste et fort du fait que ce sujet est sa discipline, il décline son savoir énorme sur les cellules de l’immunité et leurs très complexes interactions, ainsi que les dizaines de substances, appelées cytokines qui participe de la communication de ce système. Il pourrait d’ailleurs avoir écrit ce livre qui traduit bien la complexité de ce système.

Le deuxième est gastroentérologue, il est convaincu que l’immunité se forge au cœur de l’intestin dans un système complexe qu’il appelle l’écosystème intestinal.

Le troisième est endocrinologue, il argumente sur le fait que lorsque ses patients sont en hypothyroïdie ou très stressés (cortisol très élevé) ils montent des faiblesses immunitaires.

Le quatrième est chercheur-généticien. Pour lui, une grande partie de nos capacités immunitaires (forces et faiblesses) se retrouvent dans les gènes à travers ce que l’on appelle des polymorphismes fonctionnels.

Le cinquième est psychiatre. Comme le troisième, « il palpe, il capte l’immunité » à travers son expérience clinique. Si mes patients sont déprimés, explique-t-il aux cinq autres aveugles, ils sont beaucoup plus vulnérables aux infections.

Le sixième est un chercheur-gériatre, spécialisé dans la dénutrition et la sarcopénie. Pour lui, l’immunité est affaire de muscles. Cela ne fait aucun doute, un sénior sans muscles est un sénior à l’immunité faible.

Contrairement aux hommes de la légende indienne, ces différents aveugles, scientifiques ou médecins, pourraient se comprendre et s’entendre s’ils se retrouvaient et s’ils prenaient le temps de s’intéresser au savoir des autres. Car leurs savoirs sont universels (publiés) et ils peuvent se comprendre mutuellement.

Mais bizarrement personne, aucun sage, ou presque, « ne les encourage à une mise en commun de leur savoir pour une juste vision de la nature de l’éléphant (immunité) » !

Dans la société d’aujourd’hui confrontée à une épidémie, seul le point de vue de l’aveugle immunologiste est considéré !! (Et encore, son savoir très complexe est ultra-simplifié pour être utilisé commercialement). Qu’en est-il du savoir des autres aveugles pour nous donner une juste vision de l’immunité.**

En médecine ou santé fonctionnelle, nous essayons face aux pathologies que nous abordons d’être ce sage qui invite à intégrer un savoir global, systémique : une vision de l’éléphant avec les différents points de vue des aveugles !

Ainsi par exemple, une dépression est approchée et considérée avec le point de vue :

  • De l’aveugle-gastroentérologue : lien intestin cerveau 
  • Mais aussi avec le point de vue de l’aveugle-endocrinologue : une bonne fonction thyroïdienne – encore elle – est importante pour de bonnes fonctions psychiques
  • De certains autres aveugles : comme un gynécologue qui nous apprend que la progestérone est un psychotrope naturel de la femme
  • De l’aveugle-généticien : des polymorphismes génétiques – MTHFR par exemple – jouent un rôle causal dans la dépression

Sans oublier bien sûr celui de l’aveugle spécialiste, le psychiatre… etc. …

C’est tout l’art de la médecine ou santé fonctionnelle d’essayer d’approcher cette complexité grâce à différents outils dont nous avons parlé dans un précédent article.  C’est la compréhension et l’utilisation de ces outils que nous apprenons dans les formations de DFM pour devenir ces « sages » qui « encourage à une mise en commun du  savoir pour une juste vision de la nature d’un éléphant » !!

Bruno Mairet, Consultant et formateur en santé fonctionnelle – Cofondateur de DFM Formations

 

*J’emploie souvent ce terme pour parler des fonctions biologiques. On me l’a fait remarquer ! Ce n’est pas qu’une façon de parler. La pensée humaine n’est pas capable (inimaginable) de comprendre les systèmes biologiques. Leur complexité est telle qu’une nouvelle science, la biologie systémique, approche la description des systèmes biologiques grâce aux mathématiques et à des modélisations numériques très poussées. Grâce à ces outils, elle peut au mieux actuellement, effleurer cette complexité du vivant ! Alors quand on entend affirmer que tout est sous contrôle avec des processus de thérapies expérimentales, que l’on sait exactement ce que l’on fait, de deux choses l’une : soit c’est de l’ignorance, soit des mensonges impardonnables…

** j’ai essayé d’intégrer les points de vue des 6 aveugles dans mon livre « Défendez-vous, contre les infections, taillez-vous une immunité sur mesure »

 

 

Pour vous former en ce sens :

 13 jours de formation sur 10 mois. Avec Guénaëlle Abéguilé et Bruno Mairet. Pour voir les dates sur Rennes et Paris, cliquez sur le lien ci-dessous.

Une formation certifiante sur 13 journées (91 heures) de formation sur 6 mois pour un tarif de 2150 € (soit une remise de 190€). L’achat d’un module vous donne accès un groupe Facebook privé. Nouvelles dates 2025/2026.

54 vidéos pour un tarif de 2150 € (soit une remise de 190€). Des quizz pour chaque vidéo + support de formation PDF téléchargeable. L’achat d’un module vous donne accès un groupe Facebook privé.

