Glaire cervicale : témoin de l’équilibre hormonal féminin – Intérêt de cet outil d’observation du cycle en santé fonctionnelle par Guénaëlle Abéguilé

La glaire cervicale (encore appelée mucus cervical) est produite au niveau du col de l’utérus.

Ça ne vous évoque rien ?

Mais si, c’est ce qui est régulièrement appelé… « pertes blanches ». J’en vois certaines d’ici faire la grimace… En effet dans l’inconscient collectif, ces sécrétions, on ne peut plus physiologiques, sont perçues comme quelque chose de sale, de honteux… Le mythe est largement entretenu par le tabou autour de nos fluides corporels et par les vendeurs de protège-slips !!!!

Je m’engage dans cet article, à faire de vous des femmes fières de votre mucus cervical ! Vous rentrerez alors dans le gang des « décomplexées de la glaire ».

L’observation de la glaire est un outil extrêmement précieux, que j’intègre au quotidien dans mes consultations d’hormono et de fertilité en santé fonctionnelle. Elle nous donne de précieuses indications sur l’imprégnation hormonale de la patiente.

Glaire cervicale : quelques précisions s’imposent

Les œstrogènes fluidifient la glaire tandis que la progestérone l’assèche.

Ainsi, l’observation du mucus cervical nous donnera de précieuses informations sur le statut hormonal de la femme.

Les hormones évoluent en fonction du cycle. La glaire subira alors en permanence leur influence. Ceci entraînera des modifications de sensation à la vulve perceptibles par la femme. Nous utiliserons l’observation de la glaire comme témoin de l’équilibre hormonal de la femme.

Contrairement aux analyses biologiques qui permettent d’évaluer la situation à l’instant T, la femme qui sait s’observer pourra nous renseigner sur son statut hormonal jour après jour, cycle après cycle. Cet outil lui permettra alors d’évaluer sa période de fertilité, et donc d’optimiser ses chances de concevoir ou au contraire, d’éviter une grossesse. Une femme qui s’observe, pourra également identifier les événements perturbant son ovulation : stress, activité physique, médication, alimentation, fatigue, perturbation des biorythmes, infections, inflammation… Ce feedback en temps réel permettra à la femme d’adapter son mode de vie en fonction de ses sensibilités et/ou des périodes de son cycle.

Savoir identifier son ovulation permet à la femme de savoir dans quelle phase du cycle elle est : phase folliculaire avant l’ovulation, phase lutéale après l’ovulation. Ces différentes phases sont caractérisées par des imprégnations hormonales différentes. Elle comprendra alors l’influence que ses hormones ont sur son humeur, son comportement, sa forme physique, son équilibre psychique, ses compétences sportives… Ainsi, elle pourra optimiser ses performances physiques et psychiques en programmant ses activités en fonction des phases du cycle. Pour exemple, elle favorisera ses entraînements à forte intensité en période péri-ovulatoire et les entraînements plus endurants pendant la phase lutéale. Elle fera naître ses projets créatifs en fin de phase folliculaire et les concrétisera en phase lutéale… Comprendre et vivre avec son cycle au lieu de lutter contre celui-ci permet à la femme de mieux se comprendre, d’être plus tolérante envers elle-même, de renouer avec sa personnalité et de vivre pleinement sa vie de femme.

La plupart des femmes ont une vision altérée de leur cycle, en effet, elle l’assimile bien souvent à la période péri-menstruelle. Cette phase n’est pas toujours agréable pour la femme : apparition de syndrome prémenstruel (douleurs aux seins, irritabilité, troubles digestifs, fatigue, rétention d’eau…), règles douloureuses, abondantes… La femme aura alors tendance à tenir ses hormones responsables de ces désagréments. Ainsi, elle sera tentée de faire taire ses cycles à l’aide d’une pilule contraceptive.

Remettons le responsable à sa juste place : ce ne sont pas les hormones qui sont en cause de ces désagréments, mais le déséquilibre hormonal. Cette nuance à une importance capitale. En effet, ces signes cliniques sont la partie émergée de l’iceberg. Ils nous informent de la présence d’une dysfonction. À nous, praticien en santé fonctionnelle, d’utiliser ces symptômes comme signe d’alerte et de remonter au(x) coupable(s). La prise en charge causale permettra de faire disparaître ces troubles tout en respectant la physiologie de la femme. Ainsi, elle profitera pleinement de ses formidables hormones naturelles le plus longtemps possible !

Pour en savoir plus sur l’intérêt du cycle physiologique et le rôle des hormones féminines sur la santé, je vous invite à lire mon article : « J’ovule donc je suis. »

Quels genres d’informations la femme observant sa glaire peut-elle nous apporter lors des consultations en santé fonctionnelle ?

La femme qui s’observe avec des outils tels que la glaire cervicale pourra nous alerter en cas de troubles hormonaux. Ses observations nous apporteront de précieux indices sur les responsables de ses troubles : hyper ou hypo-œstrogénie ? dysovulation ? Insuffisance de progestérone ? Type de saignement ? ….

La recherche de la cause des troubles constitue l’objectif numéro 1 de notre investigation en santé fonctionnelle. Ainsi, cet outil d’observation des cycles vient s’ajouter à nos outils d’investigation cliniques et biologiques. La patiente devient alors une véritable actrice de cette mission.

Ce n’est pas tout. La patiente qui se prête au jeu sera en mesure de reconnaître son ovulation, elle pourra alors réaliser les analyses biologiques au bon moment du cycle et prendre ses compléments alimentaires, plantes ou hormones bioidentiques au moment le plus physiologique. Gage de réussite dans nos prises en charge.

Que se passe-t-il pendant la phase folliculaire ?

Lors de la phase folliculaire, les œstrogènes montent progressivement. Ceux-ci offrent à la femme une belle énergie, de la motivation, des envies, des projets, de l’assurance, une bonne libido, une belle puissance physique et intellectuelle. Cette âme de guerrière, c’est l’effet œstrogène ! Ces hormones sont à leur maximum autour de l’ovulation. Ovulation power !!! Comment ne pas vouloir la conserver !

Au fur et à mesure de la montée des œstrogènes, la femme ressentira une glaire de plus en plus présente. Ses sensations à la vulve vont évoluer jusqu’au jour sommet (encore appelé jour pic) : le jour où la glaire est la plus fluide/glissante/abondante (ces caractéristiques dépendent des méthodes utilisées). Son jour sommet sera alors identifié le lendemain de celui-ci, par l’apparition d’une glaire moins présente voir absente à la vulve.

70 % des femmes ovulent le jour pic (ou sommet) et 30% la veille ou le lendemain de celui-ci. Cette observation est alors un outil précieux pour que la femme puisse identifier son ovulation.

Que se passe-t-il pendant la phase lutéale ?

Après l’ovulation, la femme rentre dans la phase lutéale. Le follicule devient un corps jaune sécrétant de la progestérone.

Cette hormone est une puissante régulatrice hormonale. Elle module l’action des œstrogènes, des androgènes, module la synthèse de prolactine et favorise la conversion des hormones thyroïdiennes inactives en hormones actives. Grâce à la progestérone, donc à l’ovulation, tous les excès sont tamponnés. Elle favorise également l’apaisement en activant la synthèse de sérotonine et les récepteurs GABA. La femme qui produit suffisamment de progestérone est alors zen, sereine, organisée.

Pendant cette phase du cycle, sous l’effet de la progestérone, la glaire cervicale s’asséchera par 2 mécanismes : elle épaissit la glaire ce qui obstrue le col de l’utérus et elle active les poches de Shaw à l’entrée du vagin qui aspirent la glaire. Ainsi, à la vulve, la femme se sentira sèche pendant cette période du cycle.

Pourquoi identifier ces différentes phases ?

Contrairement à ce que l’on apprend dans les livres ou même dans les cursus universitaires, la femme n’ovule pas forcément à J14 !

Connaitre la période ovulatoire permet tout d’abord d’optimiser ses chances de conception ou au contraire d’éviter une grossesse. Attention, cet article n’a pas pour prétention de remplacer les formations proposées par les instructrices des méthodes d’observation du cycle ! En effet, pour que ces méthodes soient efficaces en tant que méthode contraceptive, il est indispensable de se former !

Dans ma pratique de praticien en santé fonctionnelle, cet outil me permet de repérer des dysfonctions ovulatoires ainsi que les troubles et déséquilibres hormonaux. Ces méthodes permettent à la femme d’effectuer les analyses hormonales au bon moment du cycle et d’optimiser la prise en charge en utilisant les plantes à visée hormonale pendant la phase adéquate.

Intérêt de l’observation du cycle dans l’évaluation de l’équilibre hormonal féminin

En consultation, nous sommes amenés à recommander des analyses 7 jours après l’ovulation. Seules les femmes sachant « s’observer » sont en mesure de les effectuer au bon moment du cycle. Nous sommes alors en possession d’analyses hormonales très pertinentes.

Classiquement, les analyses biologiques hormonales post-ovulatoires sont demandées à J21. Ceci est lié au fait qu’on estime que le cycle dure 28 jours et que la femme ovule à J14. Les dosages de progestérone et d’œstradiol post-ovulatoire sont pertinents lorsqu’ils sont à leur maximum, c’est-à-dire 7 jours après l’ovulation. Cependant, seuls 30% des femmes ovulent à J14. Les 70 % restantes auront alors effectué leurs analyses un peu ou beaucoup trop tôt ou trop tard.

Imaginons une femme vous consulte pour un syndrome prémenstruel. Elle se plaint de tensions mammaires et de rétention d’eau avant les règles. Vous savez que le responsable de ce type de trouble est le déséquilibre oestroprogestatif. En revanche, ces signes cliniques ne vous disent pas si ce déséquilibre provient d’un excès d’œstrogènes ou d’un déficit de progestérone. L’analyse biologique post-ovulatoire vous apportera des informations complémentaires.

Vous lui conseillez alors un dosage de ces 2 hormones à J21. Le résultat vous indique une progestérone à 4 ng/ml. Vous vous dites : « Bingo ! Elle manque de progestérone, d’où son déséquilibre oestroprogestatif. » Vous lui proposez alors des plantes progestatives ou de la progestérone bioidentique. Ce qui vous échappe, c’est que cette femme a ovulé à J9 ! Son dosage de progestérone effectué à J 21, soit 12 jours après l’ovulation ne pouvait être que bas !!! Vous auriez fait l’analyse à J16 (7 jours après son ovulation), vous auriez peut-être trouvé une progestérone parfaite à 22 ng/ml, mais des œstrogènes explosés !!!! Donc oui, il y a bien un déséquilibre oestroprogestatif, mais vous le saviez déjà avec la clinique… En revanche, le responsable n’est absolument pas le manque de progestérone, mais c’est l’excès d’œstrogènes !!! On comprend que la prise en charge ne sera pas la même ! Pour faire disparaître les symptômes de la patiente, vous devez, non pas augmenter la progestérone qui est parfaite, mais moduler les œstrogènes ! Sans cette considération, votre prise en charge sera un échec.

C’est le même type de scénario pour les femmes qui ovulent plus tardivement. Si elle ovule à J22 et que vous faites le dosage à J21, vous trouverez des œstrogènes explosés (ce qui peut être tout à fait physiologique, car elle prépare son ovulation.), et une progestérone effondrée (puisqu’elle n’a pas encore ovulé). Cette femme aura pourtant peut-être une ovulation de compet’ qui ne nécessitera aucune intervention, mais celle-ci serait uniquement objectivable à l’analyse effectuée à J29 !

Intérêt des outils d’observation du cycle dans nos prises en charge en santé fonctionnelle

Pour corriger les troubles hormonaux chez la femme en période d’activité génitale (de la ménarche à la ménopause), nous sommes amenés à proposer des compléments alimentaires et/ou de la phytothérapie et/ou des hormones bioidentiques (pour les médecins) à certaines périodes du cycle. La femme se basant sur le calendrier prendra les plantes conseillées pour la période préovulatoire de J1 à J14 et pour la période post-ovulatoire de J15 à J28. Dans le cas où cette femme ovulerait à J9, elle prendrait alors des plantes prévues pour la phase folliculaire alors qu’elle est déjà dans la phase lutéale entre J9 à J14 ! De la même manière, si elle ovule à J19, elle prendra ses plantes ou traitements conseillés pour la phase lutéale alors qu’elle sera toujours en phase folliculaire. La prise en charge a alors peu de chance d’être efficace, pire encore, elle pourrait altérer son ovulation ou même l’empêcher, ce qui est susceptible d’aggraver ses troubles.

En conclusion

L’observation de la glaire par la femme constitue un outil à part entière dans nos investigations en santé fonctionnelle. La femme qui pratique une méthode d’observation du cycle devient actrice à part entière dans notre enquête à la recherche des causes maîtresses de ses troubles. Elle nous apportera de précieuses informations nous permettant d’identifier et de quantifier les troubles. Elle nous fournira également de nombreux indices nous conduisant à l’identification des coupables. La femme pourra effectuer ses analyses hormonales et prendra ses compléments, phyto et/ou hormones bioidentiques aux moments du cycle les plus pertinents, dans le respect de la physiologie. La prise en charge sera alors optimale. Ses observations lui permettront également d’avoir un feed-back direct sur l’efficacité de la prise en charge.

En dehors de ceci, les méthodes d’observation du cycle permettent de mieux se connaitre en tant que femme, de se reconnecter avec son corps et de percevoir toute la magie que nos hormones nous apportent.

Pour les décomplexées de la glaire convaincues qui souhaiteraient en savoir plus, je vous invite à vous procurer le livre de Marion Vallet et Dr Sophie Saab-Tsnobiladzé : « cycle féminin au naturel »

Guénaëlle Abéguilé, Consultante et formatrice en santé fonctionnelle – Cofondatrice de DFM Formations auteure du livre « Troubles Hormonaux reprenez le pouvoir« 

Pour aller plus loin :

Pratik Fonctionnelle en Hormono Médicale

Améliorer la prise en charge de l’équilibre œstroprogestatif grâce à l’assiette

Une légende indienne pour comprendre l’immunité et la santé fonctionnelle… Par Bruno Mairet

Héritage pasteurien oblige, nous avons une vision de la lutte contre les maladies infectieuses très manichéenne, dualiste : le bien contre le mal, une guerre acharnée entre les microorganismes (virus, bactérie) d’un côté et le système immunitaire de l’autre. Cette conception très simpliste qui date du 19e siècle s’est bien ancrée dans nos croyances au 20e avec les stratégies vaccinales. Inutile de démonter combien elle perdure aujourd’hui dans les stratégies médicales mainstream. Or, la science, la vraie (pas celle que l’on agite dans les médias pour faire passer certaines pilules… enfin pas vraiment la pilule si vous voyez ce que je veux dire) depuis près de deux décennies, a littéralement révolutionné notre vision de l’immunité. Une fois n’est pas coutume, pour expliquer ce concept moderne de l’immunité, je vais parler comme un vieux sage ! 

Connaissez-vous la légende indienne « Les 6 aveugles et l’éléphant » que l’on retrouve déjà dans un texte bouddhique datant de 500 ans av. J.-C. ? Vous pourrez en trouver une version complète ici.  Comme je suis un sage un peu moderne et surtout pressé (!), je vais vous en donner une version « post » !

C’est l’histoire de 6 hommes aveugles, mais très instruits et curieux qui décident pour la première fois de rencontrer un éléphant. Lors de cette rencontre, chaque homme touche une partie différente de l’éléphant et arrive à une conclusion concernant sa nature. Le premier qui touche le flanc décrète qu’un éléphant est comme un mur. Le second qui touche une défense est certain qu’un éléphant est comme un sabre. Le troisième qui saisit la trompe l’identifie avec un serpent. Pour le quatrième qui s’empare de l’oreille, nul doute un éléphant est comme une grande feuille. Pour le sixième qui prend à bras le corps une jambe, un éléphant ressemble à un arbre. Enfin, pour que le sixième qui attrape la queue, la réalité d’un éléphant est proche d’une corde. Des discussions vives s’en suivent alors et l’apaisement entre les 6 hommes ne sera dû qu’à l’arrivée d’un sage qui confirmera à chacun la véracité de sa découverte, et les encouragera à une mise en commun de leur savoir pour une juste vision de la nature d’un éléphant.   

Transposons cette fable à notre sujet de l’immunité ! Depuis 20 ans, les sciences biologiques ont complètement révolutionné la vision de l’être humain et au passage ont questionné la nature de l’immunité. Qu’est-ce donc que cette capacité biologique d’une complexité inimaginable* ? Nous avons, six aveugles, médecins ou scientifiques, qui s’approchent de l’immunité et en touche une partie.

Le premier aveugle est immunologiste et fort du fait que ce sujet est sa discipline, il décline son savoir énorme sur les cellules de l’immunité et leurs très complexes interactions, ainsi que les dizaines de substances, appelées cytokines qui participe de la communication de ce système. Il pourrait d’ailleurs avoir écrit ce livre qui traduit bien la complexité de ce système.

Le deuxième est gastroentérologue, il est convaincu que l’immunité se forge au cœur de l’intestin dans un système complexe qu’il appelle l’écosystème intestinal.

Le troisième est endocrinologue, il argumente sur le fait que lorsque ses patients sont en hypothyroïdie ou très stressés (cortisol très élevé) ils montent des faiblesses immunitaires.

Le quatrième est chercheur-généticien. Pour lui, une grande partie de nos capacités immunitaires (forces et faiblesses) se retrouvent dans les gènes à travers ce que l’on appelle des polymorphismes fonctionnels.

Le cinquième est psychiatre. Comme le troisième, « il palpe, il capte l’immunité » à travers son expérience clinique. Si mes patients sont déprimés, explique-t-il aux cinq autres aveugles, ils sont beaucoup plus vulnérables aux infections.

Le sixième est un chercheur-gériatre, spécialisé dans la dénutrition et la sarcopénie. Pour lui, l’immunité est affaire de muscles. Cela ne fait aucun doute, un sénior sans muscles est un sénior à l’immunité faible.

Contrairement aux hommes de la légende indienne, ces différents aveugles, scientifiques ou médecins, pourraient se comprendre et s’entendre s’ils se retrouvaient et s’ils prenaient le temps de s’intéresser au savoir des autres. Car leurs savoirs sont universels (publiés) et ils peuvent se comprendre mutuellement.

Mais bizarrement personne, aucun sage, ou presque, « ne les encourage à une mise en commun de leur savoir pour une juste vision de la nature de l’éléphant (immunité) » !

Dans la société d’aujourd’hui confrontée à une épidémie, seul le point de vue de l’aveugle immunologiste est considéré !! (Et encore, son savoir très complexe est ultra-simplifié pour être utilisé commercialement). Qu’en est-il du savoir des autres aveugles pour nous donner une juste vision de l’immunité.**

En médecine ou santé fonctionnelle, nous essayons face aux pathologies que nous abordons d’être ce sage qui invite à intégrer un savoir global, systémique : une vision de l’éléphant avec les différents points de vue des aveugles !

Ainsi par exemple, une dépression est approchée et considérée avec le point de vue :

  • De l’aveugle-gastroentérologue : lien intestin cerveau 
  • Mais aussi avec le point de vue de l’aveugle-endocrinologue : une bonne fonction thyroïdienne – encore elle – est importante pour de bonnes fonctions psychiques
  • De certains autres aveugles : comme un gynécologue qui nous apprend que la progestérone est un psychotrope naturel de la femme
  • De l’aveugle-généticien : des polymorphismes génétiques – MTHFR par exemple – jouent un rôle causal dans la dépression

Sans oublier bien sûr celui de l’aveugle spécialiste, le psychiatre… etc. …

C’est tout l’art de la médecine ou santé fonctionnelle d’essayer d’approcher cette complexité grâce à différents outils dont nous avons parlé dans un précédent article.  C’est la compréhension et l’utilisation de ces outils que nous apprenons dans les formations de DFM pour devenir ces « sages » qui « encourage à une mise en commun du  savoir pour une juste vision de la nature d’un éléphant » !!

Bruno Mairet, Consultant et formateur en santé fonctionnelle – Cofondateur de DFM Formations

 

*J’emploie souvent ce terme pour parler des fonctions biologiques. On me l’a fait remarquer ! Ce n’est pas qu’une façon de parler. La pensée humaine n’est pas capable (inimaginable) de comprendre les systèmes biologiques. Leur complexité est telle qu’une nouvelle science, la biologie systémique, approche la description des systèmes biologiques grâce aux mathématiques et à des modélisations numériques très poussées. Grâce à ces outils, elle peut au mieux actuellement, effleurer cette complexité du vivant ! Alors quand on entend affirmer que tout est sous contrôle avec des processus de thérapies expérimentales, que l’on sait exactement ce que l’on fait, de deux choses l’une : soit c’est de l’ignorance, soit des mensonges impardonnables…

** j’ai essayé d’intégrer les points de vue des 6 aveugles dans mon livre « Défendez-vous, contre les infections, taillez-vous une immunité sur mesure »

 

 

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Irritabilité, impulsivité, compulsion alimentaire: Et si c’était un déficit de sérotonine ? Par Guénaëlle Abéguilé

La sérotonine est un neurotransmetteur (molécule chimique qui assure la transmission des messages d’un neurone à l’autre) responsable du bien-être, du lâcher prise, de la sérénité. C’est le « frein physiologique » de la fin de journée. La sérotonine est également le précurseur de la mélatonine (Hormone du sommeil): pas de bon sommeil récupérateur sans sérotonine !

Les personnes souffrant d’un manque de sérotonine seront alors souvent impatients, agacés, irritables, parfois même agressifs. Ils peuvent souffrir également de compulsions alimentaires de type sucré ou gras en fin de journée. D’autres seront reconnaissables car ils ne lâchent jamais prise, ils doivent tout maîtriser et ruminent en permanence ! « Mon cerveau ne s’éteint pas, je ne trouve pas le bouton off »…Lorsque nous leur évoquerons ce neurotransmetteur de la sérénité, du lâcher prise, nous verrons leurs yeux s’illuminer et ils nous diront « ça fait rêver », tandis que d’autres s’enfonceront dans leur chaise et vous diront : « je ne connais pas »

La sécrétion de sérotonine obéit à un rythme biologique circadien (sur 24 h). Son principal pic de sécrétion à lieu vers 17 h, permettant une fin de journée apaisée, sereine, tandis que la première partie de journée, sous la dépendance de la dopamine, doit être plus combative, plus énergique.

Ce neurotransmetteur est synthétisé à partir d’un précurseur : l’acide aminé tryptophane. La synthèse de la sérotonine à partir de cet acide aminé n’est pas un long fleuve tranquille. De l’assiette jusqu’à sa synthèse et au-delà. Voyageons au côté du tryptophane pour comprendre les différents obstacles rencontrés lors de cette grande aventure.

Les principaux freins à la synthèse de la sérotonine sont les suivants :

  • Détournement du tryptophane de la voie de synthèse de sérotonine
  • Obstacles empêchant son entrée dans le cerveau.
  • Déficits micronutritionnels de cofacteurs indispensables à sa synthèse.
  • Difficulté de communication neuronale par insuffisance de fluidité membranaire

Le tryptophane dans l’assiette

Le tryptophane est un acide aminé essentiel, c’est-à-dire que notre organisme ne peut pas le synthétiser, il doit être alors apporté en quantité suffisante par l’alimentation. Ceci représente un premier frein à la synthèse de sérotonine. Nous trouvons du tryptophane dans de nombreux aliments d’origine végétale et animale.

1 – Les voies de détournement du tryptophane:

La Dysbiose (=déséquilibre du microbiote)

Dans l’intestin il rencontrera alors son premier obstacle. Il rentre en contact avec notre microbiote intestinal. Il ne craindra pas un microbiote équilibré, en revanche, les bactéries de putréfaction telles que les clostridiums raffolent du tryptophane. Elles le dévoreront, celui-ci ne sera donc plus disponible pour synthétiser de la sérotonine. Une personne souffrant de dysbiose de putréfaction (facilement reconnaissable à l’odeur de ses gaz!) sera alors beaucoup plus sujet au déficit de sérotonine. Si nous apportons du tryptophane en complément alimentaire dans ce cas, non seulement nous n’aurons pas l’effet escompté, mais nous nourrirons ces mauvaises bactéries et aggraverons la dysbiose. Il paraît alors évident que le traitement du microbiote permettra d’améliorer la biodisponibilité du tryptophane qui pourra alors être absorbé et, si les autres obstacles sont maîtrisés, il pourra se transformer en sérotonine. Notre sujet retrouvera alors bien-être et sérénité ! Ceci illustre un des liens entre microbiote et cerveau ;-).

L’inflammation

La deuxième voie de détournement du tryptophane est l’inflammation. Celle-ci fait dévier le tryptophane vers la voie de la kinurénine. Non seulement le tryptophane ne sera plus disponible pour fabriquer de la sérotonine, mais en plus, l’inflammation lui fera emprunter cette voie neuro toxique responsable de dépression et d’anxiété. Les études indiquent bien une corrélation entre inflammation et dépression. Il paraît alors nécessaire de moduler l’inflammation pour améliorer la synthèse de sérotonine. Cette prise en charge nécessite de repérer et de traiter les causes fonctionnelles responsables de cette inflammation.

Le déficit de vitamine B3

Enfin, la 3ème voie de détournement est la carence en vitamine B3. Cette dernière est fabriquée à partir du tryptophane. En cas de carence de vitamine B3, une grande quantité du tryptophane absorbé sera consommé pour synthétiser cette vitamine. Une optimisation du niveau de Vitamine B3 épargnera le tryptophane qui pourra alors emprunter la voie de synthèse de sérotonine.

Dans ces 3 conditions (inflammation, dysbiose et carence de Vit B3), l’apport de tryptophane sera inefficace. En revanche, le 5 HTP contenu dans la Griffonia échappera à ces voies de détournement. Il pourra alors trouver sa place dans le traitement des déficits de sérotonine. En revanche, contrairement au tryptophane, le 5HTP échappera au rétrocontrôle sur la synthèse de sérotonine. C’est-à-dire que si nous apportons trop de 5 HTP par rapport aux besoins, nous synthétiserons trop de sérotonine. Il faut donc rester prudent lors de son administration en cas de traitement antidépresseur type inhibiteur de la recapture de sérotonine (ISRS). Dans ce cas évitez une complémentation sans consultation auprès d’un professionnel de santé formé en micronutrition ou en phytothérapie.

Dans tous les cas, la priorité sera de repérer et de traiter les éventuelles causes de détournement du tryptophane pouvant être à l’origine du déficit de sérotonine. Le traitement du microbiote, la prise en charge de l’inflammation et la restauration d’un statut optimal en B3 pourront alors suffire pour retrouver notre sérénité.

Lorsque les voies de détournements sont maîtrisées, il faut s’assurer que le tryptophane puisse passer à travers la barrière hémato-encéphalique pour entrer dans le cerveau, lieu de la synthèse de cette sérotonine centrale.

2- Les obstacles empêchant l’entrée du tryptophane dans le cerveau

Détachement de l’albumine

Dans le sang, le tryptophane est pris en charge par un transporteur : l’albumine qui le conduit jusqu’au cerveau. Il doit alors se détacher de ce transporteur afin de traverser la barrière hémato encéphalique (barrière entourant le système nerveux central) et d’entrer dans le cerveau.

Pour favoriser son détachement de l’albumine, plusieurs stratégies existent : L’activité physique, la sexualité et la consommation de gras favoriseront cette opération (ainsi que le lithium). C’est ainsi que le sport augmente la sécrétion de sérotonine, un des facteurs responsables du bien-être ressenti pendant l’activité physique. Certains grands addicts au sport sont de grands déficitaires de sérotonine qui dès lors seront bien équilibrés par le sport. Lorsqu’ils doivent arrêter leur activité physique pour blessure ou autre, ils sont parfois très irritables, impatients et parfois même aggressifs ….D’autres trouveront une autre compensation en se jetant sur la nourriture !

En compétition pour l’entrée dans le cerveau!

Une fois détaché de l’albumine, le tryptophane emprunte un autre transporteur (sorte de porte d’entrée) pour passer la barrière hémato-encéphalique (BHE) et entrer dans le cerveau, lieu de la synthèse de sérotonine centrale. Le tryptophane doit « partager cette porte d’entrée » avec d’autres acides aminés compétiteurs, notamment ceux qu’on appelle les acides aminés branchés et la tyrosine. Plus ces acides aminés seront présents « à la porte », moins le tryptophane pourra rentrer dans le cerveau.

Ces acides aminés branchés sont présents en grande quantité dans les protéines animales. Ainsi la consommation de viandes, charcuteries (et dans de moindre proportion : les poissons, les œufs et produits laitiers) apportera de grandes quantités d’acides aminés branchés au niveau du transporteur de la BHE, limitant l’entrée du tryptophane dans le cerveau. Pour rappel, nous avons besoin de sérotonine en fin de journée. Pour améliorer sa synthèse, nous devons caler notre rythme nutritionnel sur notre rythme biologique : il est alors judicieux d’éviter les protéines animales à ce moment de la journée. Ce type d’approche porte le nom de chronobiologie alimentaire. En cas de déficit de sérotonine, privilégiez un dîner végétalien pour faciliter l’entrée du tryptophane dans le cerveau. Votre soirée sera alors plus zen et votre sommeil plus profond !

D’autres stratégies permettent de détourner les acides aminés compétiteurs du tryptophane et donc de laisser la porte totalement disponible pour l’entrée du précurseur de la sérotonine dans le cerveau. Ces stratégies consistent à faire monter notre taux d’insuline. L’insuline, hormone produite en réponse à l’augmentation du taux de « sucre » dans le sang, détournera les acides aminés branchés de notre cerveau. Ils seront alors moins nombreux à se bousculer aux portillons et le tryptophane entrera plus facilement dans le cerveau. Ainsi, la consommation d’aliments glucidiques entraîne une augmentation de la sérotonine. Ceci explique les compulsions alimentaires de fin de journée de types sucrées ressenties par les personnes souffrant de déficit de sérotonine. Le problème c’est que ces compulsions nous dirigent vers des aliments de type « sucres rapides » augmentant rapidement l’insuline donc la sérotonine (d’où un sentiment de mieux être) mais cette augmentation trop rapide sera suivie d’une hypoglycémie réactionnelle donc d’une chute de l’insuline et de sérotonine. Cette chute expliquera alors le changement d’humeur, l’irritabilité et de nouveau les compulsions alimentaires entretenues par la consommation de « sucres rapides ».

En revanche, nous pouvons utiliser cette stratégie d’une manière plus raisonnée : Prendre un goûter vers 17 heures (heure du pic de sécrétion de sérotonine pour respecter notre chronobiologie) contenant des sucres lents. Ceux-ci permettront de faire monter doucement et durablement l’insuline, entraînant une augmentation stable et durable de la sérotonine jusqu’en début de soirée permettant une humeur plus sereine, une meilleure maîtrise du stress, un meilleur contrôle des compulsions alimentaires et une bonne synthèse de mélatonine nocturne ! Ca fait rêver non ? Donc vers 17 heures, consommez quelques oléagineux accompagnés de chocolat noir ou d’un fruit !

3- Déficits micronutritionnels de cofacteurs indispensables à la synthèse de sérotonine

Par ailleurs, une fois rentré dans le cerveau, le tryptophane doit être transformé en sérotonine, pour cela il aura besoin d’un bon niveau de magnésium, vitamine B9, B12, de Zinc et de Fer. Si un seul manque, la synthèse sera limitée. Un statut optimal en vitamines et minéraux est alors indispensable.

4- Difficultés de communication neuronale par insuffisance de fluidité membranaire

Enfin, comme pour tout neurotransmetteur, pour être efficace, la sérotonine produite à besoin d’être bien déversée dans la fente synaptique (espace entre 2 neurones) et bien réceptionnée par le neurone postsynaptique pour véhiculer son « message de bien-être ».

Pour cela des membranes neuronales souples sont indispensables ! Ces membranes sont constituées de grandes quantités d’acides gras (=les graisses). Les acides gras permettant d’avoir des membranes cellulaires bien souples sont les acides gras insaturés et tout particulièrement les omégas 3. Alors usons et abusons des bonnes huiles végétales riches en oméga 3 (colza, lin, cameline) et des petits poissons gras (sardines, maquereaux, anchois, hareng).

Et puisque nous ne pouvons pas évoquer les omégas 3 sans parler des antioxydants, je rajouterais simplement un mot pour dire que ces acides gras sont magiques à condition qu’ils ne soient pas oxydés par les radicaux libres ! Pour cela une alimentation riche en anti oxydants est indispensable ! Remplissez vos assiettes de couleurs ! Les fruits et légumes les plus colorés sont souvent les plus riches en antioxydant et polyphénols ! Favorisez une alimentation biologique ou raisonnée, abusez des aliments tel que thé vert, curcuma, gingembre, aromates, chocolat noir, baies, légumes feuilles vertes ! Une étude a même démontré que l’optimisme était corrélé au taux de caroténoïde sanguin ! Le Docteur Coudron vous dirait : « Ma grand-mère avait raison ! « Les carottes, ça rend aimable » ! »

Vous avez dès lors compris qu’une bonne synthèse de sérotonine est loin d’être gagnée d’avance. Une bonne maîtrise et compréhension des voies biochimiques menant à sa synthèse est nécessaire afin de lever tous les freins responsables de son déficit. Ceci passera par la mise en place d’un protocole nutritionnel chronobiologique ainsi qu’une complémentation alimentaire adaptée, précise et individualisée en fonction de votre clinique et de votre biologie.

En vous souhaitant une belle sérénité,

Naturellement Votre 😉

Guénaelle Abéguilé, Consultante et formatrice en Santé Fonctionnelle, co fondatrice de DFM Formations

La santé fonctionnelle et la médecine des 4P | Partie 2 – Par Bruno Mairet

Savez-vous ce que signifie l’acronyme DFM ? Démarche Fonctionnelle et Micronutrition. Au cœur de l’enseignement de la santé fonctionnelle, il y a donc une démarche fonctionnelle précise, rigoureuse qu’on acquière essentiellement lors du Cursus Duo Pratik mais que l’on retrouve aussi dans toutes nos formations. Cette démarche fonctionnelle repose sur les grands concepts de la médecine des 4P un courant médical nord-américain du début du 21ème siècle qui a conceptualisé une approche nouvelle de la santé. Je vous expose dans cet article en deux parties (extrait de mon livre « Maîtrisez votre protocole santé ») les grands axes de la démarche 4P au cœur de la santé fonctionnelle (et je rajoute 2P pour Santé des 6P !!)

Dans la partie 1, j’ai traité les 3P Prévention, Prédiction, Personnalisation. Dans la partie 2 nous abordons les 3P Participation, Preuves, Précision.

La participation

Il est important de désirer faire valoir son droit à une approche personnalisée de sa santé («je suis un être avec un mode de vie et un terrain unique, différent de mon voisin, et je veux qu’on le prenne en considération lorsqu’on me soigne»). Mais ça ne peut pas être une revendication sociale! C’est une conquête individuelle. En effet, les institutions de santé ne s’occupent pas des individus mais des masses, du collectif! D’ailleurs, si elles font de la prévention (tabac, alcool, malbouffe), c’est parce qu’il est dans leur intérêt qu’il y ait globalement moins de cancers, de surpoids et d’accidents cardiaques, pour diminuer les coûts de la prise en charge de ces pathologies chroniques. Pour les institutions, il n’y a pas d’individu; il n’y que des chiffres, des statistiques. Est-ce que j’enfonce une porte ouverte ? Sans doute ! Vous en êtes convaincu ? Tant mieux, car c’est une base importante pour comprendre que personne ne nous sert sur un plateau une santé personnalisée; elle se conquière (comme la liberté). Elle nécessite une implication. Concrètement, consulter un praticien en santé fonctionnelle demandera des efforts :

  • Pour entreprendre des changements (parfois conséquents) dans son alimentation. Il faut parfois savoir aller plus loin que le « 5 fruits et légumes par jour » (slogan du ministère français de la Santé, issu à l’origine d’une recommandation de l’OMS, qui n’a pas changé depuis 20 ans).
  • Pour remettre en question son mode de vie. Il faut parfois savoir aller plus loin que «Pour votre santé, bougez plus» !
  • Pour s’impliquer financièrement dans des achats de compléments alimentaires par exemple. Mais aussi pour se payer des analyses nutritionnelles et fonctionnelles que le praticien recommandera. En effet, il faut savoir que plus de 90% des analyses dont on parlera dans ce livre sont non remboursées. Est-ce à dire que c’est une démarche de riche, que tout le monde ne peut pas se permettre? Bien sûr, le constat d’un tri social semble évident lorsque l’on évoque la personnalisation de la santé, puisque cette démarche n’est pas considérée par la collectivité. Mais par ailleurs, il y aurait beaucoup d’histoires (parfois poignantes) à raconter de patients au RSA (revenu de solidarité en France) ou au chômage, qui choisissent avec détermination de s’impliquer financièrement dans leur santé parce que c’est une priorité pour eux ! Et à l’inverse, des gens avec un confort financier évident ne seront pas prêts à mettre 40 euros dans une analyse car ils sont conditionnés par cette donnée : « La santé, c’est gratuit !»

D’autre part, la participation du patient va beaucoup dépendre du praticien. Ce dernier doit être pédagogue pour motiver le premier. L’implication d’un patient va notamment être grandement déterminée par sa compréhension des changements qu’on va lui proposer. Les analyses que vous découvrirez dans ce livre ont aussi (et parfois surtout) un rôle pédagogique. Le praticien doit s’en servir.

Illustrons cela par un cas patient. M. Fonta, 55 ans, consulte pour des troubles métaboliques et cardiovasculaires. Quand on l’interroge sur son assiette, il assure qu’il mange relativement peu de viande rouge, pas mal de céréales, des fibres, de bonnes graisses, et qu’il consomme beaucoup de légumes colorés. Après une recherche causale avec différentes questions cliniques, on lui propose un bilan nutritionnel et fonctionnel. Dans ce bilan est notamment incluse une analyse intestinale qu’on appelle les acides gras à courte chaîne (à ne pas confondre avec l’analyse des acides gras érythrocytaires). L’analyse des acides gras à courte chaîne de M. Fonta révèle un déficit profond en certaines molécules dans ses selles (le butyrate, notamment) – voir Résultats d’analyses ci-dessous. Or, le butyrate est une molécule cruciale pour le contrôle métabolique, les troubles inflammatoires et l’athérosclérose (dont souffre M. Fonta). Ce taux effondré de butyrate met potentiellement en évidence une faible consommation de fibres. Nous montrons donc les résultats à M. Fonta ; on en parle, on essaie de comprendre. Il se sent impliqué dans cette enquête. On arrive ensemble à la conclusion qu’il est loin d’atteindre dans son assiette le quota de fibres nécessaire pour une bonne santé. Les études montrent qu’un adulte doit consommer 30 g de fibres par jour. On aurait pu se contenter de donner cette information à M. Fonta. On aurait pu se contenter de lui donner une fiche qui l’accompagne dans le choix des fibres et les quantités à consommer. Mais l’analyse des acides gras à courte chaîne a personnalisé le sujet! Elle a impliqué M. Fonta sur l’importance des fibres pour lui (et pas pour M. Toutlemonde!), sur l’importance d’augmenter largement sa consommation de ce type d’aliments-santé. Son implication sur ce sujet (et d’autres, bien sûr) a largement contribué à améliorer ses troubles métaboliques.

Résultats d’analyses n° 1 : Acide gras à courte chaîne  Cet histogramme présente le dosage des acides gras à courte chaîne dans les selles. Ce dosage permet une bonne évaluation de la consommation des fibres dans l’assiette. Les fines barres noires représentent les valeurs du patient M. Fonta ; la barre horizontale, au milieu, la valeur cible. Les rectangles gris représentent l’encadrement des valeurs santé. On constate un taux très bas d’acide gras à courte chaîne chez ce patient, reflet d’une assiette de fibres très pauvre.

Certains praticiens en médecine fonctionnelle poussent encore plus loin le principe de l’implication/participation du patient. Ils leur envoient par mail des publications scientifiques (motivant les protocoles proposés ; expliquant les bénéfices de la prise en charge de leurs pathologies avec la santé ou médecine fonctionnelle, etc.) pour qu’ils soient bien informés, qu’ils comprennent bien leur prise en charge et qu’ils puissent ainsi mieux s’impliquer. Les patients qui consultent en santé fonctionnelle sont souvent ravis de cette démarche. Ils adhérent à une prise en charge éclairée.

Deux autres P : précision et preuve

Prévention, prédiction, personnalisation, participation: ces quatre P définissent, comme on vient de le voir, le cadre d’une nouvelle approche de la santé. Cette dernière peut encore être mieux cernée en ajoutant deux autres P.

Preuve

Avec la crise de la COVID, beaucoup de personnes ont dû découvrir ce que l’on appelle l’« Evidence Based Medicine » (EBM). Traduisez : la médecine basée sur les preuves. À cette occasion, en effet, on a beaucoup parlé des fameux essais randomisés pour prouver l’efficacité d’un traitement, d’un médicament, d’un protocole. C’est sur des études médicales que s’appuie toute l’industrie du médicament, mais aussi et peut-être surtout toute la légitimité et la puissance de conviction de la médecine allopathique (il n’y avait qu’à voir avec quelle arrogance les médecins de plateau télé se permettaient de remettre en question l’un des plus grands infectiologues au monde – le professeur Raoult – sous prétexte qu’il n’avait pas d’étude randomisée pour son protocole hydroxychloroquine/azithromycine !). Mais il n’y a pas que le médicament qui dispose de preuves d’efficacité. Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le complément alimentaire a lui aussi les siennes. Le monde du complément alimentaire est lui aussi « Evidence Based » ! En effet, les pratiques de supplémentation alimentaire peuvent s’appuyer sur des milliers d’études pour des centaines de pathologies. Avec des niveaux de preuve parfois très bons. En réalité, toute la démarche de santé fonctionnelle s’appuie sur des publications scientifiques, souvent de la bonne science.