Au sujet du gluten, y a de quoi s’engluer ! Par Bruno Mairet

En nutrition, le gluten est sans doute aujourd’hui l’ennemi publics N° 1.  Or, nous allons montrer qu’il y a parfois association de malfaiteurs (!) et que l’accusation suivie de l’exclusion systématique du gluten peut être une solution un peu (trop) facile. Mais avant d’aller plus loin, précisons certaines choses. D’un point de vue biochimique, il faut déjà préciser que ce que l’on appelle communément le gluten, n’est pas une unique substance, mais un ensemble de molécules : il s’agit précisément de deux familles de protéines. Il faut savoir que plusieurs dizaines de résidus protéiques ont été identifiés comme toxiques ! Cette précision pour dire d’emblée que le sujet du jour (le gluten) est plus complexe qu’il n’y parait. Complexité qui apparaît aussi dans les 3 types de problèmes de santé que peut générer le gluten. Il est important de les distinguer. On peut être allergique aux protéines du gluten (avec asthme, rhinite, eczéma, vomissement…) comme on peut être allergique aux protéines de lait . On peut développer avec le gluten, la maladie auto-immune appelée maladie cœliaque. Et on peut être hypersensible au gluten.  C’est de ce dernier problème, dit hypersensibilité non cœliaque au gluten, dont nous allons parler dans cet article.

Gluten free : j’y vais ou j’y vais pas ?

La description de l’hypersensibilité au gluten date de 1978, mais c’est seulement à partir de 2010 que l’intérêt d’un nombre important de scientifiques pour cette maladie se manifeste définissant les années suivantes ses caractéristiques (1). Vous avez des douleurs abdominales, des ballonnements, des diarrhées/constipations, des prurits, de la fatigue chronique, des douleurs musculaires et articulaires, et des migraines. Vous avez lu ou on vous a dit qu’il s’agissait peut être d’une série de problèmes liés au gluten… et vous avez aussi lu ou entendu qu’en supprimant le gluten de votre alimentation vous alliez retrouver la santé ! La proposition est tentante, mais vous êtes encore prudent parce que vous avez le sentiment aussi que le gluten-free est une vaste mode et/ou un problème de santé… de riche. Bref, vous hésitez à franchir le pas vers un régime contraignant pour vous et votre famille (et coûteux), sans avoir la certitude que c’est bien le gluten la clef de votre problème.  Est-ce réellement la  bonne chose à faire ? On (encore lui !!) vous a dit qu’il existait un test pour savoir si l’on était hypersensible au gluten. C’est un test de recherche des IgG anti gluten, comme il y a des tests pour la recherche d’IgG anti caséine (protéine de lait), IgG anti ovalbumine (protéine de l’œuf)… etc… Il existe des centaines de recherches d’IgG anti protéines alimentaires… Ce test vous parait la solution pour que vous soyez confirmé (ou pas) dans votre gluten-free transition !  Mais vous avez dorénavant une nouvelle question.

Le test IgG anti gluten est-il fiable ?

On retrouve les IgG anti gliadine (une des protéines du gluten) dans 56% des cas de personnes hypersensible au gluten, soit environ 1 cas sur 2. Autant dire que c’est un test peu fiable. Vous pouvez avoir des faux négatifs, c’est à dire que vous pouvez avoir une hypersensibilité au gluten (non cœliaque) sans avoir de réponses positives aux IgG anti gliadine. Il existe aussi des faux positifs : vous pouvez retrouver les IgG anti gluten élevées sans avoir de troubles fonctionnels (2). Peut-on conclure pour autant qu’il ne sert à rien de faire ce test ?! Je ne serai pas si radical. Je dirai plutôt que ce test doit être entrepris dans un cadre plus vaste d’exploration du microbiote et de la muqueuse intestinale.

Hypersensibilité au gluten et leaky gut

Savez-vous que dans des conditions de santé, la muqueuse de notre intestin doit être semi-perméable, c’est-à-dire perméable très essentiellement à des petites molécules alimentaires (acides aminés, glucose, acides gras, vitamines…), mais imperméable à des moyennes ou grosses molécules (protéines ou polypeptides notamment) et à des micro organismes comme des bactéries. Notre muqueuse intestinale a donc une double fonction. La plus connue c’est sa fonction d’absorption des nutriments. Moins connue, mais non moins fondamentale, la muqueuse possède aussi une fonction de barrière. Elle s’oppose à la pénétration des éléments protéiques non digérés qui sont dangereux pour notre corps car antigéniques. Lorsqu’une protéine de lait de vache traverse la barrière intestinale, notre corps pense qu’il est envahi par les vaches !!  Image caricaturale mais cependant bien réelle car le corps va traiter cette protéine de vache comme un élément étranger et déclencher la guerre : l’inflammation ! Ainsi, si cette fonction de barrière est altérée de nombreux antigènes passent dans notre corps et une inflammation se déclenche. C’est ce qui se passe dans le cas de l’hypersensibilité au gluten. Il a été en effet montré que la gliadine (une des protéines du gluten) provoque une altération de la fonction de barrière chez les gens hypersensibles au gluten (3). On appelle cela un leaky gut : un intestin poreux, ou intestin hyper perméable. Ce concept de leaky gut est très important pour comprendre de nombreuses souffrances  intestinales et aussi de nombreux problèmes chroniques. Le gluten donc altère la barrière intestinale. Mais c’est un cercle vicieux car l’altération de la barrière intestinale augmente le passage des protéines du gluten à travers la muqueuse. Qui est la poule, qui est l’œuf ? Est-ce le gluten qui provoque le leaky gut ? Ou le leaky gut qui provoque le passage du gluten et donc l’hypersensibilité ? Il est fort probable que les deux mécanismes s’auto-alimentent.