Précision

C’est sur la base de ces études que sont définies les normes santé pour les vitamines, minéraux, hormones et autres marqueurs d’analyses nutritionnelles et fonctionnelles qu’on découvrira tout au long de cet ouvrage. Prenons l’exemple de la vitamine D. Pour une démarche de prévention du cancer du sein, les études montrent qu’il faut un taux de vitamine D compris entre 60 et 80 ng/ml. C’est une valeur précise, une valeur cible, une valeur santé valable pour cette indication précise. Nous voyons là se dessiner cette exigence de précision. Pour conduire correctement sa supplémentation, le praticien devra respecter plusieurs étapes.

  • Pour commencer, il faudra qu’il réalise un dosage initial de la vitamine D: précision des conditions initiales chez un patient donné pour ce micronutriment (statut initial en vitamine D).
  • De là, il pourra proposer un protocole adapté en fonction de ce taux de base : précision du protocole de supplémentation en vitamine D.
  • Puis, pour être sûr d’atteindre sa valeur cible,il fera un dosage de contrôle du taux de vitamine D (plusieurs semaines après le début de la prise de vitamine D) pour pouvoir le cas échéant adapter sa supplémentation: précision dans le suivi.
  • Sur la base de ce dosage de contrôle, il sera aussi en mesure de mieux connaître la physiologie de son patient (personnalisation) et de proposer une bonne supplémentation dite d’entretien (sur le moyen/long terme).

L’illustration n° 1 montre les quatre étapes de base pour une supplémentation bien conduite. Pour chaque micronutriment il y a des valeurs cibles (définies par les études = preuves), des protocoles de supplémentation adaptés en fonction des dosages initiaux, des conseils pour un intervalle de temps optimal pour une analyse de suivi après le début de supplémentation.

Illustration n° 1 : Précision en micronutrition  Cinq étapes de base pour un protocole précis de supplémentation en micronutriment. Pour chaque micronutriment (vitamine, minéraux ), le praticien vise des valeurs cibles. Son protocole de supplémentation dépendra de l’écart entre le dosage initial et les valeurs cibles. L’analyse de suivi lui permettra de valider les résultats de son protocole pour une personne donnée et de proposer une supplémentation sur le long terme.

On voit combien cette démarche est une pratique que l’on peut qualifier «d’éclairée», dans le sens où elle est rigoureuse, conduite d’après la science de bout en bout. On est loin des pratiques de supplémentation « à l’aveugle », c’est-à-dire sans analyses, sans boussole ni gouvernail et dans lesquelles, en conséquence, les risques d’inefficacité sont plus importants. Les résultats d’analyses n° 2 montrent un suivi de dosage de vitamine D et de vitamine B12 de Mme Duret, 55 ans, qui présente des antécédents familiaux de cancer du sein. À la deuxième analyse, le dosage de vitamine D a atteint les valeurs cibles visées pour une bonne prévention.

Résultats d’analyses n° 2 : Le suivi du dosage de vitamine D  Il s’agit d’une analyse réalisée dans le cadre d’un bilan de prévention du cancer du sein. À l’extrême droite, les valeurs du laboratoire (qui ne sont pas les valeurs cibles). Les dates se lisent de droite à gauche (année-mois-jour). Puis, au centre, les valeurs de la première analyse (mars 2022). Enfin, à droite, les valeurs de l’analyse de suivi 5 mois plus tard. On est passé d’un taux de 27,1 ng/ml à 71,9 ng/ml, ce qui est dans la valeur cible.

Bruno Mairet – Co-fondateur de DFM Formations

Pour aller plus loin

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La PQQ (pyrroloquinoléine quinone), une molécule vitale en provenance des étoiles par Dr Christian Boyer

La PQQ ou pyrroloquinoléine quinone, parfois appelée méthoxanine, est un composé de la famille des ortho-quinones, qui a été découverte pour la première fois en 1960 chez les bactéries. La première fonction de la PQQ qui a été découverte est une fonction de cofacteur pour des activités enzymatiques bactériennes (activités déshydrogénases). La structure de la molécule sera décrite et isolée quelques années plus tard, en 1979.

Cette molécule est retrouvée de manière universelle chez certaines bactéries, levures ainsi que chez les plantes et les animaux où elle joue en particulier un rôle de facteur de croissance. La PQQ a été retrouvée dans de nombreux fluides biologiques chez les mammifères, comme le plasma, le liquide synovial, la bile ou encore dans le colostrum et le lait.

La présence de pyrroloquinoléine quinone a également été mise en évidence dans des particules de poussières interstellaires et soulève la question de l’importance de cette molécule dans l’apparition de la vie sur terre.

Synthèse et sources alimentaires de PQQ :

Bien que la pyrroloquinoléine quinone soit détectée dans de nombreux fluides biologiques et tissus des mammifères, y compris chez l’homme, ce composé n’est pas synthétisé par l’organisme et nos besoins sont uniquement couverts par les apports alimentaires (et éventuellement les compléments). La synthèse de ce composé par le microbiote intestinal n’a d’ailleurs pas été clairement établie.

Jusqu’à présent, la PQQ a été retrouvée dans tous les aliments et notamment ceux d’origine végétale. On en retrouve dans les fruits et les légumes comme les kiwis, la papaye, le persil, les poivrons verts, les tomates, le soja. Un des aliments les plus riches en PQQ est le natto, un plat fermenté traditionnel japonais à base de graines de soja.

Les teneurs des produits alimentaires restent cependant très modestes, allant de l’ordre du nanogramme (ng) à quelques microgrammes (μg).

L’apport alimentaire journalier en PQQ chez les humains est évalué entre 100 et 400 µg, mais ce chiffre ne tient pas compte des dérivés de PQQ, comme les produits de condensation avec des acides aminés (tels que l’IPQ ou imidazolopyrroloquinoline).

Le PQQ est également retrouvé sous forme de compléments alimentaires, en tant qu’ingrédient nutraceutique, c’est-à-dire en tant qu’ingrédient actif (présent dans les aliments et/ou dans la nature) qui a un effet positif sur la santé humaine. L’EFSA, l’agence européenne de sécurité des aliments, a émis en 2017 un avis positif pour la commercialisation de complément de sel disodique de PQQ (sous la marque déposée BioPQQ ou MGCPQQ en Europe) avec une recommandation d’utilisation maximale de 20mg/jour. Le brevet BioPQQ ou MGCPQQ  est détenu par la société japonaise Mitsubishi. Actuellement il s’agit de la seule forme de PQQ officiellement autorisée à la consommation dans l’Union Européenne et aux USA.

Par ailleurs la PQQ est souvent proposée dans des compléments alimentaires en association avec la CoQ10 (Coenzyme Q10) avec qui elle agit en complémentarité. Des études (notamment chez l’animal) ont même montré une action synergique de l’administration de la PQQ avec la coenzyme Q10.

Rôles biologiques de la PQQ :

D’abord identifiée comme nécessaire au fonctionnement d’enzymes bactériennes, la PQQ semble aussi avoir un rôle dans de nombreux processus physiologiques chez les mammifères comme dans le développement des nouveau-nés.

En effet des études chez les rongeurs (rats et souris) ont mis en évidence qu’un régime carencé en PQQ provoquait une croissance néonatale retardée des animaux, et que cette croissance répondait d’une manière dose-dépendant à la quantité de PQQ additionné dans le régime.

Un certain nombre d’enzymes dans notre corps interagissent avec la PQQ, comme la lysyl oxidase qui est impliquée dans la maturation du collagène et de l’élastine, protéines retrouvées en grande quantité dans le tissu conjonctif. La PQQ est donc impliquée notamment dans l’intégrité et la santé de la peau. La pyrroloquinoléine quinone interagit également avec la lactate déshydrogénase (LDH) qui est responsable de la conversion du lactate en pyruvate, un substrat énergétique qui une fois convertie en acetyl-CoA viendra alimenter le cycle de Krebs. Le cycle de Krebs correspond en une suite de réactions enzymatiques qui vont permettre la production de coenzymes réduits (NADH et FADH2), qui viendront alimenter le fonctionnement de la chaîne respiratoire mitochondriale, et donc la synthèse d’ATP.

La PQQ joue un rôle au niveau du système immunitaire, puisque l’immunité est compromise lorsque des souris sont soumises à un régime carencé. Le bon fonctionnement des lymphocytes B et T est dépendant de la PQQ.

Cette molécule aurait également la propriété de moduler l’activité de nombreuses voies de signalisation impliquées dans des phénomènes de prolifération cellulaire comme la voie Ras-MAPK, ou encore des voies de signalisation liées aux phénomènes d’apoptose (mort cellulaire programmée). La PQQ aurait également la propriété de stimuler la synthèse de facteurs de croissance tels que le NGF (Nerve Growth Factor), ou encore d’activer le récepteur à l’EGF (Epidermal Growth Factor), appelé EGFR, qui joue un rôle dans la prolifération des cellules épithéliales.  

La PQQ jouerait également le rôle d’un antioxydant, au même titre que la vitamine C, la vitamine E ou encore le glutathion, avec un pouvoir réducteur très important lui permettant de s’opposer efficacement aux effets néfastes des radicaux libres (ou espèces réactives de l’oxygène). En effet, elle aurait un pouvoir antioxydant 5000 fois plus efficace que la vitamine C, ou encore des dizaines de fois plus que certains polyphénols tels que les catéchines (qu’on retrouve en particulier dans le thé vert). La pyrroloquinoléine quinone est également capable d’activer des facteurs de transcriptions tels que NRF-1 et NRF-2 qui sont impliqués dans la régulation d’enzymes antioxydantes telles que la SOD (superoxyde dismutase), la CAT (catalase) ou encore la GPx (glutathion peroxydase).

La PQQ joue également un rôle au niveau mitochondrial et il a été montré que le nombre et la taille des mitochondries étaient affectés par une déficience en PQQ, avec une réduction de 30-40% du contenu mitochondrial chez des souris avec un régime déficient en PQQ par rapport aux souris complémentées. Ce rôle pourrait notamment passer par le fait que la PQQ entraîne une augmentation de l’expression de PGC1-alpha, un gène majeur dans la régulation de la biogenèse mitochondriale. En stimulant la biogenèse mitochondriale, cette molécule permettrait donc d’optimiser le métabolisme général de l’organisme et la production d’énergie cellulaire (ATP).

Plusieurs publications scientifiques ont d’ailleurs proposé de considérer la PQQ comme une « nouvelle vitamine », au vu de ses nombreux rôles biologiques, et du fait que cette substance n’est à priori pas synthétisée de manière endogène.

Intérêt de la PQQ en santé humaine :

La PQQ est particulièrement connue pour son rôle dans la synthèse de nouvelles mitochondries, ainsi que sur les phénomènes dynamiques de fusion et de fission mitochondriale dont l’équilibre régule le bon fonctionnement de ces organites.

La PQQ a démontré des actions bénéfiques sur différents organes tels que le cerveau, le cœur le foie et l’intestin dans différentes études chez l’homme et/ou des modèles animaux :

  • La PQQ a un effet La PQQ exercerait un effet bénéfique sur la mémoire et les capacités d’apprentissage et sur l’augmentation du NGF (Nerve Growth Factor), un facteur de croissance impliqué dans la régénération nerveuse. La pyrroloquinoléine quinone serait aussi protectrice dans la prévention des maladies neurodégénératives comme pour la maladie d’Alzheimer. En effet, il a été démontré que cette molécule avait la capacité de réduire la formation de fibrilles amyloïdes.
  • La PQQ a un effet cardioprotecteur. Dans des modèles animaux d’ischémie-reperfusion (mimant une situation faisant suite à un infarctus du myocarde) la PQQ a montré un rôle protecteur contre les dommages cardiaques induit par un stress oxydatif.
  • La PQQ a une action bénéfique sur la sphère hépatique. Cette molécule a démontré une capacité à réduire les dommages chez des souris génétiquement modifiées Dmi-1 KO, qui sont susceptible au développement d’un hépatocarcinone (cancer hépatique). La PQQ protège de manière significative le foie en inhibant le stress oxydatif et en participant à la réparation des dommages causés à l’ADN dans ce modèle. La PQQ a également démontré une action positive sur la réduction de la stéatose hépatique et ses dommages, en augmentant le métabolisme lipidique, et en protégeant le foie contre les dommages oxydatifs liés à la forte accumulation de graisses hépatiques.
  • La PQQ aurait également une action bénéfique sur la muqueuse intestinale. En effet dans un modèle d’inflammation induite par des Escherichia coli entérotoxinogène (ECET) chez le porc, la PQQ a réduit les dommages causés par la bactérie à la muqueuse de l’intestin grêle. La PQQ a notamment réduit l’inflammation notamment par le biais de l’inactivation du facteur NF-κB pro-inflammatoire. La PQQ a également permis de réguler positivement le microbiote intestinal colique et de maintenir une production adéquate de butyrate, un acide gras à courte chaine anti-inflammatoire.
Dosages et toxicité :

La dose sans effet nocif observable ou NOAEL en anglais (Non Observed Adverse Effect Level) est la dose la plus élevée d’une substance ne produisant aucun effet nocif observable dans des études de toxicité. Elle a été déterminée à 400mg / kg de poids corporel / jour dans une étude chez le rat. La PQQ même à haute dose n’a pas démontré d’effet génotoxique, c’est-à-dire altérant l’ADN. Le PQQ a été administré à des doses de 20 à 60mg durant 4 semaines à des adultes sains sans effets secondaires. Les différentes données disponibles mettent en avant qu’une dose de PQQ allant jusqu’à 60mg ne présenterait aucun risque chez l’homme, et plusieurs études cliniques ont montré des effets bénéfiques d’une supplémentation.

La plupart des études ont montré des bénéfices pour des doses allant de 10 à 20mg, ce qui reste les dosages couramment recommandés par les professionnels de santé et retrouvés dans les compléments alimentaires. Il n’y a pas de contre-indications connues à l’utilisation de PQQ à l’heure actuelle.

CONCLUSION :

La PQQ est une molécule aux multiples effets bénéfiques et particulièrement conseillée pour les personnes âgées, les personnes souffrant de fatigue chronique ou de problèmes mitochondriaux ainsi que pour les personnes en convalescence. Les personnes souhaitant améliorer leur métabolisme et leurs performances physiques, ou encore celles qui veulent lutter contre le déclin cognitif et le stress oxydatif peuvent bénéficier de l’apport de cette molécule venue tout droit des étoiles.

Dr Christian Boyer – Dr en Biologie / Physiologie Humaine & Micro-nutritionniste

Ses formations​

La démarche fonctionnelle appliquée à la prise en charge des troubles du microbiote : SIBO, IMO et SIFO

Cas pratiques et stratégies avancées pour les troubles digestifs fonctionnels

Références :

Bishop A, Gallop P, Karnovsky M. Pyrroloquinoline quinone: a novel vitamin? Nutr Rev. 1998 Oct;56(10):287-93. doi: 10.1111/j.1753-4887.1998.tb01661.x.

Chowanadisai W, Bauerly KA, Tchaparian E, Wong A, Cortopassi GA, Rucker RB. Pyrroloquinoline quinone stimulates mitochondrial biogenesis through cAMP response element-binding protein phosphorylation and increased PGC-1alpha expression. J Biol Chem. 2010 Jan 1;285(1):142-52. doi: 10.1074/jbc.M109.030130.

EFSA Panel on Dietetic Products, Nutrition and Allergies (NDA), Turck D, Bresson J-L, Burlingame B, Dean T, Fairweather-Tait S, et al. Safety of pyrroloquinoline quinone disodium salt as a novel food pursuant to Regulation (EC) No 258/97. EFSA Journal. 2017;15:e05058.

Huang Y, Chen N, Miao D. Biological effects of pyrroloquinoline quinone on liver damage in Bmi-1 knockout mice. Exp Ther Med. 2015 Aug;10(2):451-458. doi: 10.3892/etm.2015.2532. Epub 2015 May 29. PMID: 26622336; PMCID: PMC4509087.

Huang C, Ming D, Wang W, Wang Z, Hu Y, Ma X, Wang F. Pyrroloquinoline Quinone Alleviates Jejunal Mucosal Barrier Function Damage and Regulates Colonic Microbiota in Piglets Challenged With Enterotoxigenic Escherichia coli. Front Microbiol. 2020 Jul 24;11:1754. doi: 10.3389/fmicb.2020.01754. PMID: 32849383; PMCID: PMC7396494.

Jonscher K, Chowanadisai W, Rucker R. Pyrroloquinoline-Quinone Is More Than an Antioxidant: A Vitamin-like Accessory Factor Important in Health and Disease Prevention. Biomolecules. 2021 Sep 30;11(10):1441. doi: 10.3390/biom11101441.

Jonscher, K. R. & Rucker, R. B. Chapter 13 – Pyrroloquinoline Quinone: Its Profile, Effects on the Liver and Implications for Health and Disease Prevention. in Dietary Interventions in Liver Disease (eds. Watson, R. R. & Preedy, V. R.) 157–173 (Academic Press, 2019). doi:10.1016/B978-0-12-814466-4.00013-6.

Kim J, Kobayashi M, Fukuda M, Ogasawara D, Kobayashi N, Han S, Nakamura C, Inada M, Miyaura C, Ikebukuro K, Sode K. Pyrroloquinoline quinone inhibits the fibrillation of amyloid proteins. Prion. 2010 Jan-Mar;4(1):26-31. doi: 10.4161/pri.4.1.10889. Epub 2010 Jan 4. PMID: 20083898; PMCID: PMC2850417.

Krueger F, Werther W, Kissel J, Schmid E. Assignment of quinone derivatives as the main compound class composing ‘interstellar’ grains based on both polarity ions detected by the ‘Cometary and Interstellar Dust Analyser’ (CIDA) onboard the spacecraft STARDUST. Rapid Commun Mass Spectrom. 2004;18(1):103-11. doi: 10.1002/rcm.1291.

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Qiu K, Zhao Q, Wang J, Qi GH, Wu SG, Zhang HJ. Effects of Pyrroloquinoline Quinone on Lipid Metabolism and Anti-Oxidative Capacity in a High-Fat-Diet Metabolic Dysfunction-Associated Fatty Liver Disease Chick Model. Int J Mol Sci. 2021 Feb 1;22(3):1458. doi: 10.3390/ijms22031458.

Rucker R, Chowanadisai W, Nakano M. Potential physiological importance of pyrroloquinoline quinone. Altern Med Rev. 2009 Sep;14(3):268-77.

Stites T, Mitchell A, Rucker R. Physiological importance of quinoenzymes and the O-quinone family of cofactors. J Nutr. 2000 Apr;130(4):719-27. doi: 10.1093/jn/130.4.719.

Obésité : une vision holistique de l’épidémie actuelle par Dr Christian Boyer

Vous en pensez quoi de cette idée que les personnes obèses mangent trop ?

➡ Christian Boyer : En une phrase, ceux qui disent ça se foutent de la gueule des personnes obèses, tout simplement. Non seulement c’est idiot, mais ce discours est tenu par des gens qui n’ont pas compris comment fonctionne le corps et qui n’ont jamais ouvert un bouquin de leur vie, ou lu des études. On est sur un discours réductionniste par excellence, qui n’a d’ailleurs que peu de preuves scientifiques… comme démontré par l’article que j’ai écrit il y a maintenant quelque temps. Bonne lecture !!!

42 refs scientifiques à la clé + un peu de bon sens scientifique + un peu de retours sur la physiologique (très complexe) du corps humain. Malheureusement quand vous essayez de résumer quelque chose de très complexe de manière « trop simple » vous en venez souvent à dire des bêtises ou faire des approximations. Donc oui cet « article » est complexe, mais vous pouvez toujours ne lire que l’introduction et la conclusion dans un premier temps 😉

D’après les estimations de l’OMS, en 2016 environ 13% de la population adulte mondiale était obèse. D’après le récent rapport Obépi établi par la Ligue contre l’Obésité, il y avait 17% de la population française atteinte d’obésité en 2020. Entre 1997 et 2020, la prévalence de l’obésité aurait doublé en France. Les données du CDC (Centers for Disease Control and Prevention) montrent que le pourcentage de population américaine obèse est passé de 15% en 1980 à presque 42% en 2017. En l’espace de moins de 40 ans, le pourcentage de personnes obèses aux États-Unis aurait ainsi presque triplé.

Alors que l’explication couramment mise en avant est que l’obésité serait provoquée par une consommation excessive de calories, cette vision est néanmoins réductrice et devrait être considérée comme obsolète. Un récent article publié en avril 2022 dans la revue The American Journal of Clinical Nutrition 1 et intitulé « Obesity – an unexplained epidemic » met en avant qu’il n’y a pas de preuves tangibles pour soutenir l’argument que l’obésité serait principalement dû à une surconsommation de calories. L’article fait le point sur les nombreux facteurs intervenant dans la maladie tels que : l’impact des aliments ultra-transformés et riches en glucides hautement digestibles, le microbiote intestinal, le métabolisme énergétique de l’hôte et d’une manière plus globale les facteurs de risques intergénérationnels (épigénétique, ARN non codants, microbiote intestinal).

Qu’est-ce que l’obésité ? Quelles conséquences ?

L’obésité est définie par une accumulation excessive de graisse corporelle qui est nuisible pour la santé. L’accumulation de graisse fait intervenir l’augmentation de la taille et du nombre de cellules graisseuses (appelées « adipocytes ») dans le corps.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit l’obésité par un indice de masse corporelle (IMC) égal ou supérieur à 30. L’IMC est calculé en divisant le poids (kg) par le carré de la taille (m) et est exprimé en kg/m². On utilise également la mesure du tour de taille comme un critère diagnostique, permettant notamment d’apprécier l’adiposité viscérale qui est étroitement liée aux risques cardio-métaboliques.

L’obésité est considérée comme une maladie et a de nombreuses répercussions sur la santé. L’obésité augmente ainsi les risques de développer du diabète, des maladies cardio-vasculaires (hypertension artérielle, athérosclérose, AVC …) et certains types de cancer. Dans le contexte actuel, l’obésité est aussi mise en avant comme un facteur augmentant le risque de décès face à la Covid-19.

Une des plus grandes méta-analyses publiées en 2016 dans le prestigieux journal The Lancet conclut que le surpoids et l’obésité sont associés à un risque de mort prématurée 2. L’analyse a porté sur des données provenant de plus de 200 études conduites en 1970 et 2015, dans 32 pays et inclut plus de 10.6 millions de participants. Le risque de mortalité (toutes causes confondues) augmente proportionnellement à l’IMC. Un IMC compris entre 25 et 27.5 kg/m² (surpoids modéré) augmente de 7% le risque de mortalité, un IMC entre 30 et 35 kg/m² (correspondant à une obésité modérée) augmente de 45% le risque de mortalité et un IMC entre 40 et 60 kg/m² est associé à un risque de mortalité quasiment 3 fois plus important.

L’augmentation fulgurante de l’obésité aux États-Unis n’est pas corrélée à une augmentation de l’apport énergétique moyen des Américains

Les États-Unis disposent d’un système d’enquêtes et d’études sur les apports alimentaires de la population parmi les plus développés au monde. Le NHANES (National Health and Nutrition Examination Survey) est un programme d’étude mis en place pour évaluer le statut nutritionnel et de santé des adultes et enfants. Le programme inclut notamment des enquêtes diététiques répétées, avec des recueils de données très précises sur les prises alimentaires.

Les compilations des données obtenues par le NHANES et la FAO (Food and Agriculture Organization) mettent en avant qu’il n’y a pas d’augmentation des calories (sous-entendu « énergie ») disponibles ou consommées depuis les 20 dernières années, alors que l’obésité a connu une augmentation fulgurante durant ce laps de temps 3 (Figure 1). Il semblerait même que la consommation calorique moyenne par personne soit en légère diminution depuis le début des années 2000.  En conclusion, les différentes données disponibles ne soutiennent pas le fait qu’une consommation énergétique accrue serait à l’origine de l’épidémie d’obésité observée depuis le début des années 2000.

Figure 1 : Évolution de l’énergie totale consommée, disponible et la prévalence de l’obésité parmi la population adulte américaine entre 1999 et 2018. Données obtenues à partir des rapports de la NHANES et de la FAO. Adapté d’après Mozaffarian D. Perspective: Obesity-an unexplained epidemic         

Il est important de noter quel malgré le fait qu’il puisse exister un biais dans le recueil de données, c’est-à-dire une possible sous-déclaration des calories consommées (particulièrement chez les personnes obèses), ce qui est important d’analyser n’est pas tellement la quantité exacte de calories réellement consommées (il s’agit d’une estimation moyenne), mais son évolution au fil du temps. En effet, cette sous-déclaration ne devrait pas empêcher la détection de tendances au fil du temps, surtout dans un grand échantillon national, car même si les personnes obèses sous-déclarent leurs apports alimentaires, leur poids moyen global a continué d’augmenter au fil du temps. On aurait donc dû observer une tendance à l’augmentation des calories consommées si tel était vraiment le cas.  

 Existe-t-il un lien entre l’épidémie d’obésité et une diminution de l’activité physique ?

Un mode de vie sédentaire a toute une série d’effets néfastes sur la santé, notamment une augmentation de la mortalité toutes causes confondues, de la mortalité due aux maladies cardio-vasculaires, du risque de cancer, du risque de maladies métaboliques telles que le diabète, l’hypertension artérielle et les dyslipidémies, ainsi du risque d’ostéoporose 4,5,6. Il a été mis en évidence dans de nombreuses études qu’au delà de pratiquer une activité physique, il était plus important de limiter le temps passé assis pour sa santé. Une étude publiée dans le journal The Lancet en 2016 a examiné si le fait de pratiquer une activité physique pouvait atténuer ou annuler les effets délétères associés avec le temps passé assis 7. Les résultats mettent en avant que seuls des niveaux élevés d’activité physique d’intensité modérée (c’est-à-dire environ 60-75 min par jour) vont annuler le risque accru de décès associé à un temps important passé en position assise. Cependant, ce niveau d’activité élevé atténue, mais n’élimine pas, le risque accru associé à un temps élevé passé devant la télévision.

Concernant le lien entre les comportements sédentaires et l’inactivité physique et l’obésité, une récente méta-analyse (synthèse de plusieurs études) publiée en 2022, a confirmé une association positive entre les deux 8.

Bien que l’impact des comportements sédentaires et/ou d’un faible niveau d’activité physique est indéniablement délétère pour la santé, il existe également des données contradictoires et le lien entre l’obésité et le niveau d’activité physique est plus complexe qu’il n’y parait. En même temps que la prévalence de l’obésité augmentait fortement aux USA, la pratique d’une activité aérobie ou de renforcement musculaire augmentait fortement entre 1998 et 2018, passant d’une prévalence de 17.7% à 27.6% et de 14.4% à 24% 9, respectivement. Les données nationales du CDC mettent en évidence une augmentation de l’activité physique au sein de la population américaine entre 2008 et 2018 10. Les données indépendantes fournies par l’industrie mettent également en avant une très forte augmentation des recettes et du nombre d’adhérents des clubs de fitness aux USA et dans le monde entier 11. La plupart des données sur la pratique d’une activité physique présentées ci-dessus proviennent cependant d’autodéclaration des pratiquants, ce qui pourrait théoriquement introduire un biais.

# Bien qu’un faible niveau d’activité physique, la sédentarité et une consommation excessive de calories pourraient en partie contribuer au surpoids et à l’obésité, ces paramètres ne peuvent à eux seuls expliquer l’épidémie en cours.        Il convient donc de considérer les nouvelles données qui mettent en avant un rôle direct du microbiote intestinal, des différences interindividuelles dans de la dépense énergétique (métabolisme) ainsi que des facteurs de risques intergénérationnels, chacun de ces facteurs pouvant être influencé par la qualité du régime alimentaire.

La qualité et le degré de transformation des aliments jouent un rôle important sur la prise de poids

Lorsque l’on parle de degré de transformation des aliments, il convient de citer la classification NOVA, élaborée en 2010 par le chercheur brésilien Carlos Monteiro. Elle classe les aliments en 4 catégories, des produits bruts ou peu transformés (groupe 1) aux produits ultra-transformés (groupe 4) 12. Les aliments ultra-transformés (AUTs) sont créés de toute pièce dans des usines. Ils sont gavés de produits chimiques et d’autres additifs pour la couleur, la saveur, la texture et pour augmenter la durée de conservation. Cette transformation augmente généralement la palatabilité et la densité calorique du produit, au détriment des fibres, vitamines et autres nutriments. Les AUTs se distinguent donc des aliments bruts (comme une pomme) et des aliments transformés (poisson en conserve dans l’huile, cornichons) qui ne font appel qu’au sel, au sucre à l’huile ou au vinaigre pour leur préparation.

Les aliments ultra-transformés (aussi appelé « fake food » pour faux aliments) sont mis en avant dans différentes études comme des contributeurs importants à l’obésité et autres maladie de civilisation comme le diabète de type 2 13,14,15,16,17,18. Une analyse prospective de la cohorte française NutriNet-Santé a permis de conclure également que la consommation d’AUTs est associée avec des changements de l’IMC, le surpoids et l’obésité 18.

Les explications avancées de l’effet délétère des ces produits sont : que les aliments ultra-transformés contiennent souvent des additifs qui peuvent avoir un rôle néfaste sur notre microbiote et la fonction barrière de notre intestin 19,20, et que la transformation de ces produits enlève tout ou partie de nutriments (fibres, vitamines et minéraux, antioxydants …) qui sont bénéfiques pour notre santé (directement ou indirectement via un effet sur le microbiote intestinal).

# La qualité des aliments semble donc jouer un rôle plus important que la quantité (les calories) sur la prise de poids et l’épidémie d’obésité actuelle.

Le type et la qualité des aliments consommés interagissent avec la composition de notre microbiote intestinal et influencent la physiologie de l’hôte

De nombreuses preuves confirment les rôles multiples du microbiote intestinal dans le contrôle de l’homéostasie énergétique, avec une action directe sur l’efficacité de la digestion (et donc de l’extraction des calories dans les aliments), ainsi que sur la dépense énergétique et la fonction adipocytaire* de l’hôte 21. Le microbiote intestinal fonctionne comme un organe endocrine, produisant et libérant un large éventail de molécules qui peuvent agir sur les tissus de l’hôte pour modifier sa fonction métabolique et la prise alimentaire. En outre, la relation hôte-microbiote est bidirectionnelle, car la nutrition et la génétique de l’hôte ont des effets considérables sur la composition du microbiote intestinal.

Dans les modèles animaux, il a été montré que des modifications du microbiome intestinal peuvent entrainer une prise de poids et de l’obésité. Ridaura et al. 22 ont montré en 2013 que le transfert d’un microbiote humain provenant d’un donneur sain ou obèse permet de reproduire des phénotypes similaires chez les souris axéniques (sans microbiote). De manière surprenante il a également été mis en évidence que le microbiote de donneurs sains pouvait réduire la prise de masse grasse chez des souris obèses, si la souris est soumise à un régime alimentaire adéquat. D’autres études ont depuis confirmé qu’en transférant le microbiote de souris obèse à d’autres souris, on pouvait impacter l’adiposité et la résistance à l’insuline chez les animaux ayant reçu le nouveau microbiote. D’autres études ont mis en évidence que le microbiote des souris obèses est plus efficace pour extraire l’énergie du régime alimentaire de l’hôte 23.

Deux phylas de bactéries prédominent dans notre intestin : les Bacteroidetes et les Firmicutes. Chez les personnes obèses, l’équilibre est rompu en faveur des Firmicutes. Le rapport Firmicutes/Bacteroidetes est plus élevé chez les individus obèses, ce qui expliquerait cette capacité accrue d’extraction de l’énergie à partir de l’alimentation.

Maintenant que l’on a montré que le microbiote intestinal était un acteur clé dans la régulation du poids et de la masse grasse de l’hôte, il convient de s’intéresser plus particulièrement aux facteurs alimentaires qui pourraient venir perturber son équilibre. Au cours des dernières décennies, les changements intervenus dans le secteur agricole et agro-alimentaire, l’utilisation de nouveaux procédés pour transformer les aliments (raffinage, cuisson-extrusion, …), et les choix des consommateurs ont entraîné une augmentation des amidons et des sucres raffinés dans l’alimentation. Les glucides raffinés dits « acellulaires » sont dépourvus de toute structure cellulaire végétale naturelle et intacte et sont donc rapidement et complètement digérés dans l’estomac et l’intestin grêle, ce qui induit deux conséquences : un flux excessif de nutriments vers l’hôte et une absence de composés (comme les fibres) nourrissant le microbiote intestinal 24,25. Avec l’augmentation de la consommation des aliments ultra-transformés et des nutriments acellulaires, pour une énergie consommée similaire, une plus grande quantité d’énergie peut être absorbée par l’hôte et une moindre quantité par le microbiote.

Il est également mis en avant que les glucides acellulaires favorisent un microbiote buccal et intestinal pro-inflammatoire 25. L’intestin grêle est exposé au lipopolysaccharide (LPS) bactérien et à d’autres motifs moléculaires associés aux pathogènes (PAMP) provenant du microbiote oral ou des populations de bactéries résidentes. Le LPS bactérien est une molécule très pro-inflammatoire qui est capable de stimuler la réponse immunitaire et la sécrétion de nombreuses cytokines pro-inflammatoire comme le TNF-α et l’IL1-β. L’absorption systémique (dans le sang) du LPS est connue pour induire une résistance à la leptine 26, une hormone qui a un rôle dans la régulation de la prise alimentaire et de la dépense énergétique. L’absorption systémique du LPS a été mise en avant comme jouant un rôle dans l’apparition de la résistance à l’insuline et de l’obésité 27.

Cette complexité s’étend également aux différentes graisses alimentaires consommées, dont la valeur calorique effective, pour l’hôte, peut varier en fonction du type d’aliment consommé et des interactions hôte-microbiote. En effet en fonction du type de graisses consommées, saturées ou poly-insaturée, on peut observer des variations dans les processus d’absorption intestinale et dans la production d’acides biliaires primaires 28. Ces variations peuvent induire en conséquence des changements dans la composition du microbiote intestinal, qui à son tour peut influencer les réponses métaboliques de l’hôte.

# En résumé il est important de considérer l’aliment au-delà de sa simple valeur calorique (l’énergie) et de prendre en compte : les effets qu’il peut avoir sur le microbiote intestinal et donc la santé de l’hôte, ainsi que les effets qu’il peut avoir sur la capacité de l’hôte à absorber et métaboliser les nutriments issus de l’aliment. En d’autres termes une calorie d’un aliment n’est pas équivalente à une calorie d’un autre aliment.

* Les adipocytes sont les cellules responsables du stockage des graisses dans le corps.

Est-il possible que la dépense énergétique de la population américaine ait diminué au fil des années ?

Parmi les hypothèses avancées dans la revue « Obesity – an unexplained epidemic » 1, il y a celle d’une possible diminution de la dépense énergétique, c’est-à-dire qu’au fil du temps la population américaine (et assurément celle d’autres pays) aurait vu sa capacité à brûler des calories réduite.

Des facteurs nutritionnels et les interactions entre les aliments et le microbiote semblent modifier les dépenses énergétiques de l’hôte, en influençant non seulement le fonctionnement physiologique des adipocytes, mais aussi leur « brunissement »29,30. En effet, il existe deux types de tissu adipeux : le beige et le brun. Ce dernier est considéré comme un tissu métaboliquement actif, il a un rôle dans la thermogénèse et il a la capacité de dissiper l’énergie sous forme de chaleur grâce à des protéines découplantes (UCP pour Uncoupling Protein) au niveau de ses mitochondries. Le tissu adipeux brun a la capacité d’utiliser les acides gras libres, mais également le glucose provenant de la circulation sanguine. Il a été mis en évidence dans les études que ce tissu avait un rôle dans l’homéostasie glucidique et la sensibilité à l’insuline31.

Des études chez les animaux et quelques-unes chez les humains suggèrent que de nombreux composés nutritionnels : certains polyphénols, la curcumine, l’EGCG (épigallocatechine gallate) du thé vert peuvent activer le brunissement du tissu adipeux beige30. Il y a également une interaction entre le microbiote et le tissu adipeux, qui joue un rôle dans l’expression des protéines découplante (comme UCP1) et le brunissement du tissu adipeux29.

Lorsque l’on s’intéresse au métabolisme et à la dépense énergétique, il convient de s’intéresser aux mitochondries, ces petits organites responsables de la production d’énergie cellulaire sous forme d’ATP à partir des nutriments apportés par l’alimentation (lipides, glucides, acides aminés). Ce processus de production d’énergie cellulaire est appelé « respiration mitochondriale » et correspond à un ensemble de réactions se déroulant dans la mitochondrie et nécessitant de l’oxygène.

Les régimes riches en glucides pourraient altérer la dépense énergétique en modifiant la respiration mitochondriale. En effet, il a été montré dans une étude clinique que la consommation d’un régime riche en glucides (60% du total des calories consommées) induisait une respiration mitochondriale réduite dans le tissu adipeux des participants en comparaison aux personnes qui avaient un régime dont la part des glucides était de 40 ou de 20% du total des calories consommées32. Une consommation importante « aiguë » sur un seul repas d’une grande quantité de glucides est capable d’induire un stress oxydant (notamment un stress du réticulum endoplasmique), un effet qui est par ailleurs médié par l’insuline33. Le stress oxydant était d’ailleurs plus important chez les participants qui présentaient déjà un excès pondéral. 

# D’après ces données, on comprend bien que le raffinage des denrées alimentaires en éliminant les fibres et autres nutriments (vitamines, polyphénols …) et que la consommation excessive de glucides rapidement digestibles ont une influence majeure sur la capacité de l’hôte à brûler des calories. Par ailleurs le rôle du microbiote intestinal dans le contrôle de l’homéostasie énergétique est encore une fois renforcé par diverses publications. Il est par ailleurs fortement suggéré que la modification des comportements alimentaires, et que l’augmentation de la consommation de produits riches en glucides et ultra-transformés ait pu contribuer à une réduction significative de la dépense énergétique des individus au fil des années, et contribuer à l’épidémie d’obésité actuelle.

L’obésité sous influence de facteurs intergénérationnels

Les gènes influencent chaque aspect de la physiologie humaine et certains gènes peuvent être impliqués dans le développement de pathologies. Un gène est une région de l’ADN contenant le « code » pour une protéine spécifique. L’ADN est transcrit en ARNm (ARN messager), qui sera ensuite traduit en protéine par les ribosomes. Alors que l’ADN porte le code génétique (qu’il n’est pas possible de modifier), l’épigénétique donne les moyens à la cellule de modifier l’expression des gènes. Si on représente notre génome (l’ensemble des gènes) comme un livre de 100 pages, la marque épigénétique serait comme le marque-page qui viendrait s’insérer à un endroit pour choisir de ne « lire » que la page 2 ou 45 par exemple et pas les autres. Parmi les marques épigénétiques les plus connues et étudiées, il y a la méthylation de l’ADN et les modifications des histones (protéines impliquées dans l’organisation et le compactage de l’ADN) qui vont pouvoir influencer l’expression des gènes. Il existe également d’autres processus intervenant dans la modulation de l’expression des gènes comme les ARNnc (ARN non codant), qui ne vont pas être traduits en protéine, mais vont jouer un rôle de régulation post-transcriptionnelle. En effet, certains ARNnc appelés micro-ARN (miARN) sont capables de s’apparier avec un simple brin d’ARNm et d’empêcher sa traduction ou alors de provoquer sa dégradation.

Alors que nos gènes sont hérités de nos parents, les modifications épigénétiques ou la transcription d’ARNnc sont influencées par l’environnement (lieu de vie, nutrition, activité physique, éducation, environnement social et familial …).

Les différentes études portant sur l’obésité mettent en avant que les facteurs génétiques identifiés à ce jour ne contribuent que faiblement au risque d’obésité34,35. Il n’existe que de rares formes d’obésité qui résultent de la mutation d’un seul gène bien particulier. Ces mutations ont été mises en évidence dans des gènes qui sont impliqués dans le contrôle de la prise alimentaire et de l’homéostasie énergétique, tel que le gène codant pour la leptine ou le récepteur de la leptine.

Un gène appelé « gène FTO » pour « FaT mass and Obesity-associated gene » a été identifié en 2007 par une équipe de chercheur comme un gène dont certains variants seraient associés avec une augmentation de l’IMC36. Quelques années plus tard, en 2011, une méta-analyse de grande ampleur publiée dans PLoS Medicine37, montre que l’activité physique modifie l’effet délétère du gène FTO, ce qui met clairement en évidence que l’environnement (et l’épigénétique dans une certaine mesure) est capable de contrecarrer certaines prédispositions génétiques.

Dans un article intitulé35 « On the futility of Screening for Genes That Make you Fat » traduit par « l’inutilité du dépistage des gènes qui font grossir », les auteurs rapportent les propos suivants :

« […] de nombreuses personnes ont une vision déterministe des gènes et peuvent penser que lorsque quelque chose est inscrit dans votre code génétique, on ne peut rien faire pour modifier le cours du destin. L’étude montre que cette vision est trop simpliste : les gènes peuvent prédisposer à la prise de poids, mais ce poids peut être perdu par une activité physique supplémentaire. »

« Les gènes peuvent co-déterminer qui devient obèse, mais notre environnement détermine combien le deviennent. »

Parmi les différentes hypothèses pouvant expliquer l’épidémie d’obésité, l’article « Obesity – an unexplained epidemic » 1, aborde le sujet des influences intergénérationnelles impliquant notamment la transmission du microbiote maternel à l’enfant, qui comme nous l’avons abordé plus haut, a une influence considérable à bien des niveaux sur la physiologie humaine et notamment dans la gestion du poids. Des changements épigénétiques in utero peuvent aussi être causés par un stress maternel ou encore la transmission inter ou transgénérationnelle d’ARN non codants (ARNnc) par le sperme ou les ovocytes. Du fait d’une augmentation importante de l’obésité, il est probable que la contribution de ces influences intergénérationnelles soit en expansion et impacte les générations suivantes, en augmentant leur susceptibilité à prendre du poids d’une manière indépendant de l’apport énergétique.