Cette conclusion a des conséquences importantes. Si on se contente de supprimer le gluten mais qu’il existe un leaky gut ayant une autre cause que le gluten (ou ayant plusieurs causes dont le gluten !), que va t-il se passer ? Certes, il est fort probable que les problèmes intestinaux s’estompent grandement. Mais il est aussi probable que le leagy gut perdure. Or, un leaky gut est une source d’inflammation chronique bien problématique : hyperinsulinisme, surpoids, risques cardiovasculaires, problèmes neurologiques, articulaires… Bref, on peut en supprimant le gluten se débarrasser de nombreux symptômes mais laisser perdurer un état de leaky gut néfaste pour la santé sur bien des aspects. C’est ainsi que le gluten devient l’arbre qui cache la forêt. On s’occupe du gluten, on ne voit que lui, mais on oublie le reste qui est sans doute tout aussi important et notamment ce fameux leaky gut.

Soigner le leaky gut

Pour en revenir à notre test IgG anti gluten. Il est intéressant dans la mesure où on l’associe à une évaluation de l’ensemble du microbiote et de la barrière intestinale. Parmi les principaux tests citons:

  • Test de l’évaluation de l’activité métabolique du microbiote : DMI (Dysbiose Mycose Intestinale) ou MOU (Métabolite Organique Urinaire) suivant le laboratoire.  Ce test permet en premier lieu d’objectiver la présence d’une dysbiose. Si cette dernière est présente, il permet de qualifier la dite dysbiose. Est-on en présence d’une prolifération fongique (candidose précisément) ? Ou s’agit-il plutôt d’une dysbiose de fermentation ? D’une dysbiose de putréfaction ? Cette qualification orientera grandement la prise en charge.
  • Test de la Zonuline,  une protéine synthétisée par les cellules de la muqueuse ( et par l’hépatocyte également). Cette protéine régule la fonction de barrière intestinale. Une augmentation de la Zonuline est liée à une perte de cette fonction, à des « fuites » d’antigènes alimentaires et de pathogènes, associées à des risques accrues de maladies inflammatoires chroniques.
  • Test de la LBP.  Sans doute, un des marqueurs les plus spécifiques. Un intestin poreux conduit à un passage de bactéries dites gram négatif dans la circulation sanguine. Cette catégorie de bactéries présente à sa surface une molécule complexe (un lipopolysaccharide), le LPS. Pour neutraliser ce type de pathogènes le foie produit une protéine  inflammatoire, appelé LBP, dirigée contre le LPS. Ce qui est important pour nous en micronutrition c’est que cette protéine inflammatoire est un très bon marqueur révélant la présence de passage de bactéries intestinales dans le sang … et donc mettant en évidence la perméabilité intestinale.

Ainsi vous l’avez compris, en micronutrition on va chercher à obtenir une image précise de la fonction barrière pour pouvoir la soigner dans son ensemble. Au lieux d’une exclusion totale du gluten (qui pourra cependant peut-être s’imposer parfois !) on pourra proposer plusieurs choses dans une démarche globale de rééducation en micronutrition. Savez-vous déjà que manger stressé et ne pas mastiquer est une source importante d’inflammation et donc de leaky gut ? Il est donc bien possible qu’en mastiquant mieux  et en diminuant les quantités de gluten on puisse éviter une exclusion totale ! Tout simplement. Mais aussi on peut proposer une restauration de la barrière intestinale: il existe des nutriments spécifiques pour cela. Enfin une pourra corriger une éventuelle dysbiose grâce à une alimentation adaptée. Bref, il faut s’occuper de la forêt et pas uniquement de l’arbre gluten qui est devant !  Ceci est une vraie démarche de santé intégrative.

Bruno Mairet, Consultant et formateur en Santé Fonctionnelle et cofondateur de DFM Formations. Il est l’auteur des livres “Défendez-vous !” et “Maitrisez votre protocole santé avec les analyses nutritionnelles et fonctionnelles”.

Le cursus Duo Pratik

DFM formations c’est tout d’abord son cursus de formation en micronutrition : le cursus « Duo Pratik » par Guénaëlle Abéguilé et Bruno Mairet. Il est la véritable colonne vertébrale de notre organisme de formation.

Une formation diplômante de 13 jours répartis en 6 modules. Avec Guénaëlle Abéguilé et Bruno Mairet. Disponible en, présentiel à Paris ou Lyon, en E-Learning ou Classe virtuelle.