L’obésité maternelle contribue à l’augmentation du risque d’obésité chez la descendance. Des études ont conclu qu’il y avait une augmentation de 264% du risque que l’enfant soit atteint d’obésité lorsque la mère en est atteinte avant la conception38, et que l’obésité maternelle entrainait des changements dans les processus épigénétiques in utero, notamment des altérations dans la méthylation de l’ADN 38,39.

De nombreuses données mettent en avant un rôle direct du microbiote et de ses métabolites dans des modifications épigénétiques (méthylation de l’ADN, expression de certains miRNA), avec des implications sur la prise de poids et les risques de développer une obésité40. Dans ce contexte, les acides gras à chaine courte (AGCC) comme le butyrate qui sont produits par certaines bactéries de notre microbiote ont la capacité d’inhiber les histones désacétylase, des enzymes qui jouent un rôle important dans la régulation de l’expression des gènes.  

Les ARNnc ont également un rôle significatif, en particulier les miARN dont les niveaux peuvent être directement influencés par la qualité du régime alimentaire et certains nutriments comme les polyphénols (curcumine, EGCG, resvératrol, …)41. Les miARN synthétisés par la mère peuvent être transmis au fœtus par le biais du placenta et exercer un rôle sur de multiples fonctions comme l’adipogenèse, l’inflammation, la sensibilité à l’insuline … 

Il a également été montré que les aliments contiennent des miARN, capables d’être absorbés par l’intestin et d’avoir des effets physiologiques sur l’hôte ainsi que d’interagir avec le microbiote41,42.

# En conclusion cet article amène des données qui ont plusieurs implications.

Tout d’abord, l’hypothèse selon laquelle l’obésité serait due à une surconsommation de calories manque de preuves tangibles pour étayer cette affirmation. L’approche de nos politiques sanitaires axées sur les calories et l’exercice physique (« manger plus, bouger moins ») est inefficace pour enrayer l’épidémie actuelle d’obésité. La considération des différents facteurs intervenant dans l’épidémie d’obésité est primordiale afin de développer de nouvelles stratégies et politiques sanitaires en accord avec les données scientifiques.

Les changements dans la production alimentaire (sélection de cultures), les processus agroalimentaires (transformation des aliments) ont fortement contribué à l’augmentation de l’obésité. La détérioration de la qualité des aliments (perte de micronutriments), l’ultra-transformation des produits alimentaires et la consommation importante de glucides raffinés hautement digestibles impacte notre microbiote intestinal, et notre physiologie, en altérant notre capacité à brûler des calories et en augmentant l’adiposité. Des facteurs intergénérationnels interviennent également, augmentant ainsi la susceptibilité de la descendance à développer une obésité. L’épigénétique, qui joue un rôle important dans la modulation de l’expression des gènes est soumise à une influence maternelle et environnementale. La nutrition, le microbiote intestinal sont tous deux capables d’influencer les régulations épigénétiques (notamment la méthylation de l’ADN ou l’acétylation des histones, la synthèse d’ARN non codants) et de contribuer positivement ou négativement à la santé de l’hôte. La période de développement intra-utérine du fœtus est également une étape cruciale et sous influence de nombreux facteurs, comme des miRNA d’origine maternelle capables de réguler différentes fonctions physiologiques comme l’adipogenèse et la sensibilité à l’insuline.

L’obésité doit être à présent considérée avec une vision holistique, multifactorielle et au travers de notre microbiote intestinal.

Dr Christian Boyer

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La démarche fonctionnelle appliquée à la prise en charge des troubles du microbiote : SIBO, IMO et SIFO

Cas pratiques et stratégies avancées pour les troubles digestifs fonctionnels

SOURCES :

1 Mozaffarian D. Perspective: Obesity-an unexplained epidemic. Am J Clin Nutr. 2022 Jun 7;115(6):1445-1450. doi: 10.1093/ajcn/nqac075.

2 Global BMI Mortality Collaboration, Di Angelantonio E, Bhupathiraju ShN, Wormser D, Gao P, Kaptoge S, Berrington de Gonzalez A, Cairns BJ, Huxley R, Jackson ChL, Joshy G, Lewington S, Manson JE, Murphy N, Patel AV, Samet JM, Woodward M, Zheng W, Zhou M, Bansal N, Barricarte A, Carter B, Cerhan JR, Smith GD, Fang X, Franco OH, Green J, Halsey J, Hildebrand JS, Jung KJ, Korda RJ, McLerran DF, Moore SC, O’Keeffe LM, Paige E, Ramond A, Reeves GK, Rolland B, Sacerdote C, Sattar N, Sofianopoulou E, Stevens J, Thun M, Ueshima H, Yang L, Yun YD, Willeit P, Banks E, Beral V, Chen Zh, Gapstur SM, Gunter MJ, Hartge P, Jee SH, Lam TH, Peto R, Potter JD, Willett WC, Thompson SG, Danesh J, Hu FB. Body-mass index and all-cause mortality: individual-participant-data meta-analysis of 239 prospective studies in four continents. Lancet. 2016 Aug 20;388(10046):776-86. doi: 10.1016/S0140-6736(16)30175-1.

3 Mozaffarian D. Perspective: Obesity-an unexplained epidemic. Am J Clin Nutr. 2022 Jun 7;115(6):1445-1450. doi: 10.1093/ajcn/nqac075.

4 Patterson R, McNamara E, Tainio M, de Sá TH, Smith AD, Sharp SJ, Edwards P, Woodcock J, Brage S, Wijndaele K. Sedentary behaviour and risk of all-cause, cardiovascular and cancer mortality, and incident type 2 diabetes: a systematic review and dose response meta-analysis. Eur J Epidemiol. 2018 Sep;33(9):811-829. doi: 10.1007/s10654-018-0380-1.

5 Zhao R, Bu W, Chen Y, Chen X. The Dose-Response Associations of Sedentary Time with Chronic Diseases and the Risk for All-Cause Mortality Affected by Different Health Status: A Systematic Review and Meta-Analysis. J Nutr Health Aging. 2020;24(1):63-70. doi: 10.1007/s12603-019-1298-3.

6 Park JH, Moon JH, Kim HJ, Kong MH, Oh YH. Sedentary Lifestyle: Overview of Updated Evidence of Potential Health Risks. Korean J Fam Med. 2020 Nov;41(6):365-373. doi: 10.4082/kjfm.20.0165.

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La santé fonctionnelle et la médecine des 4P – 1re partie par Bruno Mairet

Savez-vous ce que signifie l’acronyme DFM ? Démarche Fonctionnelle et Micronutrition. Au cœur de l’enseignement de la santé fonctionnelle, il y a donc une démarche fonctionnelle précise, rigoureuse qu’on acquière essentiellement lors du Cursus Duo Pratik, mais que l’on retrouve aussi dans toutes nos formations. Cette démarche fonctionnelle repose sur les grands concepts de la médecine des 4P un courant médical nord-américain du début du 21e siècle qui a conceptualisé une approche nouvelle de la santé. Je vous expose dans cet article en deux parties (extrait de mon livre « Maîtrisez votre protocole santé ») les grands axes de la démarche 4P au cœur de la santé fonctionnelle (et je rajoute 2P pour Santé des 6P !!)

Dans la partie 1 nous traitons les 3P Prévention, Prédiction, Personnalisation. Dans la partie 2 nous aborderons les 3P Participation, Preuves, Précision.

La prévention

« Mieux vaut prévenir que guérir. » Ce vieux proverbe est-il totalement has been à l’ère des nouveaux médicaments tout puissants que sont les biothérapies, les thérapies ciblées et les vaccins-médicaments (improbable concept !) ? Pourquoi se préoccuper de prévention quand on dispose d’un arsenal de médicaments qui rapporte autant d’argent et qui éteint si puissamment les symptômes ? La prévention est-elle un concept désuet qui se limiterait à toutes les recommandations inutiles et/ou infantilisantes qui ont inondé les médias pendant la gestion de la dernière pandémie ? La part du budget de la santé consacrée à la prévention en France – 2 % – laisse en tout cas penser que c’est très loin d’être une priorité pour nos institutions. D’autre part, la prévention n’a aucune place dans le cursus universitaire des médecins. Ces derniers sont essentiellement formés à prendre en charge des maladies, et non à préserver la santé.

Une analyse fonctionnelle illustre très bien cette absence de prévention : l’indice HOMA.

Prenons un exemple clinique. Une histoire pas du tout exceptionnelle, mais plutôt fréquente. M. Robert, 55 ans, est en surpoids important (IMC de 29,5). Il est sédentaire depuis des années. Il rend visite à son médecin pour un petit bilan de santé. Son surpoids l’inquiète un peu, car sa mère est diabétique et son père « fait de la tension ». Le médecin lui prescrit un bilan assez classique qui comprend notamment une glycémie à jeun (taux de sucre dans le sang) et un dosage des cholestérols (total, HDL et LDL). Résultats : glycémie à 1,04 g/L et cholestérol total à 2,45 g/L. Conclusion du médecin: «M. Robert, vous n’avez pas de diabète (la glycémie doit être supérieure à 1,26 g/L pour arriver à ce diagnostic). Ne vous inquiétez pas, mais essayez quand même de perdre un peu de poids ! Par contre, vous avez du cholestérol. Je peux vous proposer une statine, un médicament pour faire baisser votre cholestérol. »

On passe ici potentiellement à côté d’un problème métabolique que l’on appelle la résistance à l’insuline qui est une condition physiopathologique précédant un diabète. Un médecin dans une démarche de prévention aurait pu prescrire non seulement l’analyse de la glycémie à jeun, mais aussi l’insulinémie à jeun. Ces deux paramètres lui auraient permis de calculer un indice appelé HOMA qui aurait peut-être révélé une résistance à l’insuline. Auquel cas, la mise en place d’une démarche de prévention métabolique – éviter un diabète – via notamment la gestion des glucides de l’assiette, aurait permis de reverser ce prédiabète tout en baissant le cholestérol.

Malheureusement, les médecins sont principalement formés pour repérer et prendre en charge un diabète (avec un arsenal thérapeutique bien établi : antidiabétiques oraux, insuline), et non pour mettre en évidence, bien en amont (avec des analyses), un terrain métabolique qui prédispose fortement au diabète.

Le tableau N°2 montre les différences entre prévention métabolique et traitement de la maladie métabolique.

La prédiction

Les concepts de prévention et de prédiction sont proches et intriqués. La démarche de prévention commence avec la mise en évidence d’un glissement vers un terrain à risque à cause d’un mode de vie lui-même à risque. Ainsi, dans l’exemple précédent, la sédentarité de M. Robert est un des facteurs qui a conduit son terrain métabolique à glisser vers une résistance à l’insuline (état physiopathologique précédant un diabète). La prédiction, quant à elle, est une mise en évidence d’un terrain prédisposant à une pathologie. La démarche de prédiction est étroitement reliée à la notion de constitution (si chère aux naturopathes). Pour rappel, la constitution d’un patient est son terrain de base, dont il hérite à la naissance. Ainsi, toutes les analyses caractérisant un terrain génétique vont rentrer dans cette dynamique de prédiction. Par exemple, une certaine variante génétique sur un gène appelé COMT prédisposera à l’anxiété. Une autre variante génétique sur un gène appelé MTHFR prédisposera à la dépression. Il faut prendre conscience du puissant impact du terrain génétique sur certains états pathologiques. Le cas de madame Juliéna va nous y aider. Cette femme de 46 ans a une vie qu’elle qualifie de « parfaite » : un travail qui a tout pour être stimulant (artiste peintre), une belle vie de famille qui s’épanouit dans une grande maison près de la mer, des amis… Toutefois, en dépit de ce contexte idyllique, elle est très souvent déprimée (avec même plusieurs épisodes de « vraie » dépression). Mme Juliéna est une femme intelligente. À un moment donné de sa vie, elle s’est questionnée: peut-être mon mode de vie est-il trop matérialiste (la fameuse quête de l’Avoir au lieu de l’Être) ? Peut-être que cela me fait ressentir un vide intérieur à l’origine de ma déprime ? Elle s’est alors mise à la méditation, a cherché à mettre des valeurs, des idéaux et du sens dans sa vie. Cette véritable «quête spirituelle» a bien amélioré son état d’être, mais un fond de dépression était toujours là. Tenace, elle a alors consulté un praticien fonctionnel qui lui a proposé une analyse de son gène MTHFR. Ce dernier s’est révélé être une « fragilité constitutionnelle », un terrain à risque de dépression pour madame Juliéna. Pour pallier cette fragilité de terrain, une prise en charge très simple à base d’un complexe de vitamines du groupe B, et notamment de méthyl folate (vitamine B9 «activée»), lui a été proposée. Le résultat a été au rendez-vous! Son état dépressif endogène («qui prend naissance à l’intérieur ») a quasi disparu. Puisque c’est un trouble dépressif avec une forte composante génétique, constitutionnelle (c’est inscrit au cœur de son métabolisme cellulaire), le praticien a pu lui prédire qu’elle rechuterait si elle ne faisait pas régulièrement des cures de ce traitement. Philosophe, madame Juliéna parle de cette fragilité de terrain comme de son karma!

La personnalisation

Aller vers une médecine personnalisée est un objectif très tendance de Big Pharma, portée par la révolution numérique et les ambitions prométhéennes de Big Data ! Son but : adapter les traitements en fonction des caractéristiques (génétiques, notamment) des patients et de leurs maladies. L’idée est d’anticiper, grâce à des tests de diagnostic, ceux pour qui un traitement sera le plus bénéfique et ceux pour qui il ne le sera pas. Le projet France Médecine Génomique 2025 lancé en 2016 poursuit ce type d’objectifs, notamment dans le domaine de la lutte contre le cancer. En caractérisant la spécificité génétique de la tumeur d’un patient (on appelle cela le profilage moléculaire des tumeurs), on peut en théorie trouver une thérapie plus ciblée, personnalisée, pour son cancer. Les enjeux financiers sont énormes et certains mastodontes de l’industrie pharmaceutique en ont fait un but stratégique. Au-delà de l’appât du gain, cette promesse de médecine personnalisée nous vend beaucoup de rêve ! Elle nous fait la promesse d’une révolution médicale : la fin imminente d’une médecine de masse : « Nous vous considérons comme des individus uniques, et nous vous proposons un traitement sur mesure ! » Il y a cependant matière à douter de cette annonce, après les protocoles collectifs pour le moins peu personnalisés qu’on a cherché à nous imposer pendant la crise sanitaire! Cependant, cette médecine personnalisée fait rêver, car elle touche à une aspiration profonde (plus ou moins consciente, certes) au cœur de la nature humaine : l’envie d’être considéré dans sa singularité ! Hippocrate nous proposait déjà de prendre en charge un patient (avec son mode de vie, son terrain…) et non une maladie ! Ainsi, dans la démarche de médecine fonctionnelle ou de santé fonctionnelle, il n’y aura jamais deux prises en charge identiques pour un même problème de santé. L’investigation clinique complétée par des bilans nutritionnels et fonctionnels (tous ceux dont il sera question dans ce livre) vont orienter le praticien vers des causes très individualisées pour un même problème de santé. Prenons l’exemple de plusieurs patients qui consultent pour de l’acné.

  • M. Eliot, 28 ans, présente une acné sévère. La biologie micronutritionnelle révèle une carence en zinc profonde (ce type de carence ne trouve pas toujours d’explication logique). Une supplémentation en zinc bien conduite fera disparaître son acné (il est par ailleurs fort probable qu’il devra régulièrement faire des cures de cet oligoélément). Attention: j’insiste sur la notion de supplémentation bien conduite! Beaucoup de professionnels de santé savent qu’une cure de zinc peut améliorer fortement une acné. Un pharmacien avisé en proposera sans doute lors d’une discussion au comptoir. Néanmoins, selon la profondeur de la carence, l’efficacité de la supplémentation ne sera peut-être pas au rendez-vous, avec le risque de conclure: l’acné de cette personne ne vient pas d’une carence en zinc. Mais ce serait une erreur de procéder ainsi. Là aussi, il faut personnaliser en fonction des résultats de la biologie du zinc. Un taux de zinc à 55 μg/dl (carence très profonde) ou un taux à 75 μg/dl (carence profonde) n’appelleront pas la même démarche de supplémentation.
  • M. Palini, 21 ans, est lui aussi fortement touché par une acné depuis des années. Le questionnaire nutritionnel et le bilan des acides gras érythrocytaires révèlent un fort excès d’acides gras saturés et d’acides gras trans dans son assiette et dans ses cellules. Pro-inflammatoires, ces acides gras l’exposent à une peau acnéique. Pour corriger son acné, on revisitera principalement son alimentation en apportant, entre autres choses, 300 g de petits poissons gras par semaine dans son assiette.
  • Mme Miton, 35 ans, souffre d’acné depuis l’arrêt de sa pilule (on l’avait d’ailleurs mise sous pilule à l’adolescence pour «faire disparaître» son acné). L’investigation clinique et biologique révèle chez elle des troubles de nature hormonale. Son acné est d’ailleurs majorée pendant la semaine précédant ses règles. Les dosages hormonaux révèlent un taux de progestérone très bas (mesuré 7 jours après l’ovulation). Les androgènes, eux, sont normaux. Ce dernier point est important, car ce sont souvent ces hormones qui sont incriminées dans l’acné. Or, chez madame Miton, c’est le déséquilibre progestérone (basse)/androgène qui est responsable de l’apparition de l’acné. Il faudra optimiser sa qualité ovulatoire. La prise en charge est trop complexe pour être évoquée brièvement ici. Je vous renvoie à l’ouvrage de ma collègue Guénaëlle Abéguilé, Troubles hormonaux: reprenez le pouvoir.
  • Mlle Gilbert, 17 ans, se bat contre une importante acné du visage. L’investigation clinique et biologique révèle qu’elle porte les trois causes évoquées ci-dessus : carence en zinc, excès d’acide gras saturés et troubles hormonaux !

On le voit, la biologie va être un complément souvent indispensable à l’investigation clinique pour personnaliser la prise en charge d’un problème de santé. Par exemple, le zinc (donné à M. Eliot) n’aurait eu aucune efficacité sur l’acné de M. Palini, tout comme les petits poissons gras de ce dernier n’auraient rien changé à la peau acnéique de Mme Miton.

À ce stade de la présentation des analyses de la nouvelle médecine des 4P, proposons une petite synthèse dans le tableau n° 3, regroupant une grande partie des concepts que nous avons abordés depuis le début de cette première partie.

Tableau n° 3 : Médecine des 4P : analyses et terrains. Chaque concept de la médecine des 4P peut être mis en correspondance avec des concepts de naturopathie traditionnelle et avec certains types d’analyses. Ces correspondances que je propose ici ont une vocation pédagogique, mais elles ont leurs limites, car rien n’est cloisonné de la sorte. Ainsi, par exemple, on peut personnaliser une prise en charge avec des analyses génétiques et non pas seulement être dans la prédiction. Dans le cas de madame Juliéna, sa dépression a été prise en charge de manière totalement personnalisée.

Bruno Mairet – extrait du livre « Maitrisez votre protocole santé« 

Se former à la démarche de Santé Fonctionnelle

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Les IPP, médicaments antiacides : Le point de vue de la santé fonctionnelle – par Guénaëlle Abéguilé

À la rencontre de ce mal aimé : l’acidité gastrique

Notre estomac fabrique de l’acide chlorhydrique. Dit comme ça… Ça fait un peu peur ! Et pourtant, cette acidité gastrique est essentielle à notre pleine santé.

À quoi sert cette acidité gastrique ?

L’acidité gastrique à de multiples fonctions, parmi lesquelles :

  • La stérilisation du bol alimentaire.
  • L’activation de la pepsine, enzyme protéolytique (qui digère les protéines).
  • L’activation de la lipase gastrique (enzyme qui digère les graisses), favorisant la vidange de l’estomac.
  • L’activation de la synthèse et de la sécrétion de la bile, qui permet de digérer et d’absorber les graisses et molécules liposolubles (Vitamines A, D, E, K, CoQ10, polyphénols, caroténoïdes…).
  • L’activation de la synthèse et de la sécrétion des sucs pancréatiques, qui digèrent l’ensemble des nutriments.
  • Le maintien d’un Ph intestinal modérément acide, permettant une meilleure absorption des micronutriments et le maintien d’un microbiote optimal.
Que se passe-t-il en cas de manque d’acidité gastrique ?

L’hypochlorhydrie correspond à l’insuffisance de production d’acide chlorhydrique par l’estomac. Étant donné l’importance de l’acidité gastrique et ses multiples fonctions, en cas d’hypochlorhydrie, les conséquences seront multiples et variées. Je vous laisse les découvrir en schéma :

Schéma : « Hypochlorhydrie : conséquences »

Notons que les conséquences ici décrites vont à leur tour perturber de très nombreuses fonctions. Ainsi, les déficits micronutritionnels et les dysbioses induites par les IPP peuvent perturber toutes les fonctions de l’organisme : fonctions digestives, mais aussi fonction détox, fonctions immuno-inflammatoires, fonctions métaboliques, fonctions neuropsychiques et fonctions hormonales.

Comment savoir si je suis en hypochlorhydrie ?

La clinique est assez informative : ballonnements ressentis au niveau de l’estomac, pesanteur gastrique, éructations, parfois haleine putride peuvent nous mettre la puce à l’oreille.

Pour le vérifier, nous pouvons conseiller le test au bicarbonate de soude. Ce test n’est pas parfait, il est toutefois assez amusant et peut nous orienter.

Test au bicarbonate de soude :

Comment procéder ?

  • À jeun le matin, mettre 1 c.à.c de bicarbonate de soude dans un demi-verre d’eau.
  • Boire et lancer aussitôt le chronomètre.
  • Un rôt doit arriver. Plus il arrive tôt, plus cela signe une bonne acidité gastrique.
  • Renouveler 3 fois, toujours à jeun, et faire une moyenne des scores.

Interprétation :

  • Rôt immédiat → hyperchlorhydrie (excès d’acidité gastrique)
  • Rôt entre 1 à 2 min → Normochlorhydrie (acidité gastrique optimale)
  • Rôt entre 2 et 5 minutes → Hypochlorhydrie (insuffisance d’acidité gastrique)
  • Rôt > 5 min ou inexistant → hypochlorhydrie sévère
Quelles sont les causes d’hypochlorhydrie ?

Face à toute hypochlorhydrie, il faudra s’interroger sur la cause : sommes-nous en présence d’une hypothyroïdie, de stress, d’un âge avancé ? Et bien sûr les inhibiteurs de la pompe à proton, les IPP, ces fameux médicaments contre l’acidité gastrique !

Que faire en cas d’hypochlorhydrie ?

La réponse est : prendre en charge la cause !

Plus difficile lorsque celle-ci est l’âge…

Quoi qu’il en soit, en attendant que la cause soit prise en charge, ou s’il est impossible de la prendre en charge, on peut recommander la prise d’acide chlorhydrique bétaïne en complément alimentaire. Vous en trouverez en gélule dans les laboratoires spécialisés en micronutrition ! Il en existe seul ou accompagné d’enzymes digestives. Nous recommanderons une prise en début de repas. La fréquence de prise est à adapter en fonction du ressenti du patient. Ce type de complément peut s’avérer très efficace, mais ne doit pas être suffisant en soi : n’oublions pas de prendre ne charge la cause !

L’acide chlorhydrique bétaïne sera contre-indiqué en cas d’ulcère, d’œsophagite ou en cours de sevrage d’IPP.

Les IPP : ces médicaments antiacides, mais pas que…

Les IPP, inhibiteurs de la pompe à proton, sont les médicaments « anti-acide», prescrits dans le but de réduire la production d’acide gastrique.

Pourquoi vouloir la réduire alors qu’elle est essentielle à notre pleine santé ?

De la même façon que l’on prend souvent une pilule contraceptive à cause de la non-considération de l’ovulation Power, on prend un IPP à cause de la mauvaise considération de l’acidité gastrique !  L’acidité gastrique est victime d’un délit de sale gueule.

  • J’ai du reflux! → C’est parce que vous avez trop d’acidité gastrique !
  • J’ai la gorge qui gratte le matin ! → C’est parce que vous avez trop d’acidité gastrique !
  • J’ai l’estomac lourd après mangé ! → C’est parce que vous avez trop d’acidité gastrique !
  • J’ai mal au ventre quand je suis stressé ! → C’est parce que vous avez trop d’acidité gastrique !
  • Je rote tout le temps ! → C’est parce que vous avez trop d’acidité gastrique !

Et j’en passe ! Tout prétexte est bon pour mettre en cause l’excès d’acidité gastrique. Ainsi présenté, la solution est toute trouvée → Prenez des IPP !

Précisons que les plaintes évoquées ci-dessus correspondent la plupart du temps à des troubles fonctionnels et non médicaux, ainsi, la prise en charge adaptée devrait être fonctionnelle et non médicamenteuse !

Présenté alors comme LA solution, prescrits à outrance, les IPP font des ravages !

Quelles sont les conséquences de la prise d’IPP ?

Parmi les conséquences de ces médicaments, citons : l’altération de la digestion dans sa globalité, dysbiose de putréfaction et ses conséquences, SIBO, déficit en zinc, en fer, en cuivre, en manganèse, en vitamine B12, mais aussi en magnésium.

Comme nous pouvons le lire dans le Vidal®, les carences profondes en magnésium induites par les IPP, peuvent, dès 3 mois de traitement entraîner des troubles plus ou moins graves comme de la fatigue, de la tétanie, des bouffées délirantes, des convulsions, des sensations vertigineuses, de l’arythmie ventriculaire.

Avez-vous reçu ces informations lorsque l’on vous a prescrit ou renouvelé votre traitement ? Vous a-t-on conseillé de prendre du magnésium pour compenser cet effet anti-nutritionnel ?

Et ce n’est pas tout !

Ces médicaments augmentent de 20 à 50% le risque de développer une insuffisance rénale chronique. (1)

Les fonctions cognitives ne sont pas en reste, puisqu’une vaste étude de cohorte effectuée en 2022 a conclu, après ajustement des facteurs de confusion, que les IPP augmentent significativement le risque de démence ! (2)

Probablement à cause des dysbioses et carences induites par les IPP, des études ont mis en évidence un risque majoré de déclarer un Covid 19, et ce, dès aout 2020 (3) !

Comme la plupart des médicaments, ils ont pourtant bien leur place. Leur prescription devrait se limiter à ces seules indications : ulcère gastro-duodénal, œsophagite (de grade C ou D selon la classification de Los Angeles) et œsophage de Barett. La coprescription, souvent systématique avec les AINS n’a pas lieu d’être. Elle peut avoir un intérêt uniquement pour les personnes à risques de complications gastro-duodénales (4). Même dans ces cas, le renouvellement de la prescription ne doit pas être systématique. Le traitement doit être réévalué régulièrement. Sortis de ces critères, ils n’ont pas d’utilité ! Malheureusement, ces indications légitimes ne représenteraient que 5% à 10% des prescriptions. En d’autres termes : 90 à 95% des patients sous IPP devraient être sevrés !

Quid de l’impact des IPP sur l’équilibre hormonal ?
  • En entrainant des dysbioses de putréfaction, l’IPP favorise le passage de fraction bactérienne, que nous appelons LPS (pour lipopolysaccharides) dans l’organisme. Ces molécules franchissent la barrière intestinale et peuvent venir se fixer sur des récepteurs hormonaux. Ainsi, ils peuvent être responsables de résistance aux hormones. L’hormone ne peut plus se fixer sur son récepteur, la place est déjà occupée.
  • Ces mêmes molécules, les LPS, induisent de l’inflammation. Ce terrain inflammatoire modifie considérablement l’imprégnation hormonale. Ainsi, l’inflammation augmente notre sensibilité aux œstrogènes, tandis qu’elle nous rend résistants à la progestérone. Ceci peut expliquer une clinique évoquant un déséquilibre oestro-progestéronique malgré un statut hormonal optimal. L’inflammation modifie également notre sensibilité aux androgènes et aux hormones thyroïdiennes.
  • La dysbiose impacte également l’élimination des œstrogènes, ce qui contribue à l’hyperœstrogénie.
  • Enfin, du fait des carences induites par les IPP, les micronutriments indispensables à la synthèse, à la conversion, à l’activation des récepteurs et/ou à la détoxication des différentes hormones peuvent manquer. S’ensuivent des perturbations profondes de l’imprégnation hormonale.
  • La carence de magnésium peut, quant à elle, induire du stress, qui à son tour impactera l’équilibre hormonal dans son ensemble.
Comment aider au sevrage des IPP ?

Le sevrage des IPP est souvent appréhendé par nos patients. En effet, la plupart souffrent dès qu’ils oublient un comprimé pendant une journée.

  • « Cela est bien la preuve que j’en ai besoin ! »

Non, pas du tout ! Pendant que l’on prend un IPP, notre synthèse d’acide chlorhydrique est bloquée. Essayant toujours de rétablir l’équilibre, notre organisme va tout faire pour relancer la machine. Une hormone va alors augmenter : la gastrine. Dans les conditions physiologiques, cette dernière a pour but d’augmenter la synthèse d’acide chlorhydrique. En présence d’IPP, rien ne se passe comme prévu. La gastrine est au plafond, mais les cellules à l’origine de la production d’acide gastrique ne sont pas en mesure de répondre.

En revanche à l’arrêt de l’IPP, la production d’acide chlorhydrique est de nouveau possible. Possible, et même très intense, puisque la gastrine, qui est au plafond stimule cette production. Il y a donc une hyperchlorhydrie (excès d’acide chlorhydrique) réactionnelle à l’arrêt de l’IPP. Désagréable, voire insupportable pour le patient, ce phénomène est responsable des nombreux échecs de sevrage.

Ainsi, il faudra en tenir compte dans nos recommandations.

Sevrage des IPP, mes conseils :

  • Il faudra être PROGRESSIF+++. Aussi progressif que le patient en a besoin. C’est lui et lui seul qui guidera la vitesse de son sevrage, en fonction de ses désagréments. Certains y parviendront très rapidement, d’autres auront besoin de plusieurs mois.
  • En amont du sevrage : se complémenter en magnésium pendant 1 mois minimum. Poursuivre la complémentation pendant toute la durée du sevrage. Dosage à évaluer avec votre praticien de santé fonctionnelle.
  • Bien mastiquer++++
  • Pratiquer de la cohérence cardiaque 5 min avant le repas : cela stimule le nerf vague qui aide à la digestion
  • Aidez-vous avec la ou les plantes les plus adaptées à votre terrain. La sélection des plantes, leur posologie et leur forme sont à évaluer avec votre praticien formé en santé fonctionnelle. Il vérifiera également l’absence de contre-indications en fonction de votre terrain et de vos antécédents. Je les cite ici à but informatif uniquement.
    • En cas de digestion lente, difficile, pesanteur gastrique après le repas : gingembre
    • En cas de brûlure gastrique : réglisse, aloe vera, fleurs de mauves, racine de guimauve…
    • En cas de troubles gastriques accentués par le stress : mélisse, gentiane…

Guénaëlle AbéguiléFormatrice en Santé Fonctionnelle, spécialisée en Hormonologie

(1)   Lazarus B, Chen Y, Wilson FP, Sang Y, Chang AR, Coresh J, Grams ME. Proton Pump Inhibitor Use and the Risk of Chronic Kidney Disease. JAMA Intern Med. 2016 Feb;176(2):238-46. doi: 10.1001/jamainternmed.2015.7193. PMID: 26752337; PMCID: PMC4772730.

(2) Zhang P, Li Z, Chen P, Zhang A, Zeng Y, Zhang X, Huang Q, Liu D, Qi S, Mao C. Regular proton pump inhibitor use and incident dementia: population-based cohort study. BMC Med. 2022 Sep 1;20(1):271. doi: 10.1186/s12916-022-02478-y. PMID: 36045363; PMCID: PMC9434890.

(3) Almario CV, Chey WD, Spiegel BMR. Increased Risk of COVID-19 Among Users of Proton Pump Inhibitors. Am J Gastroenterol. 2020 Oct;115(10):1707-1715. doi: 10.14309/ajg.0000000000000798. PMID: 32852340; PMCID: PMC7473791.

(4) Bon usage des inhibiteurs de la pompe à proton (IPP) ; haute autorité de santé ; recommander les bonnes pratiques. 2022 Sep

Pour aller plus loin

Une formation certifiante sur 13 journées (91 heures) de formation sur 6 mois pour un tarif de 2150 € (soit une remise de 190€). L’achat d’un module vous donne accès un groupe Facebook privé. Nouvelles dates 2025/2026.

La démarche fonctionnelle appliquée à la prise en charge des troubles du microbiote : SIBO, IMO et SIFO

Le film de la maladie de Lyme par Estelle Gaignard

Cet article a été réalisé par une participante suite à la formation "Infections froides en Pratik" par Dr Claire Delval

Les infections froides en Pratik

Le modèle de la maladie de Lyme pour prendre en charge les infections persistantes

 

Cet article a été réalisé par une participante de la formation « Infections froides en Pratik » par Dr Claire Delval

L’histoire du film

De retour d’une excellente formation sur les infections froides présentée par le Dr Claire Delval, j’ai souhaité vous en dire plus sur ces maladies peu connues… Pourquoi froides ? Et bien, ces infections ne génèrent pas de fièvre et ont la capacité de se mettre en dormance et donc de passer inaperçues…jusqu’à ce qu’un stimuli ou une goutte d’eau dans un vase déjà bien remplie pour être plus parlant fasse qu’elle se réveille telle la Belle au bois dormant… Sauf que le réveil d’une infection froide est juste l’inverse d’un conte de fée !

Ces infections ont la particularité d’être chroniques, c’est-à-dire que les symptômes peuvent se manifester de façon non régulière et ceci en fonction de la capacité du système immunitaire à contrôler l’infection.

Les responsables peuvent être des virus, des bactéries, des champignons, des parasites et souvent on assiste à des co-infections rendant le diagnostic encore plus difficile.

La plus connue des infections froides est la maladie de Lyme, due à une bactérie : la Borrélia. Elle est transmise lors d’une piqûre de tique infectée. La croissance de la tique passe par 3 stades: la larve, la nymphe et l’adulte. Pour passer d’un stade à l’autre, la tique prend un unique repas sanguin et peut alors transmettre la bactérie si elle en est porteuse. Sa durée de vie est d’environ 3 ans.

Parlons chiffres

La maladie de Lyme ou borréliose est en expansion, elle est devenue la plus fréquente des maladies vectorielles transmises à l’humain. On la retrouve dans plus de 80 pays, essentiellement dans l’hémisphère Nord, et plus particulièrement dans les régions humides et boisées. Il existe plus de 800 espèces de tiques connues. La plus fréquemment rencontrée sur l’être humain est Ixodes Ricinus et c’est aussi elle qui est responsable de la transmission de la Borrélia. En France, on dénombre plus de 65000 nouveaux cas par an.

Cette expansion s’explique par le réchauffement climatique et la perte de bio-diversité engendrant un manque de prédateurs.

Le générique de prévention

Mieux la connaitre pour mieux s’en protéger

La tique est active entre 5 et 25°C, dans un climat plutôt humide. Elle n’a pas d’yeux mais « sent »son hôte arriver d’où l’intérêt des répulsifs. Il est important de bien s’inspecter suite à une balade en forêt ou par exemple après avoir tondu sa pelouse car sa morsure est indolore. Elle se détache seule quand son repas est terminé, repas pouvant durer de quelques heures à quelques jours. S’équiper d’un tire-tique fait aussi partie des essentiels.

En avant-première, http://www.repansez-votre-sante.com a l’immense plaisir de vous présenter le film sur la maladie de Lyme…

Fiche technique

 

Thématiques

Avertissements: Ce scénario est inspiré de faits existants et de polémiques réelles…

Le scénario

Ce film débute par un plongeon au coeur de la seconde guerre mondiale. On y découvre un vétérinaire et scientifique nazi allemand, Erich Traub. Celui-ci est en charge de diriger un programme d’infection par les tiques. Exfiltré à la fin de la guerre, il est amené aux Etats-Unis sous les auspices du programme « paperclip » destiné à emmener les scientifiques nazis en échange de leur impunité tout en récupérant leur savoir pour lutter contre l’Union Soviétique en ce début de guerre froide. On le voit ainsi travailler sur les tiques infectées dans le laboratoire de Plum Island, une petite île à l’Est de New York…

Nous voici maintenant quelques dizaines d’années plus tard, au milieu des années 1970, imaginez une petite bourgade de province américaine, nichée au coeur des forêts de l’état du Connecticut, à 15 kms seulement du laboratoire de Plum Island. Ici, les habitants du comté de Lyme semblent confrontés à une micro épidémie d’une forme singulière d’arthrite sévère touchant les enfants et certains adultes. Un petit groupe rapporte les mêmes symptômes: des genoux enflés, des éruptions cutanées comme un érythème migrant, des paralysies et une fatigue chronique importante. Les médecins du coin restent alors circonspects, ces patients sont en errance médicale… On y découvre alors 2 mères inquiètes mais combatives qui décident de mener l’enquête à bras le corps, elles contactent des scientifiques et ceux-ci recherchent plusieurs causes possibles. Certains enfants reconnaissent avoir été mordus par une tique peu avant l’apparition des symptômes, d’autres n’en ayant aucun souvenir, il faut dire que cette piqûre peut passer inaperçue car elle est indolore. Les épidémiologistes mettent alors en avant la fréquence de ces piqures dans ce comté comparativement au reste de la population américaine…Ils baptisent ce trouble de maladie de Lyme mais restent impuissants face aux causes qui leur sont alors inconnues..Jusqu’à ce qu’un chercheur, Willy Burgdorfer découvre la bactérie responsable des symptômes de la mystérieuse maladie de Lyme en 1982. On a alors donné le nom à cette bactérie Borrélia Burgdorferi.

Maintenant en 2019, Les Etats-Unis, face à l’ampleur de l’expansion, lancent une vaste enquête: des tiques infectées auraient été utilisées comme des armes bactériologiques… En effet, on y découvre que Willy Burgdorfer a travaillé à inoculer à des insectes des maladies transmissibles aux humains, selon ses propres aveux. Les tiques se seraient il échapper du fameux laboratoire de Plum Island? La « Lyme disease » est devenue un véritable problème de santé publique. Ce phénomène dépasse largement le continent américain pour résonner en Europe où des cas similaires sont décrits: une trentaine d’espèces de bactéries Borrélia donnant des symptômes différents vont apparaître à la lumière de la science, et les chercheurs passés d’une contamination locale Nord américaine à une véritable pandémie.

Le témoignage de plusieurs personnes atteintes de cette maladie en recrudescence clôture le film. Leur point commun réside dans leur difficulté à ce qu’un diagnostic soit posé…souvent des années d’errance médicale, avec des tests sérologiques peu fiables… Ces témoignages nous expliquent le fait que cette maladie soit difficile à diagnostiquer d’où sa qualification de grande imitatrice et à combattre car elle prend autant de forme que de patients. De plus, elle a des symptômes tournants, c’est à dire non réguliers, cycliques. Une fois qu’elle a franchi la barrière encéphalique, elle touche le système nerveux central. Non soignée, elle devient chronique et certains patients peuvent être considérés à tort malade psychiatrique, fibromyalgique, atteints d’encéphalopathie myalgique ou de maladies neurologiques atypiques comme une sclérose en plaques ne répondant pas au traitement par exemple.

A la toute fin du film, nous découvrons aussi ces médecins et ces thérapeutes qui se battent pour que ce phénomène de « Lyme chronique » soit reconnu. Des traitements existent, guérir la maladie semble illusoire mais endormir l’infection, la garder sous silence grâce à un système immunitaire optimisé reste LA solution pour venir a bout de ces années de souffrance…

Le générique de fin

Des médecins controversés

A l’instar du professeur Christian Peronne, médecin et chercheur spécialiste en infectiologie, de nombreux confrères dénoncent le déni autour de la maladie de Lyme chronique, aussi appelée Syndrome Polymorphe Persistant après une Possible piqure de Tique ou SPPT. Ce terme est désormais reconnu depuis Juin 2018. Ce sont pourtant les seuls qui apportent des solutions concrètes aux malades. En les soignant, ils sont malheureusement souvent confrontés à des plaintes du conseil de l’ordre des médecins car leurs prescriptions sortent de l’usage habituel des médicaments.

Les symptômes cliniques

La souffrance et la fatigue

La souffrance qu’elle soit physique ou psychique fait vivre un véritable enfer aux malades, par ces douleurs quotidiennes, ce manque d’énergie mais aussi par la non reconnaissance par le corps médical de leurs maux.

Le diagnostic est avant tout clinique. La fatigue, depuis plus de 6 mois, quotidienne, est indispensable à ce diagnostic. A cela doit s’ajouter différents critères : neuro-vasculaires, cardio-vasculaires, neurologiques, musculaires, rhumatologiques et « irritatifs ». Les symptômes doivent être présents depuis au moins 6 mois mais pas depuis toujours, réguliers, même intermittents et au moins présents une à deux fois par semaine.

Les signes sont souvent inconstants, voir migrateurs et atypiques car ils ne répondent pas aux traitements habituels. En effet, la Borréliose est souvent qualifiée de « grande imitatrice » et confondue avec de nombreuses pathologies comme la sclérose en plaques, la fibromyalgie, le syndrome de fatigue chronique, la dépression etc.

Des grilles de score sont utilisées pour le diagnostic et le suivi des patients.

Les analyses biologiques

La reconnaissance

Les analyses prescrites sont souvent malheureusement non fiables. En effet, il existe de nombreux « faux négatifs », créant aussi la polémique concernant l’existence de cette maladie. En France, les deux tests souvent classiquement prescrits sont la sérologie Elisa et le Wester Blot si un doute persiste. Certains tests ont cependant une valeur prédictive plus fiable, comme l’Elispot.  Quant au typage lymphocytaire, il donne des indices quant au comportement du système immunitaire.

La sérologie Elisa

Cette sérologie est un test immunologique qui mesure les anticorps anti Borrélia que le système immunitaire a généré pour se défendre. Elle permet juste de préciser l’existence d’un contact antérieur avec la Borréliose mais ne permet pas de dire si on est malade ou pas.

Le Western Blot

Prescrit en cas de test Elisa douteux ou positif, ce test également immunologique est un peu plus spécifique. En effet, il permet de détecter des protéines particulières, spécifiques de la maladie.

L’Elispot

Ce test est très spécifique. Il permet de détecter une activité lymphocytaire spécifique de Borrélia dans le sang circulant en mesurant la sécrétion de cytokines (messager). Il permet d’évoquer de façon efficace une infection active, aussi bien dans les phases précoces que tardives de l’infection. Il est aussi utile dans le suivi de l’efficacité du traitement contrairement à la sérologie.

Le typage lymphocytaire

Cet examen n’est pas un test de diagnostic mais donne des indices . En effet, un certain rapport (CD57+/CD56+) est abaissé dans la borréliose active mais n’est pas spécifique de cette maladie. Il permet aussi de constater si l’état immunitaire global est adapté ou non, si la sollicitation est plutôt virale ou bactérienne, si l’évolution est en faveur de l’apparition d’une auto-immunité et est donc aussi intéressant pour le diagnostic différentiel.

D’autres tests peuvent  être proposés comme les test PCR mais dans le
sang, ils sont très peu sensibles. Attention aussi à quelques
« arnaques » comme le microscope à fond noir par exemple.

Il ne faut pas vouloir dire au test plus que ce qu’ils peuvent…

Le système immunitaire

Le leurre

Les bactéries Borrélia ont la capacité de se protéger du système immunitaire de l’hôte par différents mécanismes en se diffusant à bas bruit dans l’organisme:

  • Elles peuvent prendre des formes kystiques extrêmement petites et constituer des biofilms qui les protègent du système immunitaire
  • Elles peuvent rester quiescentes pendant des années en utilisant des cachettes au sein de tissus peu irrigués ou au cœur de parasites
  • Elles peuvent se débarrasser de certaines protéines de surface quand elles sont reconnues par le système immunitaire
  • Elles peuvent produire des protéines de surface voisines des tissus environnants

Ces bactéries ont plus d’un tour dans leur sac afin de n’être ni détectées ni éradiquées.

En toute intelligence, quand le terrain est peu propice, c’est-à-dire quand le système immunitaire est performant, elles vont rester discrètes, en dormance. A contrario, lorsque le système immunitaire est défaillant comme lors d’un stress, d’une grossesse, d’une chimiothérapie ou d’une infection par exemple, elles se réactivent.

Le terrain

Les influenceurs

Le seul cas où un consensus est présent est la cas de la Borréliose aiguë : si érythème migrant, aucune hésitation, des antibiotiques seront prescrits sur 4 semaines sans précautions en amont.

Concernant la Borréliose chronique, avant de s’attaquer aux bactéries pathogènes, il sera important de préparer le terrain. En effet, dans le cas contraire, une possible aggravation des symptômes connus du patient apparaît, on l’appelle la réaction de Herxheimer : il s’agit de la libération des toxines du fait de la lyse bactérienne. Elle prouve aussi l’efficacité du traitement mais se doit d’être contrôler.

Quelques exemples d’optimisation du terrain afin de rétablir la compétence immunitaire :

  • L’intestin : Les conséquences de la dysbiose intestinale et l’hyperperméabilité est l’inflammation chronique. Celle-ci fait le lit de la prolifération bactérienne du fait d’un système immunitaire déséquilibré.
  • Le foie : Il sera important de retrouver une des fonctions essentielle du foie: détoxiquer et drainer les toxines et ces afin de le préparer à la lyse bactérienne consécutive aux traitements.
  • Le stress : Le stress, qu’il soit aigu ou chronique déprime le système immunitaire. Le cortisol est l’hormone de l’adaptation au stress, en cas de déficit ou d’excès, l’immunité sera perturbée.
  • Les carences micronutritionnelles : Par exemple, la carence en vitamine D peut emballer le système immunitaire en faveur de l’inflammation puisque celle-ci est essentielle à la régulation de l’immunité.

Lorsque l’on traite la maladie de Lyme, on traite un patient et non une maladie… c’est du sur-mesure ! La vision doit être holistique, c’est-à-dire globale, à l’image d’une horloge suisse : les mécanismes en jeux sont imbriqués et les réglages se doivent d’être minutieux.

Les traitements

L’espoir

Une fois le terrain préparé, l’attaque avec des armes lourdes est ordonnée. Les antibiotiques seront insuffisants car il faudra aussi sortir l’imposteur de ses cachettes, et ceci grâce à de la phytothérapie et des huiles essentielles. Rappelez-vous: les kystes et biofilms !

De plus, ces aides précieuses sont un atout supplémentaire pour traiter virus, parasites et champignons. De part également leurs pouvoirs anti-douleurs, anti-oxydants et réparateurs, elles permettront de traiter quelques symptômes spécifiques du patient.

Leur choix sera ainsi fait en fonction de la personne et de ses symptômes.

Deux médecins ont œuvré à établir des protocoles: il s’agit de Stephen Harrod Buhner et de Lee Cowden.

Protocole Bhuner

5 objectifs principaux :

  1. Réparer les tissus conjonctifs qui ont été lésés par les Borrélia
  2. Stopper les processus inflammatoires que les Borrélia ont initié
  3. Améliorer la fonction immunitaire pour aider l’organisme à combattre l’infection
  4. Traiter les symptômes spécifiques 
  5. Attaquer les Borrélia reponsables de la maladie

Le praticien en Santé Fonctionnelle

Le directeur du tournage

Camera crew team people group flat style. Film crew, camera man, tv crew, video camera, television teamwork, recording movie, production studio illustration. Camera crew vector conceptAfin d’avoir une « Happy End », le praticien en santé fonctionnelle sera bien placé afin de « refaire » le film, de comprendre comment cela a commencé et de décortiquer le scénario. Il pourra ainsi davantage démasquer et éradiquer ces imposteurs. 

Cette prise en charge nécessite un suivi sur le long terme et souvent une collaboration avec des médecins afin d’en venir à bout et le risque de rechutes oblige à être vigilant quant à la santé globale du patient.

Mes inspirations

Afin d’aller plus loin dans la compréhension de cette maladie, je vous recommande cet ouvrage très complet : Soigner Lyme et les maladies chroniques inexpliquées, Dr Richard Horowitz aux éditions Thierry Souccar

Estelle Gaignard – praticienne en santé fonctionnelle certifiée et consultante en micronutrition – thérapie viscérale – massage

Lire l’article sur son Blog :

Le film de la maladie de Lyme

Pour aller plus loin :
Les infections froides en Pratik

Le modèle de la maladie de Lyme pour prendre en charge les infections persistantes

 

Pourquoi et comment faire des recherches bibliographiques ? par Nathalie Faggianelli

Pourquoi faire une étude bibliographique ?

Faire de la bibliographie est un élément important pour tout thérapeute, praticien de santé, et incontournable d’un travail de recherche. En effet, lorsque nous travaillons sur un sujet donné, que nous souhaitons rédiger un article, un livre, un mémoire ou pour creuser une question précise, nous sommes amenés à faire des recherches. De préférence, nous allons chercher dans des livres, des publications de revues spécialisées. Cette étude de la bibliographie permet d’établir « l’état de l’art des connaissances » et ainsi de ne pas repartir de zéro. Elle permet de prendre en compte ce qui a déjà été fait par d’autres, pour diffuser ce savoir tout en l’intégrant dans une continuité. Faire des recherches bibliographiques permet également de mettre en avant plusieurs approches d’un même questionnement ou d’une problématique et ainsi de comprendre les divergences d’arguments qui circulent sur un sujet controversé.

Lire régulièrement la littérature scientifique sur des sujets qui nous intéressent ou en lien avec notre travail est un moyen de se tenir informé des dernières découvertes et recherches. À l’heure actuelle, pour tout thérapeute, praticien, il est nécessaire de remettre à jour ses connaissances et de toujours rester curieux, avec un esprit critique sur ses connaissances pour progresser dans sa pratique et sa prise en charge. Cela est nécessaire pour pouvoir argumenter avec vos pairs – collègues sur un sujet avec et apporter du poids à vos propos également, et ce également en consultation avec les personnes que vous accompagnez. Vous montrez aussi que vous « maitrisez le sujet » sur lequel vous travaillez, sans dire « croyez-moi sur parole ». Donner la possibilité aux autres d’aller plus loin et d’acquérir les mêmes informations que vous, sans filtre ni déformation.

Cependant pour cela il faut avoir des sources fiables et savoir critiquer ce que vous lisez. Il est important de veiller à ne pas tomber dans le scientisme en utilisant la science de manière biaisée pour convaincre ou imposer nos opinions. En effet, il est presque toujours possible de trouver une étude qui ira dans le sens que nous souhaitons pour valider nos dires. La science est aujourd’hui souvent invoquée pour montrer tout à la fois l’innocuité ou la toxicité d’un composé par exemple. Alors, qui croire dans ce cas ?

À l’ère des réseaux sociaux, dans une société où tout doit aller vite, nombreux sont les lecteurs qui ne souhaitent pas passer plus de trente secondes à lire un texte. Les articles et les publications se doivent d’être courts pour être lus, mais aussi impactant. Il est alors facile de faire des raccourcis et des conclusions hâtives en tirant une phrase hors de son contexte, en niant le propos original de la publication tout en se gaussant derrière ces affirmations « d’après une étude scientifique », « la science l’a prouvé »… Vous comprenez donc que citer des références n’est pas suffisant. On peut facilement induire le lecteur en erreur en lui donnant une fausse impression de sérieux !

Comment avoir un regard critique sur les études lues ?

Faire de la bibliographie oui, mais en ayant un regard critique ! Mais alors, comment faire ?

Vous avez conscience qu’un article d’un magazine de mode sur un sujet scientifique n’aura pas la même valeur qu’un article d’un journal scientifique médical. Cependant il est moins aisé de faire la distinction entre deux études scientifiques. Il sera important de s’interroger notamment sur les niveaux de preuve.

Les niveaux de preuves
Nathalie Faggianelli, DFM formations. Premiers éléments d’études d’une publication

Comment juger ensuite de la validité d’une étude quand on n’est pas soi-même chercheur dans ce domaine précis ? Comment s’interroger sur la fiabilité des résultats ? Comment déceler un ton neutre d’un angle de vue volontairement biaisé ou encore relever des erreurs de design d’expérimentation ? de méthodologie ? des conclusions trop hâtives ? Il faut être capable d’analyser une publication, d’aller lire entre les lignes.

Analyser une publication
  1. Premiers éléments importants

Il est aussi nécessaire de s’interroger sur le processus de publication scientifique. Le fameux adage « publish or perish » décrivant la triste réalité du chercheur, poussé à publier pour obtenir un poste, une prime ou une subvention pour son laboratoire, et ce au niveau mondial. Il est important d’avoir conscience des biais, du manque d’intégrité scientifique et des fraudes pouvant exister dans le milieu de la recherche. Cela demande de se questionner sur la compréhension de la méthode scientifique, des analyses statistiques, de la reproductibilité des résultats. 

Formation Biblio Pratik par Nathalie Faggianelli

Faire une bonne étude bibliographique permet de dégager un consensus en mettant en regard des publications et en restant critique vis-à-vis de ses lectures. Cela demande une certaine rigueur et méthodologie pour la réaliser correctement.

Nous avons donc souhaité vous donner des clés pour développer cet esprit critique et réaliser des recherches de qualité efficacement. Cette nouvelle formation chez DFM vous apportera des outils pour attester de la fiabilité et tangibilité des sources utilisées et ainsi mettre en valeur votre travail. Vous aurez des clés pour analyser la qualité d’une étude, savoir où chercher vos sources bibliographiques et vous poser les bonnes questions. Pour les personnes réalisant des mémoires universitaires, écrivant des livres, un chapitre sera consacré à la méthode et outils pratiques pour écrire votre bibliographie sans perdre de temps.

Un focus sera aussi fait sur les sources et ressources utiles en phytothérapie – micronutrition.

Vous serez en mesure de déterminer par exemple comment juger du bénéfice-risque d’une molécule, rechercher les interactions possibles entre une plante-complément et médicament, et de prendre votre décision de l’usage de l’actif à l’aulne des dernières recherches pour vous permettre d’améliorer votre prise en charge et de gagner en assurance.  

Nathalie Faggianelli, Docteur en Biologie, Naturopathe, Phyto-aromatologue

 

Biblio Pratik

Science, méthodologie, publication pour légitimer nos pratiques

Place des analyses avec la vision Hormon’holistiK par Guénaëlle Abéguilé

En tant que praticien en santé fonctionnelle, je reçois régulièrement ce genre de demande de la part d’individus inconnus : « Madame, que pensez-vous de mes analyses biologiques ? » ; « Que dois-je faire pour améliorer ma biologie ? ».

Ma réponse est toujours la même : « Je n’en sais rien ».

Cette réponse est alors souvent perçue comme de la rétention d’informations, voire de l’incompétence.

En termes d’analyses fonctionnelles, je reste persuadée que cette réponse est la seule à être juste et que toute autre réponse est au mieux, approximative, au pire, preuve de notre incompétence et risque de conduire à des conseils inefficaces, voire contre-productifs !

J’ai choisi d’illustrer ma réponse dans mon domaine de prédilection : l’hormono fonctionnelle. Ceci est toutefois applicable à l’ensemble des autres analyses fonctionnelles.

Pourquoi interpréter une biologie sans connaître le contexte peut-il conduire à des conseils contre-productifs ?

Prenons l’exemple d’un dosage d’hormones ovariennes : œstradiol, progestérone, ainsi que leur donneur d’ordre, les hormones hypophysaires FSH et LH.

Une femme me tend sa biologie afin de connaître mon avis.

1re erreur de ma part : je regarde son analyse. En effet, peu importe ce que j’y vois, je lui répondrai la même chose : « Je n’en sais rien ».

Son œstradiol est à 350 pg/ml et sa progestérone à 1,5 ng/ml. On serait tenté de dire : « Ici, c’est clair, il y a un fort déséquilibre œstroprogestatif en faveur des œstrogènes ! ». On imagine alors une femme avec de belles courbes féminines, mais souffrant de syndrome prémenstruel avec mastodynie, rétention d’eau, maux de tête, irritabilité, etc…

Je poursuis ma lecture, je vois la LH à 35 UI/L et la FSH à 10. Lorsque le rapport LH/FSH est supérieur à 1, il y a risque d’excès d’androgènes. En effet, la LH pousse les ovaires à produire de la testostérone tandis que la FSH favorise l’expression de l’enzyme qui les convertit en œstradiol. Ainsi, lorsque le rapport LH/FSH est élevé, le rapport testostérone/œstradiol devrait également l’être. On imagine alors cette femme également très androgénique qui pourrait souffrir de chute de cheveux, d’acné et de pilosité excessive. Elle doit être insulinorésistante, car l’insuline augmente la LH ! BINGO, en regardant l’analyse, je sais tout sur cette femme qui me tend l’analyse biologique : elle doit avoir un ventre gras (insulinorésistante), des seins volumineux (hyperœstrogéniques) et poilus, être chauve et pleine de boutons (hyperandrogénique)… Je regarde alors la personne au bout de ce bras qui me tend cette biologie… et découvre une jeune femme qui ne correspond pas du tout à ce que me dit sa biologie.

Que dois-je penser ?
  • Elle porte une culotte ultra gainante, à subit une réduction mammaire et possède un super fond de teint ultra couvrant, tout en restant ultra naturel ?
  • Je n’ai pas tout compris aux analyses biologiques ?

Pour interpréter une analyse biologique, de nombreux renseignements au sujet du patient ainsi qu’une bonne connaissance de la physiologie sont indispensables ! En aucun cas, il n’est possible d’interpréter une analyse sans ces informations capitales !

Je prends alors un peu de recul et lui pose la question :

À quel moment du cycle avez-vous fait cette analyse biologique ?

En effet, l’équilibre œstroprogestatif n’est interprétable que 7 jours après l’ovulation, lorsque la progestérone est à son maximum !

Elle me répond avoir fait son analyse 21 jours après le 1er jour des règles.

J’ai appris que la femme ovule à J14.  L’analyse étant faite à J21, elle a donc bien ovulé 7 jours avant.

BINGO ! L’analyse est bien interprétable, mes hypothèses sont bonnes !

Je peux lui dire qu’elle souffre d’un déséquilibre œstroprogestatif et certainement d’une hyperandrogénie. Je lui demande alors la marque de son fond de teint !

Pour ne pas en rester là, je lui propose des stratégies de prise en charge. Pour son déséquilibre œstroprogestatif, je lui donne des conseils pour abaisser sa production d’œstrogènes et je lui recommande également des plantes progestatives à prendre en deuxième parti du cycle.

Pour son rapport LH/FSH augmenté responsable de son hyperandrogénie bien camouflée, je suspecte la responsabilité de l’insuline, je lui conseille alors de réduire ses charges glycémiques.

Fière de moi, je me dis qu’elle a eu de la chance de croiser mon chemin… Je poursuis également le mien, la tête haute direction Séphora.

Pourquoi ce fond de teint n’aura pas l’effet escompté ?

En rentrant de chez Séphora, j’applique ce fond de teint, qui chez moi n’a pas du tout le même effet.

Je me dis :

  • Cette femme doit faire de la rétention d’informations, elle ne veut pas partager ses secrets de beauté.
  • J’accepte l’idée de ne pas maîtriser totalement le sujet et je me remets en question.

Je prends mon téléphone et l’interroge davantage sur son cycle. Ses cycles sont réguliers, mais de 35 jours. Je comprends alors qu’elle n’avait pas encore ovulé lors de son analyse biologique ! Elle a fait l’analyse en période préovulatoire ! L’interprétation est alors complètement différente ! L’ovulation nécessite un pic de LH, qui lui-même nécessite un pic d’œstradiol. Les valeurs d’œstradiol et de LH élevées indiquaient simplement que cette femme était en train de préparer son ovulation ! Ceci explique aussi alors que sa progestérone était basse. Je comprends que, lorsqu’elle m’a demandé mon avis, j’aurai dû lui répondre « je n’en sais rien » ! Je lui aurai évité d’acheter des compléments inefficaces, voire contre-productifs, et je n’aurai pas acheté ce fond de teint !

Avec mes conseils pour abaisser sa production d’œstrogène, je risque alors de la mettre en hypoœstrogénie et d’altérer davantage son cycle !

Que dois-je alors retenir de cette expérience ?
  • Cette femme n’est pas normale, car elle ovule à J21-22
  • On m’a appris n’importe quoi à l’université : une femme n’est pas un robot qui pond à J14

OK, je commence à comprendre la nécessité d’interpréter les analyses biologiques en fonction de la période du cycle.

Malgré la preuve de mon incompétence, elle n’est pas rancunière, et souhaite toujours avoir mon avis sur sa biologie.

Afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs, je m’intéresse davantage à elle et l’interroge sur ses signes cliniques. Elle souffre en effet de syndrome prémenstruel (SPM). Avant chaque menstruation, elle a mal aux seins et prend 2 kg d’eau. Je sais que ces signes cliniques traduisent un déséquilibre œstroprogestatif. Je lui conseille alors de refaire un dosage d’œstradiol et progestérone, non pas à J21, mais 7 jours après son ovulation. Je lui explique comment reconnaître son ovulation.

(Pour en savoir plus sur l’observation du cycle, je vous invite à regarder cette vidéo, et à lire cet article.)

Quelque temps plus tard, elle revient avec sa biologie. Elle a bien perçu son ovulation et a effectué son analyse 7 jours plus tard.

Avec ses signes cliniques, j’imagine son dosage œstradiol au plafond.  Surprise : il n’est qu’à 150 pg/ml !

J’avais anticipé cela. En effet, nous savons qu’une hormone ne peut jamais être considérée seule ! Elle est toujours à interpréter en fonction des autres hormones avec lesquelles elle interagit. En l’occurrence, la progestérone contrebalance les effets des œstrogènes. Ainsi, un syndrome prémenstruel (SPM) est lié au déséquilibre œstroprogestatif qui provient soit d’un excès d’œstrogènes, soit d’un déficit de progestérone. Ici, les œstrogènes sont normaux bas, j’imagine alors que son SPM est lié à un défaut de production de progestérone.

Nouvelle surprise, la progestérone est excellente à 20 ng/ml : digne d’une ovulation de compet’ !

L’analyse biologique ne va donc pas du tout dans le sens que j’avais imaginé ! Il n’y a clairement pas de déséquilibre œstroprogestatif  !

Que vous dites-vous :

  • Son SPM : c’est clairement dans sa tête !!!
  • Je ne maîtrise visiblement pas tout… Je cherche à comprendre ce qui pourrait expliquer que cette femme souffre de SPM malgré cette biologie.
Qu’est-ce qui pourrait alors expliquer cette discordance clinique/biologique ?

Nous savons maintenant qu’il existe des discordances entre le statut biologique hormonal et l’impact des hormones sur nos tissus. Nous parlerons alors de la notion d’imprégnation hormonale. Celle-ci est le reflet de l’effet de nos hormones sur les tissus cibles. L’imprégnation hormonale est bien sûr dépendante de la quantité d’hormone, mais pas que. La quantité d’hormone n’est qu’un facteur favorisant l’imprégnation hormonale parmi de nombreux autres ! Ainsi, toute discordance entre la clinique et la biologie doit nous interroger sur ces autres facteurs.

L’imprégnation hormonale est une notion beaucoup plus fonctionnelle, plus globale, plus réaliste que la simple notion de quantité identifiable à la biologie.

Revenons à notre cas clinique : quels sont les paramètres pouvant augmenter l’imprégnation en œstrogène ?

Outre le déficit de progestérone, déjà éliminé, les autres facteurs influençant l’imprégnation œstrogénique sont :

  • Les transporteurs hormonaux :

Le dosage d’œstradiol correspond au taux total d’œstradiol : c’est-à-dire à la quantité d’hormones liées à leurs transporteurs additionnée des hormones libres, non transportées.  Seule la fraction hormonale libre est active !  Il est alors intéressant de vérifier si le taux de transporteur n’est pas abaissé, ce qui expliquerait que la fraction libre active soit augmentée et pourrait donc être responsable de cette forte imprégnation œstrogénique.

Le dosage SHBG est ici de 70 nmol/L, ce qui est tout à fait optimal. L’hypothèse pour cette femme est rejetée.

  • La sensibilité des récepteurs :

Vous savez que nous ne réagissons pas tous de la même manière à l’insuline ? Certains patients doivent produire 3 fois plus d’insuline que d’autres pour normaliser leur glycémie !

Pour les autres hormones, c’est pareil !

Nous sommes tous plus ou moins sensibles à chaque hormone. Concernant les œstrogènes, les raisons sont multiples, parmi lesquels : les polymorphismes génétiques, l’inflammation, le statut en iode, en progestérone…

En poussant l’enquête, nous découvrons que cette femme à un très fort déficit en iode ! Sa iodurie indique 20 ug/L ! Ceci explique une hypersensibilité aux œstrogènes !

BINGO !!! En normalisant le statut en iode, nous la rendrons moins sensible aux œstrogènes ! Ainsi même si sa production hormonale reste identique, sa clinique peut être considérablement améliorée !

Le raisonnement commence à être plus satisfaisant, nous commençons à percevoir la différence entre le taux d’hormones produites et la notion d’imprégnation hormonale. Après avoir repéré une discordance entre la clinique et la biologie, mais nous avons trouvé une explication. La carence en iode, serait-elle la seule responsable ?

Lorsque nous repérons un responsable, nous faisons souvent l’erreur de penser que cette dernière explique l’ensemble des dysfonctions. Sauf exception, les dysfonctions sont toujours plurifactorielles. Rares sont les cas où un paramètre est dans le rouge et l’ensemble des autres dans le vert. La plupart du temps, nous aurons quelques paramètres verts, quelques autres rouges, mais la grande majorité dans l’orange. Il est alors judicieux d’évaluer l’ensemble des critères pouvant être responsables de la dysfonction repérée. Poursuivons alors notre enquête.

Quels autres facteurs peuvent augmenter l’imprégnation œstrogénique ?

  • Évaluation des autres ligands des récepteurs aux œstrogènes :

Les œstrogènes ne sont pas les seules molécules à se fixer sur leurs récepteurs. En effet, les perturbateurs endocriniens oestrogénomimétiques tels que les bisphénols, les phtalates, les pesticides ont également la capacité à activer ces récepteurs. L’analyse biologique ne reflète absolument pas ce paramètre ! Seule l’enquête du mode de vie pourra valider cette hypothèse.

Les œstrogènes de synthèse de la pilule contraceptive ne sont pas en reste. L’éthinylestradiol de la pilule se fixe en effet sur les récepteurs aux œstrogènes et les active bien plus fortement que nos propres œstrogènes. Pourtant, la biologie de votre patiente sous pilule contraceptive indiquera un taux d’œstradiol très bas. Rappelons que la femme sous pilule contraceptive est exposée à un puissant perturbateur endocrinien oestrogénomimétique, cancérogène de 1re catégorie (pour le cancer du sein, utérus, foie/VB). Voici encore un bel exemple de la nécessité d’interpréter les analyses avec beaucoup de recul !

D’autres types de ligands peuvent à l’inverse moduler les récepteurs aux œstrogènes, il s’agit des phytoœstrogènes contenus dans les végétaux. Leurs modes d’action sont complexes, ils sont phytoœstrogènes dépendants, aliments dépendants, statut hormonal dépendant, microbiote dépendant.

La patiente ne prend pas de pilule, fait attention aux perturbateurs endocriniens, mange bio. En revanche, elle consomme peu de végétaux riches en phytoœstrogènes modulateurs, je lui conseille alors d’en consommer davantage.

  • La détoxication des œstrogènes :

Enfin, suivant notre bagage génétique, épigénétique, notre exposition aux polluants, notre statut micronutritionnel, notre fonction thyroïdienne, nous ne détoxiquons pas nos œstrogènes de la même manière. La détoxication hépatique se fait en 2 phases.

Au niveau de la première phase de détoxication, certaines femmes fabriquent beaucoup de molécules intermédiaires, très œstrogéniques (les 16 OH œstrones), d’autres parviennent difficilement à les conjuguer au niveau de la 2e phase. Enfin, certaines gèrent très bien ces 2 phases, mais possèdent un microbiote qui favorise la recapture des œstrogènes qui étaient sur la voie de l’élimination.

Notre enquête clinique, complétée de certaines investigations biologiques, peut parfaitement compléter le bilan. Dans ce cas clinique, la phase 2 ainsi que la phase d’élimination se passaient bien. En revanche, lors de la phase 1, la patiente synthétise beaucoup de 16 OH œstrones. En effet, son rapport 2/16 OH est abaissé. Je lui administre alors une phytothérapie adaptée favorisant la voie du 2OH œstrones (molécules intermédiaires protectrices peu œstrogéniques).

Pour résumer ce cas clinique 

Cette femme souffrait de déséquilibre œstroprogestatif. Son analyse hormonale postovulatoire indiquait que les responsables n’étaient ni un excès d’œstrogènes ni un déficit de progestérone. Cette discordance clinique/biologie nous invite alors à explorer les autres facteurs augmentant l’imprégnation œstrogénique. Parmi ceux-ci, nous avons repéré chez la patiente un défaut de modulation des œstrogènes par insuffisance de consommation de phytoœstrogènes, une hypersensibilité des récepteurs aux œstrogènes par déficit d’iode, et un trouble de la détoxication conduisant à la synthèse de molécules intermédiaires hyperœstrogéniques. On comprend donc que les recommandations effectuées n’auront rien à voir avec ce que nous avions fait en première intention suite à l’interprétation biaisée de la 1re analyse ! Seule la prise en charge causale sera efficace. Elle permettra alors de faire disparaître le syndrome prémenstruel de cette femme. Elle bénéficiera également d’effets secondaires collatéraux : optimisation de la fonction thyroïdienne, protection hépatique, et même prévention de l’apparition d’un cancer hormonodépendant.

Ce cas clinique illustre bien la vision globale à développer lors de l’investigation fonctionnelle d’une analyse biologique.

Lorsque le praticien répond « je n’en sais rien » à une personne qui lui demande d’interpréter sa biologie en dehors d’une consultation, ce n’est en aucun cas de la rétention d’informations ! Cette réponse fait preuve au contraire de compétence. Les mécanismes qui sous-tendent l’équilibre hormonal sont tellement complexes, qu’ils ne peuvent en aucun cas être identifiables à l’analyse biologique seule.

Si vous ne souhaitez pas un praticien qui pense que vous cachiez vos boutons derrière un fond de teint, n’acceptez pas un praticien qui vous fait croire qu’il a la solution à vos problèmes après avoir jeté un œil à votre biologie.

Guénaëlle Abéguilé, Consultante et formatrice en santé fonctionnelle – Cofondatrice de DFM Formations – auteure du livre « Troubles Hormonaux reprenez le pouvoir« 

Pour aller plus loin :

Pratik Fonctionnelle en Hormono Médicale

Améliorer la prise en charge de l’équilibre œstroprogestatif grâce à l’assiette

Les outils d’investigation du praticien en santé fonctionnelle (1re partie) Par Bruno Mairet

Vous êtes praticien de santé intéressé par l’état d’esprit de la santé fonctionnelle, mais vous connaissez finalement assez mal ce qu’elle promet.

Ou bien vous êtes patient et vous avez entendu parler de la santé fonctionnelle, mais vous n’avez que peu d’idées de ce que va vous proposer le praticien que vous envisagez de consulter.  De quoi s’agit-il ? Santé fonctionnelle, est-ce un autre nom pour la naturopathie ? Est-ce uniquement basé sur de la nutrition ? Va-t-on essentiellement rechercher vos carences et vous proposer des vitamines et des minéraux (des micronutriments) ?

Qu’est-ce que la santé fonctionnelle ? Découvrir ses outils à travers cet article va vous permettre de mieux comprendre cette démarche. Mais il me faut avant cela vous dire quelques mots sur ses objectifs. C’est en effet une approche fonctionnelle de la maladie. Définissons donc d’abord ce mot « fonctionnel ». 

La médecine traditionnelle aborde le corps humain (et donc le patient) à travers un découpage d’organe. Ainsi, suivant l’organe touché par le ou les symptômes vous aurez rendez-vous avec le cardiologue, le neurologue,  l’urologue, le dermatologue…   En santé fonctionnelle, nous approchons le corps humain (et donc le patient) à travers un découpage fonctionnel. De quoi s’agit-il ? Pour être en bonne santé, le corps humain doit accomplir de grandes fonctions physiologiques et biochimiques (suivant les praticiens, ces grandes fonctions sont appelées piliers ou axes fonctionnels) : fonctions digestives, fonctions de détoxification, fonctions immuno- inflammatoires, fonctions métaboliques, fonctions neuropsychiques, fonctions hormonales. Or ce qui est essentiel à comprendre c’est que la réalisation d’une fonction par notre organisme n’est pas limitée (cantonnée) à un organe. La fonction digestive par exemple, ne concerne pas (loin de là !) que les organes digestifs ! Peuvent être impliqués dans une santé digestive : les fonctions neuropsychiques (qui n’a pas expérimenté l’impact de ses émotions, de son anxiété sur son estomac et son intestin !) ; les fonctions hormonales (par exemple, il y a un fort impact des hormones thyroïdiennes, des œstrogènes, du cortisol sur les fonctions digestives), les fonctions immuno-inflammatoires (un terrain inflammé va potentiellement exacerber certaines dysbioses intestinales)… Le praticien en santé fonctionnelle ne traite pas des pathologies d’organes (c’est le travail du médecin qui peut être indispensable dans certaines situations), mais il apprend à comprendre, à investiguer et à réharmoniser des fonctions. C’est un véritable métier, très spécifique, pour lequel il faut maitriser des outils « fonctionnels ». Découvrons-les maintenant.

Les outils d’investigations fonctionnelles

Bien évidemment avant d’envisager la prise en charge d‘un patient  (en lui proposant des « actions thérapeutiques » avec des outils d’intervention, qui répondent à sa plainte) il faut en tout premier lieu réaliser un bilan sur sa situation et son « identité fonctionnelle » en recueillant de nombreuses informations. En santé fonctionnelle, nous appelons cela une investigation car il s’agit véritablement d’une démarche logique, méticuleuse et scientifique. Une enquête à la recherche de preuves, d’indices, et de « témoignages » que l’on recoupe entre eux pour, au final, mettre le doigt sur une ou plusieurs dysfonctions, « coupable(s) » de la souffrance du patient !

  • Outil n°1 : le bilan clinique fonctionnel

L’investigation clinique en santé fonctionnelle est très structurée. C’est notre outil de base. Il s’agit d’investiguer avec un interrogatoire clinique détaillé les différentes fonctions évoquées ci-dessus. Quel que soit le motif de consultation, le praticien investiguera toujours l’ensemble des grands piliers fonctionnels. Prenons le cas d’un patient avec de gros troubles digestifs (dyspepsie, constipation, douleurs chroniques…). Nous évaluerons la fonction digestive (axe ou pilier digestif) avec de nombreuses questions spécifiques à la digestion, au transit, aux douleurs, aux spasmes intestinaux… Puis nous investiguerons toutes les autres fonctions avec systématiquement les mêmes séries de questions. C’est une étape de « découpage fonctionnel » indispensable (une analyse fonction par fonction). À la fin de ce bilan clinique vient une étape de synthèse fonctionnelle réalisée par le praticien. Il s’agit de faire des liens entre les différentes dysfonctions repérées. Dans notre cas patient, l’investigation de la fonction hormonale aura révélé une dysfonction thyroïdienne (fatigue, frilosité, perte de cheveux…). Le praticien la mettra en lien avec les altérations de la fonction digestive (une hypothyroïdie ralentit la sécrétion des sucs digestifs). Il y aura peut-être beaucoup d’autres liens fonctionnels…  Le tableau d’enquête ci-dessus est une bonne illustration de ce à quoi le praticien devrait arriver à l’issue de son bilan fonctionnel : des hypothèses, des suspects, des liens compromettants… Partant de là, il va pouvoir utiliser (si besoin) son 2e outil pour valider son raisonnement, préciser les degrés d’influence, appeler à la barre certains témoins, etc…

  • Outil n°2 : les analyses biologiques fonctionnelles

Le laboratoire, c’est l’outil des « experts » de la santé fonctionnelle ! Nous parlons ici d’analyses biologiques (sang, urine, salive, selle…) qui sont pour la plupart peu connues des médecins s’ils ne sont pas spécifiquement formés (elles ne leur sont pas enseignées pendant leurs études de médecine). Ces analyses, réalisées souvent en laboratoire spécialisé, sont recommandées par le praticien à la suite du bilan clinique, pour investiguer plus avant telle ou telle fonction. Il faut savoir que pour chacune des grandes fonctions il existe plusieurs dizaines d’analyses possibles. C’est un répertoire que le praticien doit bien connaitre. Il doit savoir quelle analyse utiliser, dans telle ou telle situation, pour valider ses hypothèses,  retrouver une pièce à conviction, prouver une complicité… Reprenons notre cas patient. Étant donné le motif de consultation intestinal, on peut s’attendre (et le patient en premier lieu) à ce que notre praticien investigue l’intestin avec des analyses spécifiques à cette fonction. Mais il surprendra peut-être son patient en investiguant plutôt les hormones thyroïdiennes, les micronutriments nécessaires à la fonction thyroïdienne (fer, sélénium, zinc, iode, vitamine A…), le cortisol et certaines analyses spécifiques du terrain inflammatoire…  À l’issue de ces analyses peut-être désignera-t-il des carences profondes en fer, iode et zinc (bingo le patient est végan !) à l’origine d’une hypothyroïdie, elle-même à l’origine d’une dysfonction digestive multiforme ! 

  • Outil n°3 : la génétique fonctionnelle

C’est un outil « d’expert » qui bien souvent ne sera pas utilisé au tout début de l’investigation. Le praticien pourra cependant y faire appel pour expliquer des « faits » qui restent non résolus malgré son enquête méticuleuse (avec les deux premiers outils). Grâce à des analyses très simples à réaliser (prélèvement salivaire), on part à la recherche de caractéristiques génétiques spécifiques sur certains gènes  (on parle de polymorphisme) qui vont altérer certaines fonctions (ce sont des tests très connus et pratiqués aux USA). Il ne s’agit pas de rechercher une maladie génétique (mutation à l’origine d’une hémochromatose, mutation à l’origine de mucoviscidose, mutation à l’origine de déficit de coagulation – facteur V de Leiden –  etc…), car ceci est un domaine très spécifique qui est du ressort de la médecine. On reste dans le domaine de la santé fonctionnelle, en investiguant les gènes d’un point de vue… fonctionnel ! Il s’agit d’une démarche de génétique fonctionnelle. Reprenons notre cas patient. Malgré un soin tout particulier apporté à la thyroïde par le praticien, une des hormones thyroïdiennes du  patient (la T3) reste toujours plutôt basse faisant persister des symptômes. La mise en évidence d’une dysfonction d’un gène (appelé polymorphisme de l’enzyme DIO2 dans ce cas) va permettre d’expliquer cette anomalie de « synthèse » de l’hormone T3. Bien sûr, on ne pourra pas dans cette situation modifier ce gène  (une caractéristique génétique c’est pour la vie,  sauf thérapie génique réservée à des protocoles encore – et peut-être pour toujours – expérimentaux), mais on aura malgré tout des réponses thérapeutiques adaptées à cette découverte (on ne fait aucune investigation qui n’a pas comme finalité l’amélioration clinique du patient).

On constate combien il aura fallu ainsi investiguer en profondeur pour pointer du doigt cette dysfonction. On est loin ici du coupable tout désigné initialement : l’intestin ! Avec cette conclusion que je vous présente, vous n’échapperez  pas sans doute à la tentation de penser que les outils d’analyses (biologiques et génétiques) sont les clefs principales du praticien en santé fonctionnelle. Aussi il n’est pas inutile de bien remarquer combien toute cette technicité (outil n°2 et n°3) s’appuie en fait sur un parfait bilan clinique initial (outil n°1). Dans notre cas patient, si le praticien passe à côté de la dysfonction thyroïdienne dans son investigation clinique initiale, toute « l’enquête » peut prendre une direction différente avec le risque de mauvaises inculpations (avec en conséquence probable, un patient non guéri) !! L’investigation clinique reste donc la pierre angulaire du praticien en santé fonctionnelle, même s’il dispose également d’outils de pointe !

  • Outil n° 4 : l’observation du cycle féminin

C’est un outil qui peut être très puissant pour investiguer et comprendre des dysfonctions hormonales féminines. C’est aussi un outil très particulier puisque dans ce cas c’est la patiente qui va faire les observations à la demande du praticien (pas de laboratoire dans ce cas !). Suivant la méthode utilisée, la patiente sera amenée à évaluer la qualité de sa glaire cervicale, et/ou à relever sa température corporelle : ainsi c’est elle qui réalise « l’analyse » même si c’est le praticien qui l’interprètera. Une des idées maitresses de cette observation est d’apprendre à la patiente à repérer son ovulation, moment clef dans le cycle féminin. C’est autour de ce point pivot fonctionnel que tout s’articule. Nous aurons alors des informations précieuses sur la durée, mais aussi la qualité de la phase folliculaire, sur la durée et la qualité de la phase lutéale, sur la qualité ovulatoire et sur l’équilibre oestroprogestatif. Grâce à cet outil, le praticien peut mieux prendre en charge les dysfonctions ovulatoires et les troubles associés (SOPK, endométriose, syndrome prémenstruel…). Mais en tant qu’outil fonctionnel, il permet plus généralement d’investiguer la sphère hormonale féminine si importante dans les consultations de santé fonctionnelle. Il permettra notamment au praticien de faire réaliser des dosages d’hormones sexuelles et/ou de proposer les compléments, plantes ou hormones bioidentiques au bon moment du cycle.

Reprenons notre cas patient… ou plutôt patiente. Au bilan clinique (investigation de la fonction hormonale), le praticien avait suspecté un déséquilibre oestroprogestatif. L’analyse biologique réalisée au bon moment du cycle (grâce à l’outil d’observation) permet de confirmer et de quantifier ce déséquilibre qui avait peut-être été suspecté par l’observation du cycle. Or, ce déséquilibre oestroprogestatif peut affecter les hormones thyroïdiennes ! Ceci explique pourquoi les symptômes de cette patiente se manifestaient davantage avant ces menstruations (phase du cycle où ce déséquilibre oestroprogestatif est le plus patent ! Cet outil de gynécologie fonctionnelle  a ainsi servi à mieux cerner le trouble digestif initial !  À nouveau cette démarche nous montre combien la recherche des causes fonctionnelles nous éloigne parfois beaucoup des organes sur lesquels se manifestent les effets.

Et cerise sur le gâteau : avec la santé fonctionnelle il y aura beaucoup de bénéfices collatéraux qui vont se manifester lors de la prise en charge de la cause (contrairement aux médicaments qui provoquent souvent des dégâts collatéraux !). Car si la plainte initiale de notre patiente était l’intestin, les bénéfices d’un réglage hormonal thyroïdien et oestroprogestatif seront énormes pour sa santé globale !

Comme vous l’avez compris, tous ces outils d’investigations font l’objet d’une expertise très pointue qui nécessite des formations spécifiques. DFM formations à l’ambition de former des praticiens en santé maitrisant ces 4 outils.

La deuxième partie de cet article présentera les outils d’interventions de la santé fonctionnelle.

Bruno Mairet, Consultant et formateur en santé fonctionnelle – Cofondateur de DFM Formations

Pour aller plus loin :

Une formation diplômante de 13 jours répartis en 6 modules. Avec Guénaëlle Abéguilé et Bruno Mairet. Disponible en, présentiel à Paris ou Lyon, en E-Learning ou Classe virtuelle.

Un outil d’évaluation clinique de la qualité de l’ovulation et de prise en charge thérapeutique